Soins à donner aux vaches
Le soin des vaches est ordinairement confié aux filles de bassecour; il est indispensable que ce soient les mêmes qui s’en occupent constamment, parce qu’elles s’habituent à les soigner et s’acquittent de ce devoir avec plus de régularité et d’intérêt. Une femme peut soigner facilement six vaches à lait, et encore, lorsqu’elle n’est pas obligée d’aller cueillir de l’herbe pour leur nourriture, lui reste-t-il beaucoup de temps qu’elle peut employer à d’autres travaux ; mais une femme ne suffirait pas pour amener le fourrage vert nécessaire à la nourriture de six vaches, surtout si elles sont nourries avec du foin des prairies artificielles, qui doivent être fauchées. Cet ouvrage ne convient nullement à une femme ; mais, au printemps, elle peut aller cueillir de l’herbe dans les fossés, dans les céréales, dans les vignes, pour l’ajouter aux autres aliments qu’on donne aux vaches.
Un bon usage adopté dans certains pays, c’est d’avoir, pour faire la litière des vaches et nettoyer leur étable, un jeune garçon qui est également chargé de les conduire aux champs et à l’abreuvoir, de faucher et de charroyer les fourrages verts qu’on leur destine. Une femme seulement est chargée de les traire, de prendre soin du lait et de leur donner à manger. Je considère cette méthode comme fort bonne ; c’est celle qui est suivie chez moi.
Il n’est pas indispensable que les vaches aillent paître aux champs ; elles peuvent donner beaucoup et de bon lait sans sortir de l’étable, lorsqu’elles y sont bien nourries et bien tenues , cependant l’exercice qu’elles prennent aux champs et le choix de la nourriture qu’elles y mangent ne peuvent que favoriser leur santé et leur production, si toutefois on les conduit dans des pâturages abondants. Il en est
autrement des bœufs, qui prennent bien assez d’exercice par le travail auquel ils sont assujettis. Les vaches peuvent consommer avec avantage , sur place , des regains trop courts pour ôtro coupés ; les moulons trouvent encore après elles une nourriture suffisante, tandis qu’ils auraient, gâté par leur piétinement une herbe plus haute. Mais si le pâturage où bon conduit les vaches n’est pas assez abondant pour qu’elles y prennent en peu de temps un copieux repas, la perte de leur fumier est sans compensation et il vaut mieux les laisser à l’étable. Dans ce cas, on peut leur faire faire une petite course en les menant boire; cet exercice, répété deux fois par jour, leur suffira. Je sais que, dans les pays de riche culture, on blâmera l’usage d’envoyer les vaches au pâturage ; mais il faut une bien grande abondance de fourrages verts de bonne qualité pour remplacer un bon pâturage.
Au printemps, lorsque la végétation commence à reprendre de l’activité, sans qu’elle soit assez avancée pour qu’on puisse mettre les vaches entièrement au vert, on peut conduire à la corde les meilleures laitières sur les bords des fossés et dans les endroits favorisés par une bonne exposition, où la végétation devance celle du reste de la campagne, et tirer ainsi un bon parti de ces prémices de la nature.
A part le soin de l’étable , il faut aussi s’occuper des vaches elles-mêmes, les étriller et les brosser chaque jour. On obtiendra difficilement cela des gens chargés de les soigner, parce que, dans presque toutes les provinces de France, les habitants de la campagne s’imaginent que la malpropreté du poil contribue à la bonne santé du bétail; il est cependant certain qu’un pansage fait avec régularité a les mêmes résultats pour la race bovine que pour la race chevaline, et personne n’essaiera de mettre en doute les heureux effets du pansage des chevaux. J’engage donc beaucoup notre ménagère à faire de constants efforts pour obtenir des domestiques chargés du soin de ses vaches un pansage journalier et bien entendu.
La régularité do la distribution des repas n’influe pas moins sur la santé des vaches que la propreté de leur étable et de leur corps; on doit donc distribuer toujours les repas â la même heure. Les vaches s’aperçoivent avec un instinct incroyable d’un retard apporté â l’heure de la distribution; elles s’impatientent, se tourmen-
tent, et cet état d’agitation nuit à la quantité et à la qualité de leur lait.’ On doit mettre le même soin à leur donner chaque jour une égale quantité de nourriture; celte régularité nest pas moins importante que celle des heures.
Il faudra que la maîtresse de maison ait soin de munir sa vacherie d’un grand morceau de très-grosse et très-forte toile, de 2 mèties carrés au moins, et garnie de solides cordons aux quatre coins, dans lequel on pourra faire un paquet d’herbe pour l’apporter aux vaches, soit sur le dos, soit sur la tète, selon l’usage du pays. Si le nombre des vaches rend ce moyen de transport insuffisant, il sera bon d’avoir une petite charrette légère, montée sur deux vieilles roues de voiture; on y attellera un anequi, avec un harnais léger, proportionné à sa force et à sa taille, traînera ainsi des fardeaux considérables. Ce petit attelage ne sera pas seulement utilisé au transport de l’herbe pour les vaches; il pourra fréquemment être employé à une infinité de charrois qu’exigent les détails d une maison de campagne, et évitera l'emploi des chevaux ou des bœufs, ce qui les dérangerait souvent d’un autre travail peut-être plus utile et non moins indispensable que ceux qu’exige le ménage. Je ne puis trop insister sur l’utilité de ce moyeu économique de transport, car sa facilité permet à des femmes ou à des enfants de l’employer. Un pauvre âne, malgré son peu de valeur, et grâce à sa sobriété, au prix peu élevé de son harnachement, à sa force et à son courage, rend des services journaliers qu’on aurait peine à obtenir de toute autre manière.