LAVE-RACINES, ETC
Il y aurait un grand danger à ne nourrir les vaches qu’avec des racines; il faut qu’elles mangent aussi du fourrage sec; les racines forment en quelque sorte le dessert de leur repas, et remplacent une grande partie de la nourriture verte. Bien que les racines soient employées avec succès à la nourriture du gros bétail, leur avantage diminuerait beaucoup si l’on n’avait trouvé des moyens prompts et économiques de les laver et de les couper ; car il n est pas possible de les donner entières au bétail, quelque petites qu’elles soient. Si on n’avait qu’une ou deux vaches, on pourrait rigoureusement laver et coupera la main les racines qu’elles consomment; mais, pour peu qu’on en ait un certain nombre, cela devient difficile, long, pénible, surtout dans une saison où il fait froid. Si donc on n a que peu de racines à couper, il suffira de se munir d un couteau ayant 50 centimètres de longueur, y compris le manche. La lame, épaisse et large, sera terminée à la pointe par un crochet; on fixera un piton sur un petit tréteau de la hauteur d’une chaise, composé d’une pièce de bois ayant au moins 10 centimètres d’épaisseur sur 40 centimètres de surface, et monté sur quatre pieds solides fixés dans la pièce et offrant dans le bas un certain écartement. On passe le crochet du couteau dans le piton ; on lève le couteau par le manche, puis on l’abaisse après avoir introduit sous la lame une racine , on la coupe par ce moyen assez facilement et assez promptement en tranches plus ou moins minces , selon l’adresse de 1 ouvrier. Les pommes de terre ne peuvent être coupées qu’avec un couteau ordinaire.
Si l’on a un grand nombre de vaches, et surtout si 1 usage des racines s’étend atout le bétail de la ferme, ce couteau sera insuffisant, et un moyen expéditif de laver les racines deviendra pour ainsi dire indispensable ; dans ce cas il n’y a pas à hésiter , il laut se procurer un lave-racines et un coupe-racines. Les meilleurs que je connaisse sont le coupe-racines à disque de fonte, qui coupe les racines en tranches de 1 centimètre d’épaisseur, deM . Mex. Morion-Dombasle, qui a établi une fabrique d’instruments aratoires à Nancy : il coûte 135 fr.; sa solidité est à toute épreuve; et celui de M. Rué- Jacquet [fhj. 124), fabricant d’instruments aratoires à Montrichart (Loir-et- Cher); il coûte 130 fr., il est très-solide, et coupe les racines en
petits morceaux informes. Il se compose de forts couteaux montés
Fig. 124.
sur un axe qui les fait tourner, et qui passent entre des grilles de fer formant le fond d’une trémie dans laquelle on place les racines.
Le lave-racines [fig. 125), que je n’ai vu appliquer à la préparation de la nourriture du bétail que dans notre exploitation, a été inventé pour laver les betteraves dans les fabriques de sucre, où on le construit sur une bien plus grande échelle que celle qui convient à une exploitation agricole. Il se compose : 1° d’une cuve ovale, en bois de chêne, cerclée en fer et portant sur son bord, aux deux extrémités de royale, deux coussinets en cuivre destinés à recevoir
i’axe d’un cylindre à jour qui doit tourner dans cette cuve, qu’on remplit d’eau ; on pose la cuve sur deux madriers, afin que l’air
circule dessous; 2° d’un cylindre à jour, absolument de la même forme que celui d’un brûloir à café. Les dimensions du cylindre décident de celles de la cuve, dans laquelle il doit se mouvoir librement.
La dimension qui me paraît la plus convenable, parce quelle permet à un enfant de faire manœuvrer l’instrument, et peut cependant suffire à une exploitation agricole assez considérable, es t celle de 1 mètre de long sur 60 centimètres de diamètre.
Ce cylindre se compose, aux deux extrémités, d’un disque fait avec de bonnes planches de chêne de 4 à 5 centimètres d’épaisseur. Ce disque est garni au centre d’une plaque de fer, dans laquelle on pratique, ainsi que dans le disque, une ouverture carrée qui permette d’y introduire un axe en fer de 4 centimètres carrés. L’un des bouts de l’axe est terminé en tourillon destiné à tourner dans le coussinet de la cuve. L’autre extrémité, ayant également un tourillon destiné au même usage que l’autre, est muni d’une manivelle qui doit dépasser la cuve et dont la poignée est garnie d’un manche de bois mouvant, exactement comme ceux des brûloirs à café. Le disque de bois est entaillé dans son pourtour de coches en triangle de 5 centimètres d’ouverture, et placées à 2 centimètres les unes des autres. Ces entailles sont destinées à recevoir des barres en bon bois de chêne, qu’on façonne d’abord en carrés de 5 centimètres de côté, et qu’on refend en deux d’un angle à l’autre, de manière à en former des barres triangulaires. Ce triangle se place dans les entailles faites sur les deux disques, de sorte que, lorsque
toutes les barres sont placées, le disque forme un rond parfait. Il se trouve donc à chaque barre un angle dans l’intérieur du cylindre. On assujettit ces barres sur le disque (à l’exception de quatre) au moyen d’une bande de fer formant cerceau, fixée sur le disque par des vis. On place deux cercles semblables à égale dislance de chacun des deux disques, afin de consolider les barres, qui résistent ainsi parfaitement au choc des racines. Ces quatre cercles de fer sont terminés à l’une de leurs extrémités par une boucle formant charnière, qui sert à les réunir à celles qui constituent la porte, formée par les quatre barres réservées dans ce but. Ces quatre bar* res sont fixées sur quatre bandes de fer ayant la même courbure que les cercles du cylindre, et terminées comme eux par des boucles qui, réunies aux autres, forment des charnières servant à faire mouvoir la porte. Les angles de ces quatre barres sont placés de façon à correspondre aux entailles des disques, de telle sorte que, lorsque la porte est fermée, on ne puisse la reconnaître qu’aux charnières. Les bandes de la porte sont terminées à l’autre bout, qui dépasse de 8 à 10 centimètres la dernière barre, par un trou qui donne passage à une petite boucle établie sur les cercles du cylindre. Une clavette attachée au lave-racines par une chaînette, ou tout simplement un petit morceau de cuir, qu’on passe dans la boucle, ferme la porte avec toute la solidité nécessaire.
Ce cylindre, posé sur la cuve, s’y trouve plongé jusqu’à la moitié; après y avoir introduit les racines qu’on veut laver, on lui imprime un mouvement de rotation au moyen de la manivelle ; les racines sont fortement agitées dans l’eau, elles frottent contre les angles des barres et de l’axe, et en quelques minutes elles sont tellement bien nettoyées qu’elles pourraient être employées à la nourriture des hommes.
La cuve, percée à la base, est munie d’une bonde qu’on retire pour faire écouler l’eau lorsqu’elle a besoin d’être renouvelée; mais il faut enlever le cylindre pour pouvoir dégager le fond de la cuve de la terre qui s’y dépose.
Il n’est pas nécessaire que la cuve soit entièrement pleine d’eau ; il suffit qu’un tiers du cylindre soit plongé dans le liquide, parce que l’agitation causée à l’eau par la rotation l’élève assez pour laver parfaitement les racines, qui, d’ailleurs, s’y trouvent plongées à tour de rôle par la même raison.