Chaleur , saillie, conception, gestation
La monte des vaches est une des choses importantes de leur éducation ; il est loin d’être indifférent de les faire saillir par un taureau quelconque, comme on le fait assez généralement, A peu près partout on n’emploie à la monte que de jeunes élèves destinés à faire plus lard des bœufs de travail, qui n’ont point encore acquis l’âge adulte, et dont on ne connaît ni les qualités ni les défauts. Si l’on est assez heureux pour habiter un pays où l’on attache à la reproduction de ces utiles animaux l’importance qu’elle mérite, il faudra cependant encore apporter le plus grand soin dans le choix du taureau qu’on emploiera.
Il y en a qui, par leur constitution et leur conformation, sont propres à favoriser la production du lait chez les génisses qui en proviennent, tandis que les formes athlétiques des autres les désignent plus particulièrement à la monte quand on désire avoir des bêtes de travail; d’autres enfin sont plus propres à produire des veaux convenables pour la boucherie. Il faudra donc, lorsqu’on aura une bonne vache laitière à faire saillir, et cpi’on aura l’intention de faire également de son produit une vache laitière, choisir le taureau que sa conformation paraît rendre le plus apte à cette destination.
Dans les pays où la monte n’est pas faite par des bêtes de choix destinées spécialement à la reproduction, il conviendra néanmoins de rechercher le plus beau màlevdùt-on aller à une grande distance. Cette peine sera bien payée par le produit.
Les paysans ont encore à ce sujet de singulières idées : ils ne peuvent se décider à débourser une somme un peu plus forte pour faire saillir une femelle quelconque par un mâle de choix ; ce pre-
rnier déboursé leur coule énormément à faire, et ils donnent mille mauvaises raisons pour l’éviter. Il faut se roidir contre leur fausse spéculation ; ce n’est qu’en employant à la monte des sujets convenables et à l’aide d’une bonne nourriture qu’on obtiendra de beaux élèves, et par la suite de bonnes vaches. Les Anglais, nos maîtres en agriculture, attachent à l’amélioration de leurs races d’animaux une importance telle que de grands propriétaires ont consacré leur fortune et leurs talents à l’obtention de ce résultat. L’un des plus remarquables agronomes qui se soient occupés de cette amélioration est Bakwell ; il y a travaillé toute sa vie et s’est ruiné deux ou trois fois en se livrant à des expériences longues et pénibles; mais le gouvernement, attentif aux immenses travaux de cet homme ingénieux et appréciant leur utilité, est toujours venu à son secours et a consacré plusieurs centaines de mille francs à réparer ses désastres. Aussi possède-t-on aujourd’hui, en Angleterre, des races perfectionnées de tous les animaux domestiques, appropriées chacune à une destination spéciale : des vaches qui donnent énormément de lait et de chair, d’autres qui donnent le jour à des veaux destinés à faire des bêtes de travail, d’autres à des boeufs destinés à la boucherie; des porcs dont les os, la tête et les pieds sont d’une petitesse remarquable, qui s’engraissent avec la plus grande facilité, sont peu difficiles sur le genre de nourriture et mangent à peu près de tout. Je ne finirais pas si je voulais énumérer tous les services de ce genre que Bakwell a rendus à sa patrie. En France, malheur reusement, l’amélioration des races est la dernière chose à laquelle on pense, la plupart du temps.
Les vaches entrent en chaleur d’un à deux mois après quelles ont mis bas. On peut alors les conduire au mâle, si cela cadre avec les arrangements de l’étable, parce qu’on doit, autant que possible, régler l’époque du vêlage des vaches de manière à avoir toujours du lait. Après cette première époque, il se passe environ un mois ou cinq semaines pendant lesquels elles ne cherchent point les approches du mâle; mais au bout de ce temps il serait fâcheux de différer, parce que, l’époque du dernier vêlage s’éloignant beaucoup, on aurait à craindre de garder la vache longtemps après l’épuisement de son lait. Si l’on a deux vaches, il faudra donc s’arranger de telle sorte que l’une mette bas au printemps, l’autre à l’automne. Celle qui aura vêlé à l’automne éprouvera, au moment où
on la mettra au fourrage vert, une recrudescence de lait qui se trouvera presque épuisée lorsque l’autre, à laquelle on viendra de retirer son veau, donnera du lait en abondance.
