Part, délivre , élève des veaux
Les vaches pleines exigent une alimentation plus substantielle encore que celles qui ne le sont pas ; cependant il faut éviter de les pousser à l’engraissement, ce qui pourrait nuire à la facilité du part. Si l’on s’apercevait qu’elles prennent trop d’embonpoint, il faudrait diminuer la nourriture. Il est bon, comme je viens de le dire, lors même que la vache aurait encore une certaine abondance de lait, de ne plus la traire un mois ou six semaines avant le moment du vêlage.
On doit éviter avec soin de faire faire de grands mouvements, de grands sauts aux vaches pleines. Il faut réprimander un domestique qui les maltraiterait, et éloigner d’elles les chiens méchants.
J’ai déjà dit qu’il était important que l’écurie des vaches fût trèspeu en pente d’avant en arrière; je le recommande de nouveau. La maîtresse de la maison doit exiger impérativement qu’on la prévienne chaque fois qu’une vache se trouve sur le point de vêler, car elle ne doit pas s’en rapporter à l’ignorance des domestiques. Souvent quelques retards apportés aux secours que la pauvre bêle
demande peuvent causer sa mort. Lorsqu’on s’aperçoit que le moment du vêlage approche, ce qui est facile à reconnaître au gonflement de la vulve, ou parties naturelles, et aux mucosités glaireuses qui s’en échappent, il faut surveiller la vache, lui donner une abondante litière, et ne pas souffrir qu’elle soit tourmentée, soit par des chiens, soit par des enfants. Le travail de la parturition est plus ou moins long; mais il faut le laisser se faire seul, à moins qu'il ne se prolonge outre mesure; dans ce cas, il faudrait avoir recours à un vétérinaire. Cependant, avant son arrivée, ou si l’on était privé de son secours, on pourrait, dans le cas où la vache serait faible et amaigrie par défaut de nourriture, lui faire prendre un breuvage composé d’un litre de vin blanc chaud, dans lequel on mettrait quelques herbes aromatiques. Souvent la longueur du travail est due au besoin d'une saignée , ce qui nécessite la présence du vétérinaire. Dans tous les cas, lorsque le fœtus se présente, il faut bien se garder d’y toucher et de chercher à faciliter sa sortie en le tirant. Dans un vêlage naturel il n’y a aucun avantage à le faire, et lorsqu’il est contre nature il y a un véritable danger à le tenter. Malheureusement, lorsqu’une vache ne vêle pas facilement, on a recours soit à un maréchal ignorant, soit à quelque commère qui aggrave le mal et le rend souvent mortel ; aussi ne puis-je trop recommander d’appeler un vétérinaire, et de le faire à temps; presque toujours on attend trop tard, et ses soins deviennent inutiles. Les seuls secours que l’on puisse donner sans les ressources de l’art, c’est un lavement ; on saisit pour cela un moment où le fœtus n’est pas engagé dans le conduit ; si l’on n’a pas de seringue, on peut tout simplement employer une bouteille dont on introduit le goulot dans l’anus. Le lavement est de deux litres d’eau tiède. Si l’on ne pouvait donner un lavement, ou qu’il ne pût pas pénétrer à cause de la présence des excréments dans le gros intestin, il faudrait s’enduire la main d’huile, l’introduire dans l’anus, et enlever ainsi les matières qui font obstacle au passage du veau. Quelquefois le veau ne présente qu’une patte avec le museau ; on peut le repousser doucement, introduire la main bien huilée dans la vulve pour aller chercher l’autre patte, et replacer celle-ci à côté de 1 autre; d’autres fois encore la tète du veau se trouve renversée en arrière; on peut aussi, par le même moyen, la ramener à sa position naturelle.
32ù MAISON RUSTIQUE DES DAMES.
Aussitôt qu’une vache a vêlé, il faut la détacher et lui donner à boire de l’eau tiède avec du son et un peu de farine. Quelquefois son pis est trop plein ; il est alors bon d’extraire une partie du lait et de le donner à la vache, qui le boit avec avidité; mais il ne faut pas vider entièrement le pis; car le lait qu’il contient est d’une nature appropriée à la jeunesse du veau. Si le cordon ne se rompt pas immédiatement après la mise bas, et que la mère ne le coupe pas, il faut le trancher à 10 centimètres du ventre du veau ; puis on approche le petit de sa mère afin qu’elle le lèche. Si elle négligeait ce soin, il faudrait essuyer le veau avec un linge sec. Presque aussitôt qu’il est né, il cherche à se lever; s’il paraît trop faible on l’aide, et on l’approche des mamelles de sa mère, s’il ne les trouve pas seul. Quelquefois même cela ne suffit pas, il faut lui mettre le mamelon dans la bouche ; mais bientôt il n’a plus besoin de ce secours.
