Manière de traire
La manière de traire les vaches n’est pas indifférente. On doit saisir le trayon dans la main, le plus haut possible, tirer vers le bas avec le pouce, l’index et le troisième doigt, et serrer ensuite fortement avec le petit et le quatrième doigt pour faire jaillir le lait. Il vaut mieux traire des deux mains à la fois, parce que, plus l’opération est prompte, plus la vache abandonne facilement tout son lait; lorsqu’on procède avec lenteur, la vache s’impatiente et le retient. On doit traire à la fois un des trayons de devant et celui de derrière qui est placé en diagonale avec le premier.
Le vase le plus convenable pour traire les vaches, et le plus facile à tenir propre, est un seau de fer-blanc, ayant un large orifice, ce qui facilite la traite, et à l’épreuve des coups de pied que donnent quelquefois les vaches. Il se place solidement à terre; il est moins lourd et plus facile à porter que tous les vases de terre.
Si on a plusieurs vaches à traire , on doit avoir un grand seau pour recevoir les différentes traites ; il est bon de le poinçonner par deux litres, afin de pouvoir juger facilement la quantité de lait que donne chaque vache. Dans ce cas on a un autre vase de fer-blanc, muni également d’une anse mobile , mais plus petit; la vachère le pose entre ses genoux, afin d’avoir les deux mains libres pour traire ; quand il est plein elle va le vider dans l’autre seau. On évite par ce moyen un accident qui pourrait faire perdre tout le lait , si on trayait les vaches à la suite l’une de l’autre dans le grand seau.
On doit s’asseoir, pour traire, sur un petit banc n’ayant qu’un pied au milieu, parce qu’il permet de se pencher en avant ou en arrière, selon les mouvements de la vache. En Suisse, les hommes chargés de traire les vaches attachent ce banc à leur corps et se transportent ainsi d’une bète à l’autre. Lorsque des vaches ne sont pas assez douces pour qu’on puisse s’asseoir pendant l’opération, il faut se tenir accroupi ou très-penché et se mettre en garde contre leurs mouvements. Cette difficulté s’accroît avec la longueur de la traite, qui alors ne peut se faire que d’une main ; il faut donc employer tous les moyens' possibles pour forcer la vache à se tenir tranquille. Si, dès que le moment est venu de traire une jeune vache, elle annonce de l’impatience et de la méchanceté , il faut d’abord em-
ployer la douceur el les caresses 5 car, si on la battait tout d abord, elle craindrait toujours de 1 etre chaque fois qu on la trairait, <e qui accroîtrait ses mauvaises dispositions. Il faut donc la caiesser d’abord, la menacer ensuite, et enfin user du bâton si cela devient nécessaire. Il est rare qu’elle ne finisse pas par être domptée ; mais enfin, si cela ne réussit pas, il faut 1 entraver. Foui cela, on passe le genou plié d’une des jambes de devant dans un anneau fait avec plusieurs brins d’osier tordus ensemble. On introduit ensuite entre la jointure du genou et l’anneau une baguette qui se trouve attachée à l’anneau même et qui l’empeche de tomber; de cette façon la vache, ne pouvant plus redresser la jambe, n a plus que trois points d’appui , et elle se trouve par conséquent dans l’impossibilité de bouger.
On doit habituer les vaches à se laisser traire sans qu il soit nécessaire de leur donner à manger; dès quelles se sont aperçues qu’elles reçoivent leur pitance après la traite, elles se laissent faire pour arriver plus vite au moment du repas.
On doit mettre tout le soin possible à traire jusqu à la dernière goutte du lait contenu dans les mamelles, d’abord parce que celui qui vient le dernier est le meilleur, ensuite parce que celui qui reste se coagule, embarrasse les vaisseaux lactifères et peut mettre un obstacle à la sortie du lait au moment de la traite suivante. Il est indispensable de laver le pis chaque fois qu’on trait la vache, lors même qu’il serait propre ; l’eau lui enlève 1 odeur que la litière lui a fait contracter et qui se communique au lait. Il faut exiger impérativement des personnes chargées de traire les vaches qu elles prennent ce soin ; il importe beaucoup à la qualité du beurre, et de plus il facilite la traite. L’eau froide fait piquer le lait en été; l’eau tiède, qu’on peut employer en hiver, favorise aussi sa sortie. Le pis des vaches doit être lavé dans un vase plein d’eau , avec une éponge grosse comme le poing ; puis on jette de 1 eau sur le pis. On ne doit jamais se servir du seau à traire pour laver le pis.
Lorsqu’on cesse de traire une vache pour une cause quelconque, comme les approches du vêlage, si le pis s’engorgeait, on extrairait le lait qui cause l’engorgement, et il ne reparaîtrait plus. Ce lait est mauvais.
On doit traire les vaches au moins deux fois par jour, le matin et le soir, mais il est préférable de les traire trois fois, surtout loi s-
qu'elles ont fraîchement vêlé. On les trait donc le soir ù la lumière pendant une partie de l’année, surtout à l’époque qui suit la mise bas. Lorsqu’il y a longtemps qu’elles ont vêlé, on peut se borner à deux traites en été.
Des vaches soigneusement traites, et avec célérité, donnent sensiblement plus de lait que celles qui le sont moins bien. On doit apporter beaucoup de surveillance à l’exécution de la traite, surtout dans les pays où cette opération est ordinairement faite avec négligence.
Le lait doit être passé aussitôt qu’il est trait et déposé dans les vases où doit se former la crème. Rien ne demande plus de propreté que tout ce qui a rapport au laitage, d’abord parce que le lait contracte facilement le mauvais goût et la mauvaise odeur des choses sales, ensuite parce qu’il se corrompt avec la plus grande facilité, etqu’alors il est impropre à tout. La crème corrompue rancit et gâte le beurre. On doit donc donner aux domestiques chargés du soin du lait toutes les facilités possibles pour arriver à une propreté irréprochable.
J’ai inventé un couloir qui me paraît réunir à foutes les conditions voulues de simplicité, de bon marché, de durée et de facilité d’exécution, l’avantage de pouvoir être tenu propre sans la moindre peine. Il se compose d’un entonnoir à large douille en fer-blanc A (fig. 127) et d’un anneau B de même métal, qui entre assez faeile-
A. 20 centimètres (l’ouverture.
20 de hauteur.
B. 8 centimètres de diamètre.
8 de hauteur.
annf.au.
2 centimètres de hauteur.
9 de diamètre.
ment sur la douille pour permettre d’y introduire un carré de linge assez clair pour laisser passer le lait tout en retenant les impuretés et les poils qui peuvent s’y trouver. L’anneau tient le linge tendu sur la douille et forme tamis. On place la douille de l’entonnoir sur un trépied en bois ou en fer, dont les pieds sont élevés de 40 à 50 centimètres et assez écartés pour qu’on puisse placer entre eux le vase destiné à recevoir le lait. On verse le lait dans le couloir sans être obligé de le tenir. Lorsque le lait est passé, on retire l’anneau,
■Fig. 127.
puis on lave le linge et le couloir, qu’il faut faire étamer de temps en temps pour qu’il ne rouille pas le linge. Ce dernier doit être ourlé en rond et muni d’une petite boucle par laquelle on le suspend après qu’il a été lavé. On en prépare un certain nombre et on les fait souvent passer à la lessive. Du calicot très-clair ou une grosse mousseline conviennent parfaitement à cet usage ; on peut aussi employer une espèce de toile dont se servent les marchands de draps pour envelopper leurs pièces d’étoffe; elle ressemble à un canevas très-fin ; lorsqu’elle a été lavée, elle se resserre et est d'un bon usage.