Les paysans redoutent de voir leurs vaches vêler à l’entrée de l’hiver, parce que, n’ayant ordinairement qu’une assez mauvaise nourriture à leur offrir, elles donnent peu de lait ; mais j’espère que notre ménagère écoutera mes conseils, qu’une partie de la nourriture d'hiver de ses vaches sera composée de racines, conditions dans lesquelles elles donneront une aussi grande quantité de lait en hiver qu’en été ; de plus le veau se vendra, à la fin de la saison, beaucoup plus cher qu’au printemps.
Cependant, si le veau était très-beau, on ne devrait point hésiter à l’élever ; il profiterait de l’abondance du lait de sa mère et viendrait à merveille ; au printemps il serait fort et pourrait profiter immédiatement des avantages du premier pâturage qu’on lui livrerait. Habitué à être attaché dans l’écurie, il pâturerait très-bien au piquet, et on gagnerait ainsi une année, pour ainsi dire, sur son éducation. Le beurre a beaucoup plus de valeur en hiver ; il y aura donc avantage de tous côtés à avoir des vaches qui vêlent à l’automne.
L’âge auquel on doit faire saillir une jeune vache doit varier selon sa force; cependant, terme moyen, on peut la conduire au taureau à dix-huit ou. vingt mois. Elles sont susceptibles de le recevoir beaucoup plus jeunes; mais il y a, je crois, inconséquence aie faire.
Il faut, dès le plus bas âge, manier le pis des jeunes vaches, afin de les habituer à la traite. J’ai déjà dit qu’il fallait se conduire envers elles avec la plus grande douceur : c’est le seul moyen de les rendre douces et dociles ; on réprimandera donc sévèrement les domestiques qui les malmèneraient.
Une jeune vache ne donne pas autant de lait au premier vêlage qu’au troisième ; il ne faut donc pas juger de sa qualité la première fois qu’elle met bas. En outre, son lait tarissant plus tôt, il convient de la faire saillir la première fois qu’elle est en chaleur après avoir vêlé. Si on n’était pas satisfait de son produit aux trois premiers veaux, il faudrait la faire saillir et la faire engraisser pour la boucherie. Les vaches engraissent beaucoup mieux lorsqu’elles sont pleines; mais il ne faut pas les garder plus de quatre mois après l’époque où elles ont été couvertes par le taureau ; les bouchers
répugnent à les acheter après cette époque ; peut-être leur viande perd-elle alors une partie de sa qualité.
Les vaches portent neuf mois, mais souvent ce terme est dépassé ; il y a des vaches dont la gestation dure jusqu'à onze mois, mais ces cas sont rares. Elles portent souvent plus longtemps les mâles que les femelles. On doit inscrire la date du jour où l’on envoie une vache au taureau : c’est le seul moyen d’être assuré de l’époque à laquelle on doit cesser de la traire, ce qui doit toujours avoir lieu un mois ou six semaines avant l’expiration de son terme.
Il y aurait beaucoup à dire sur le choix à faire pour obtenir des vaches donnant beaucoup de lait; parmi les races françaises, celles de Bretagne fournissent ordinairement les meilleures laitières, cependant elles ne sont pas toutes bonnes ; loin de là. Les vaches mancelles, les normandes, celles de la Brie ont aussi leur mérite. Parmi les races étrangères, les vaches hollandaises sont estimées; on peut en dire autant des races suisses, mais surtout des vaches anglaises; les durhams, par exemple, ont de plus l’avantage de donner des veaux d’une grande valeur pour la boucherie.