On doit surveiller la vache jusqu’à ce qu’elle soit délivrée. Ordinairement cela arrive presque aussitôt qu’elle a vêlé ; quelquefois cependant la délivrance se fait attendre un jour, et même deux. Si la mère était faible et qu’on la vît faire des efforts inutiles, il faudrait lui donner une bouteille de vin blanc, de cidre ou de bière chaude ; on pourrait y joindre quelques aromates, comme de la cannelle ou de la muscade. Il faut bien se garder d’attacher à l’extrémité du cordon un poids quelconque dans l’espérance que ce tiraillement facilitera la délivrance : pour une fois que ce moyen est efficace, il en est dix où il a des résultats fâcheux. Enfin, si au bout de trente-six ou quarante heures la vache n’était pas délivrée, il faudrait appeler un vétérinaire, qui seul peut extraire le délivre. Plus tard les passages se seraient rétrécis, cette extraction ne pourrait plus s’opérer, et il en résulterait de funestes accidents. Lorsqu’on a recours à des gens ignorants, ils peuvent laisser une partie de ce corps, devenu étranger, dans la matrice ; bientôt alors il entre en putréfaction, et, si la vache ne meurt pas, elle est longtemps malade, languissante, et son petit en souffre autant qu’elle ; car son lait diminue sensiblement. Le défaut de délivrance est un cas rédhibitoire dans le cas où on vend la vache. Si, la délivrance n’ayant pas eu lieu naturellement, elle a été opérée par un vétérinaire diplômé, il peut attester le fait, et le cas n’est plus rédhibitoire, lors même que la vache rejetterait encore des portions de délivre.
La vache no doit pas aller aux champs pendant les deux ou trois jours qui suivent son vêlage, et il est bon de lui donner à boire do l’eau blanchie avec du son ou de la recoupe; s’il fait froid il faut que l’eau soit chaude. Le fourrage sec lui convient mieux que le fourrage vert. Après ce temps, s’il n’est pas survenu d’accident, on peut lui faire reprendre le régime ordinaire. Si la vache paraissait affaiblie par les efforts du part, on pourrait lui donner un litre de vin rouge chaud dans lequel on mettrait quelques tranches de pain grillé, et continuer l’usage de celte rôtie au vin pendant deux ou trois jours.
Chez les jeunes vaches, le vêlage est ou beaucoup plus prompt ou beaucoup plus lent que chez celles qui ont déjà mis bas ; souvent aussi elles demandent plus de surveillance et de soins. C’est chez elles que se présentent le plus souvent, les accidents ; il y a donc encore moins à hésiter à se procurer les secours de l’art pour une jeune vache que pour une autre. Il arrive quelquefois que la vache lèche tellement le nombril du veau qu’elle le déchire ou y cause une inflammation très-grave, qui entraîne souvent la mort; il faut donc écarter de sa mère le veau que celle-ci veut trop lécher.
Aussitôt qu’un veau est né, il faut s’assurer que toutes les ouvertures naturelles sont en bon état ; les vaches sont plus sujettes que les autres animaux à faire des monstres; leurs petits ont quelquefois des défauts de conformation que l’art peut réparer, comme les paupières des yeux collées, l’anus ou les voies urinaires bouchés. Si on s’aperçoit de quelque imperfection de ce genre, il faut appeler de suite un vétérinaire qui, au moyen d’une petite incision, rétablit l’ordre naturel. Quelquefois, faute de ces soins, les jeunes veaux succombent sans qu’on en puisse découvrir la cause.
Comme l’animal n’a encore qu’une faible valeur, on n’apporte pas toujours l’attention nécessaire à sa conservation. En général, les gens de la campagne n’estiment les choses que par leur valeur présente, et ils sacrifient souvent, sans le moindre regret, un avenir assuré, parce que la perte est presque nulle au moment où ils la font. Il faut se tenir en garde contre cette fâcheuse manière d’agir, qui les porte à tenir trop peu de compte de choses auxquelles le temps donnerait beaucoup de prix.
