Choix des vaches
On ne saurait apporter trop de soin dans le choix des vaches, car les frais de nourriture sont les mêmes pour une mauvaise vache que pour une bonne. Il ne faut donc point considérer uniquement le déboursé à faire pour le premier achat; souvent quelques semaines suffisent pour indemniser de la différence du prix. En général, il est préférable d’acheter une jeune vache pleine de son premier veau, parce quelle peut avoir été conduite en foire non pour s’en débarrasser, mais parce que sa vente est une spéculation de l’éleveur ; d’ailleurs, si elle ne convient pas, on peut la revendre facilement, tandis qu’il faut une circonstance exceptionnelle pour qu’une vache dans la force de l’âge, à son troisième ou quatrième veau, soit conduite à la foire ; ordinairement elles ne sont mises en vente à cet âge que lorsqu’elles ne sont pas très-bonnes, à moins cependant qu’on se trouve habiter un pays où il soit d’usage de les vendre vers cet âge par spéculation. Dans le cas où 1 on aurait un pressant besoin de lait, et si l’on a la facilité d engraisser une vieille vache, on peut en acheter une hors d’âge, qu’on ne garde que pendant le temps où elle donne du lait abondant, et qu'on engraisse ensuite pour la vendre sans perte au boucher. Il est facile de se procurer une bonne vache âgée, parce que la personne qui la possédait la vend, malgré ses qualités, pour la remplacer, soit par une élève issue d’elle, soit par une autre jeune vache.
Je ne saurais trop recommander ici à notre ménagère de se procurer l’ouvrage de M. François Guénon, intitulé l'raité des lâches laitières (1). Il donne des indications physiologiques très-simples à comprendre, très-faciles à observer, et au moyen desquelles on peut reconnaître avec assez d’exactitude la puissance lactifère de l’animal. Après la lecture de cet ouvrage et l’étude sur quelques sujets des principes qu’il donne, il est extrêmement facile de savoir, à la simple inspection, quelles seront les quantités des produits en lait d’une vache quelconque. L’ouvrage de M. Guénon est le fruit de vingt-cinq ans de travaux et d’études judicieuses ; les personnes qui sont en position d’acheter ou d’élever des vaches ne peuvent payer
(1) In-8° avec planche?. Prix : 7 fr., l\ la Librairie agricole.
à cet habile observateur un trop grand tribut de reconnaissance; car, par son procédé, on peut reconnaître sur une jeune génisse aussi bien que sur une vache faite quelles sont ou seront ses qualités lactifères, et l’élever ou non, selon ses aptitudes. Je répète qu’on no doit point hésiter à se procurer cet excellent ouvrage, dont le prix est de 7 francs, dépense dont on sera largement indemnisé par les avantages qu’on en retirera, et dans lesquels j’ai une telle confiance que je n’oserais indiquer ici quelques-uns des signes extérieurs qu’on doit chercher à rencontrer chez une vache, pour se déterminer à en faire l’achat, s’ils ne concordaient pas en partie avec ceux qu’indique M. Guénon. On pourra facilement , d’ailleurs , à l’aide de notre figure \ 26, qui représente une vache primée à l’un des concours agricoles de Paris, et offrant tous les caractères d’une abondante production de lait, se rendre compte en partie des indices que nous allons signaler.
En général, une forte vache donne plus de lait qu’une petite; celles qui ont les jambes courtes, la côte rebondie, le poil fin, le pis bien développé et muni de quatre trayons bien égaux et recouverts d’un poil fin , l’œil vif , donnent plus d’espérance que celles qui sont dépourvues de ces qualités; en général encore, celles qui ont la peau épaisse, les os gros, le derrière étroit, les trayons inégaux et le pis recouvert d’un poil rude et clair, ne donnent que des produits inférieurs. D’ailleurs, depuis la découverte de M. Guénon, quelques agriculteurs habiles se sont occupés d’étudier cette méthode et ont jeté de nouvelles lumières sur celte précieuse découverte.
La nourriture influe nécessairement beaucoup sur la production du lait, et telle vache susceptible de donner un bon produit n’en fournira qu’un fort médiocre si elle est mal nourrie; il faut donc bien nourrir les vaches laitières et les jeunes génisses qu’on élève.
fl arrive quelquefois que des vaches portant les signes indiqués par le procédé Guénon ne répondent pas entièrement à ce qu on attendait d’elles; cela tient alors à quelque accident caché, comme par exemple un vice dans les glandes lactifères, un mauvais estomac, qui ne permet pas à l’animal de bien s’assimiler la nourriture qu’on lui donne, ou bien encore quelque lésion dans les organes qui contribuent beaucoup cà la formation du lait, suite de maladies de ces organes. Il ne faut pas en conclure que le procédé ne vaut rien :
c’est une exception. 11 arrive aussi que certaines vaches, qu’on serait tenté de classer parmi les médiocres, sont cependant bonnes
Fig. 126.
laitières : c’est qu’elles possèdent à un haut degré les qualités latentes de la production du lait. Ce sont là des exceptions qu’on ne peut prendre pour règle , et il y a toujours avantage à acheter des vaches chez lesquelles les signes dont j’ai parlé -sont nettement accusés.