C. PlÉTIN
Le piétin, comme le nom l’indique, est une maladie du pied; elle est contagieuse. Elle se manifeste entre les ergots par une petite plaie qui entre en suppuration et s’étend jusque sous la corne. La patte est brûlante ; l’animal souffre beaucoup ; il est boiteux, perd
I appétit, et pourrait mourir de la gangrène si on n’y portait remède.
II faut bien laver le pied et enlever jusqu’au vif la corne sous laquelle le mal a pénétré; puis on saupoudre la plaie avec du sulfate de cuivre réduit en poudre très-fine; on peut aussi l’enduire, a\ec un petit pinceau, d’acide nitrique. On étend ensuite sur toute la plaie une pommade dans laquelle entrent le camphre et l’extrait de Saturne, et on enveloppe le pied avec un linge. Deux jours après on lève l’appareil ; si la plaie paraît à peu près sèche, on se borne à remettre de la pommade et un linge; mais s’il se manifestait encore delà suppuration, il faudrait, sans hésiter , revenir au premier moyen, mettre la plaie à vif et la cautériser. Ordinairement, si le premier pan sement a été bien fait le mal a disparu ; bientôt la corne renaît avec rapidité. Il faut donner une bonne nourriture à l’animal opéré et ne pas le mener aux champs avant que le cône soit suffisamment repoussée,
D. Sang de rate.
Le sang de rate est une maladie d’autant plus grave qu’elle est incurable ; elle peut frapper un grand nombre de bêtes simultanément : elles meurent comme foudroyées. Elle est l’opposé de la pourriture et résulte d’une nourriture trop succulente, comme celle que l'on récolte, par exemple, dans les années sèches, surtout sur les terres calcaires, de la présence dans les fourrages de grains murs, comme ceux de la vesce, de la bisaille. Tout le troupeau se trouvant dans les mêmes conditions un grand nombre de bêtes peuvent être frappées à la fois. On doit, lorsqu’un troupeau est nourri dans ces conditions, examiner souvent la paupière et les gencivesdes animaux; si elles paraissent injectées et très-rouges, on met les bêtes à la diète et on remplace le fourrage par de la paille. S’il se trouve dans le voisinage des pâturages humides on les y conduit, ou l’on tâche
do leur fournir des plantes aqueuses. On ne guérit pas le sang de rate, on le prévient. On doit toujours être sur ses gardes, quand le troupeau est bien nourri, lorsque l’été a été très-sec.
, E. Tournis.
Le tournis est un mal incurable, qui atteint spécialement les agneaux et les jeunes bêtes. Il a pour cause la présence du ccinure cérébral , petit insecte qui s’établit dans le cerveau ; il n’est point contagieux. Un animal atteint du tournis est très-bon à manger; aussitôt qu’on aperçoit les premiers symptômes de la maladie, il faut l’abattre si on veut en tirer parti. L’animal malade tient la tète basse et semble préoccupé; il tourne souvent sur lui-même; sa démarche ressemble à celle de l’écrevisse.
Il ne faut pas confondre avec le tournis une autre maladie causée par la présence dans les narines d’une petite larve appelée œstre du nez ; ici le mouton lève et abaisse la tète en la secouant, et éternue très-souvent. Quelquefois il tourne aussi comme dans le tournis, mais jamais autant. Cette petite larve, qui naît et croît dans le nez des moutons, est produite par une mouche qui y dépose ses œufs. On peut quelquefois l’extraire lorsqu’elle n’est pas encore montée trop haut ; quelquefois aussi l’animal la rejette en éternuant ; mais si elle gagne la région supérieure, il est nécessaire d’avoir recours au vétérinaire, qui ne parvient à la retirer que par une opération assez difficile.
E. Météorisation.
La météorisation est le résultat de l’ingestion de certains aliments. Les plantes des prairies artificielles peuvent la causer, mais beaucoup d’autres plantes sauvages y donnent également lieu. Il ne iaut pas faire pâturer longtemps les bêtas à laine dans les luzernes ou les trèfles, surtout lorsqu’ils sont abondants; il y a peu d’inconvénient lorsque le troupeau ne fait que le traverser pour aller achever son repas dans un pâturage moins abondant et d’une autre nature. Lorsqu’il a gelé blanc, en automne, ces pâturages paraissent moins dangereux.
Souvent la météorisation est si prompto qu’on ne peut avoir recours à aucun moyen pour la guérir, et l’animal périt on peu d’ins«
tants. Dans d’autres circonstances son développement est plus lent; alors on peut y porter remède.
Aussitôt qu’une bergère aperçoit le plus petit gonflement sur un ou plusieurs de ses moutons, elle doit quitter à l’instant le champ où ils paissent et les ramener à la ferme. Quelquefois la course pour revenir au logis et la cessation du repas suffisent pour dissiper ce commencement de maladie ; mais lorsque le mal empire il serait inutile de faire courir le troupeau ou de couper les oreilles des bêtes atteintes, comme on le fait dans l’espérance de les soulager. Le premier moyen augmenterait le mal en essoufflant l’animal ; l’effet du second serait absolument nul. Si la bête peut encore avaler, on lui donne une ou deux cuillerées d’eau à laquelle on ajoute dix à douze gouttes d’alcali volatil, ou la même quantité d’éther sulfurique, ou encore quelques gouttes d’eau de javelle dans un demiverre d’huile : l’eau de savon suffit quelquefois; mais si l’animal ne peut plus avaler, il faut sans hésiter opérer la ponction au moyen d’un trocart, ou à son défaut d’une autre lame, comme je l’ai indiqué à l’article Météorisation des vaches , page 330, et donner les mêmes soins à la plaie. Si l’estomac n’a pas été trop distendu, la bête se trouve à l’instant soulagée et reprend aussitôt son attitude et sa vigueur naturelles; mais<si l’on a trop attendu, l’estomac a souffert des dommages irréparables.
Il est donc indispensable, lorsqu’on possède un troupeau, d’avoir chez soi un trocart de plus petite dimension que celui qui sert pour le gros bétail. On doit aussi avoir plusieurs conduits, parce qu’il peut y avoir plusieurs bêtes atteintes à la fois ; mais une seule lame est suffisante.
Il y a certaines années où les pâturages sont plus susceptibles que dans d’autres de causer la météorisation. Dans ces années une bergère soigneuse ne sortira jamais sans son trocart. Il est indispensable qu’elle sache faire l’opération, qui est très-facile chez le mouton, dont la peau est bien moins dure que celle des vaches. Elle se pratique également dans le flanc gauche, et de haut en bas.