Aussitôt que le veau a tété, il convient de le séparer de sa mère ; il n’est pas nécessaire de l’emmener hors de l’écurie, mais il ne IL 19
doit pas pouvoir téter à chaque instant, suivant son caprice. Cependant, s’il taisaiL très-froid, il pourrait être dangereux de l’éloigner d’elle, car ordinairement il se couche près de la vache qui le réchauffe ; mais il faudrait que l’étable fût bien froide pour que cette précaution lut indispensable. On mettra au cou du veau un petit collier en cuir fermé avec une boucle et garni d’un anneau de fer. On pourrait à la rigueur l’attacher avec une corde; mais il tiraille si souvent son attache qu’un nœud offre toujours un certain danger, parce qu’il pourrait, en se serrant, étrangler la pauvre petite bête. Il faut lui donner une abondante litière de paille bien sèche, et le placer dans un lieu sain. Trois fois par vingt-quatre heures seulement on le rapprochera de sa mère pour qu’il puisse téter, et on le reconduira à sa place aussitôt qu’il aura pris son repas. Si le veau n’épuise pas tout le lait de sa mère, le pis s’engorge, ce qui n’est pas sans inconvénient : il faut alors la traire; on peut donner ce lait à boire à la mère ou à des cochons, car il n’est bon ni pour la cuisine, ni à faire du beurre. Ce n’est qu’au bout de trois ou quatre jours que le lait a perdu certaines qualités purgatives qui conviennent au jeune veau ; il est facile de s’en assurer en en faisant bouillir une petite quantité : s’il ne tourne pas, il est bon.
Lorsqu’une vache bonne laitière est bien nourrie, son veau ne peut pas absorber son lait ; si elle est très-douce, on laisse téter son veau , puis on trait ensuite la vache : le premier lait qui vient étant le moins bon, c’est un moyen d’avoir le meilleur. Quelquefois cependant, lorsque le veau est satisfait, le lait de la mère ne vient plus à la traite , bien quelle en ait encore dans le pis; dans ce cas on trait la vache d’un côté pendant que le veau tette de l’autre ; on peut être sûr alors d’avoir le lait; mais il faut bien se garder d'en enleyer trop à la mère et de faire pâtir son élève. On ne doit traire une vache que lorsqu’on est bien assuré que son veau ne tette pas tout. Au surplus, au bout de trois semaines ou un mois, il est rare qu’un veau ne consomme pas tout le lait dosa nourrice.
Quelques personnes préfèrent traire la vache et faire boire le lait au veau ; cette méthode peut offrir quelques avantages, parce que le veau, oubliant qu’il a une mère, n’éprouve ni le désir de se rapprocher d’elle ni le regret de la quitter après avoir tété, ce qui lui cause une inquiétude qui peut nuire à sa croissance; puis, la mère, n’étant point tétée et sentant le besoin d’être débarrassée du lait qui
la gène, s’habitue plus facilement à se laisser traire ; mais cette méthode, outre qu’elle offre quelques dificultés dans son exéculion et demande bien plus de soin que l’allaitement au pis, ne convientguère qu’aux veaux destinés à la boucherie. Je crois qu’il est préférable de laisser téter ceux qu’on veut élever. Le lait exposé à l’air perd une partie des qualités qui l’approprient à l’estomac des veaux. Il se peut, et l’expérience semble le démontrer, que le procédé de faire boire le lait aux jeunes élèves soit plus favorable à l’engraissement; on peut alors, lorsque le veau devient fort, ajouter un peu de farine au lait tiré à la mère , ce qui le rend plus nourrissant.
Il n’y a pas profit à garder plus de quatre à cinq semaines un veau destiné à la boucherie, à moins que le lait n ait pour ainsi dire aucune valeur ou que la vache ne veuille pas se laisser traire. Jusqu’à l’âge d’un mois il est inutile de chercher à ajouter quelque chose au lait de la mère ; mais à cette époque on peut présenter au veau de l’eau tiède, dans laquelle on a délayé un peu de son, de recoupe ou de farine. On peut même casser un œuf dans cette boisson et le battre vivement, afin qu’il s’y mêle parfaitement; on pourrait encore y ajouter un peu de sel. Ce breuvage deviendrait surtout utile dans le cas où la mère n’aurait pas beaucoup de lait ou si l’on voulait en soustraire une partie au veau ; mais, en général, la meilleure alimentation pour le veau est le lait.
A Pontoise, près Paris, on fait un grand commerce de veaux; les gens de ce pays vont les acheter au loin et les réunissent dans des écuries très-propres et bien aérées, où ils les nourrissent de lait et d’eau blanchie avec de la farine de froment et des œufs, comme je viens de le dire. Ils les gardent ainsi jusqu’à l’âge de quatre ou cinq mois, et conduisent ensuite au marché de Poissy ces veaux devenus énormes; mais je ne crois pas qu’il y ait avantage à faire ces engraissements dans une autre localité, à moins qu’on n’habite près d’une très-grande ville dont les bouchers sachent apprécier et payer des veaux qui coûtent aussi cher à l’éleveur. Je pense donc que notre ménagère fera mieux de suivre les conseils du célèbre Dombasle, qui engage les cultivateurs à ne pas garder leurs veaux plus d’un mois à six semaines; elle jouira ainsi de l’abondance de lait qu’ont les vaches qui ont nouvellement mis bas. Le beurre payera mieux le lait que le veau, et elle aura l’avantage de faire profiter sa porcherie des copieux résidus de la fabrication du beurre ; car à la
campagne tout sc lie : c’est ce qui donne un attrait si puissant aux travaux agricoles.
Du moment où notre ménagère s’occupera quelque peu d’agriculture, tout deviendra intéressant pour elle; elle verra que certaines choses qu’elle aurait crues d’abord devoir lui être tout à fait étrangères prendront à ses yeux beaucoup d’intérêt.
Lorsqu’on garde un veau pour l’élever, il faut le laisser téter environ deux ou trois mois ; mais il faut, dès l’âge d’un mois, lui donner un petit supplément de nourriture. On choisit à cet effet du regain sec de pré naturel ou de prairie artificielle (car les jeunes bêtes mangent plus volontiers le fourrage sec que vert), dont on lui fait une petite botte qu’on suspend près de lui. Dans l’hiver on lui donne des pommes de terre, des betteraves ou d’autres racines coupées fort menu et mêlées de son, qu’on lui présente dans une petite auge. On le voit, dans les premiers jours, prendre avec une sorte de dégoût quelques parcelles de cette nourriture; mais bientôt il la mange avec plaisir. Il faut la lui présenter d’abord avant qu’il tette, ensuite après qu’il a tété, parce que, dans le commencement, il faut qu’il ait grand’ faim pour se décider à y goûter. Plus tard, le lait ne lui suffisant plus, il mange avec plaisir, même après avoir tété. Lorsqu’il commence à bien manger on peut supprimer en partie le lait de la mère, soit en la trayant d’un côté pendant que le veau tette de l’autre, soit en l’en séparant avant qu’il ait vidé le pis. Peu à peu on augmente la quantité de nourriture et on diminue de plus en plus la proportion du lait; le veau se trouve ainsi sevré sans inconvénient si on lui donne une nourriture abondante et bien appropriée à ses besoins. On peut encore, lorsqu’il ne tette plus, lui faire boire du lait écrémé même pendant longtemps.
Si l’on élevait une bête de prix il faudrait la laisser téter pendant quatre mois au moins ou lui donner du lait frais à boire. On pourrait encore, au bout de cinq ou six semaines ou de deux mois, lorsqu’il commence à manger, le changer de nourrice, afin de profiter de l’abondance du lait de la mère ; on lui fait téter une vache qui nourrit déjà depuis quelque temps ou dont on aurait moins de lait que de sa mère.
Lorsque le veau a deux mois on peut, si les vaches vont au champ, l’y envoyer aussi, mais alors il faut lui mettre une muselière en cuir qui porte sur le nez une plaque garnie de pointes de fer; de
cette façon le veau ne peut téter sans blesser la mère, qui alors ne le laisse pas approcher. Lorsqu’on sèvre les veaux et qu’ils vont aux champs il faut employer le même moyen; autrement le sevrage n’aurait lieu spontanément qu’à une époque plus éloignée; j’en ai vu vouloir téter encore à un an ; il est vrai qu’ils ne sont pas tous aussi voraces.
On doit donner abondamment aux jeunes élèves des aliments de bonne qualité : c’est le seul moyen d’obtenir de bons résultats; si on ne peut pas leur donner une nourriture copieuse il ne faut pas les garder, car jamais une bête qui a été mal nourrie dans son enfance ne deviendra belle.
Il faut bien se garder d’envoyer au pâturage le veau qu’on destine à la boucherie; il grossirait, mais n’atteindrait point cet état de graisse qui lui donne tant de valeur aux yeux du boucher. Si on ne veut point engraisser par des procédés artificiels le veau qui a cette destination, on peut le vendre à cinq ou six semaines, même à un mois, s’il est beau. Dans la plupart des localités de la France, les dépenses et les soins qu’exige l’engraissement artificiel ne seraient pas payés par l’augmentation de la valeur du jeune élève.