‹ Maison rustique des dames (volume 2)Chapitre 208 sur 304 · Tonte · texte numérisé non relu

Tonte

La tonte est une opération très-importante et qui demande beaucoup de soin. La manière dont elle est faite et l’époque à laquelle

on l’opère ont une grande influence sur la quantité et la qualité de la laine. On ne doit point la confier à des personnes inexpérimentées ; il faut choisir parmi les femmes du pays les plus adroites, celles qui ont l’habitude de ce travail, que l’on doit faire exécuter sous ses yeux, en recommandant souvent aux tondeuses de ne pas se presser, de tondre ras , de ne pas couper d’abord la laine trop haut pour recouper ensuite une seconde fois, cette laine provenant de la seconde coupe n’ayant aucune valeur.

L’époque de la tonte varie selon la saison et la race. En général les races françaises demandent à être tondues beaucoup plus tôt, parce que, dès la fin d’avril et en mai, les moutons perdent leur laine.

Les mérinos se dépouillent beaucoup plus tard, on peut donc retarder leur tonte jusqu’en juin. A cette époque la laine est trèschargée de suint, ce qui est un profit pour le propriétaire, mais non pour l’acheteur. Cependant il ne faut pas attendre que la laine tombe d’elle-mème,car alors elle a perdu de sa qualité. L’important est de saisir l’époque favorable, et de tondre par un beau temps, parce que, s’il faisait froid ou que le temps fût pluvieux, les moutons pourraient souffrir de la tonte et s’enrhumeraient inévitablement, ce qui les ferait dépérir.

Il est important de munir les tondeuses d’instruments bien appropriés à leur travail. Si ce sont des ciseaux, ils doivent être préalablement aiguisés, mais il est bien plus convenable de leur donner des forces ( fig . 141), sortes de ciseaux qui, au lieu d’avoir des an-

et très-durables, sont très-préférables aux ciseaux. Bien moins fatigants que ceux-ci, ils permettent de couper beaucoup plus ras , et les tondeuses, par cela même qu’elles éprouvent moins de fatigue, mettent plus de soin et font plus de besogne qu’avec les ciseaux ordinaires.

Une bonne paire de forces coûte de 3 à 4 francs; avec quatre paires on peut tondre, en peu de jours, une grande quantité de bête9;

Fig. lftl.

neaux, ont deux lames réunies par un ressort qui les tient toujours ouvertes, et qui cède sous la pression de la main, de telle manière que les lames se rencontrent. Ces petits] instruments, peu coûteux

ccs instruments, conservés avec soin, pour ne servir uniquement qu’à la tonte, durent un grand nombre d’années, et la perfection qu’on obtient dans cette opération, la célérité qu’ils permettent d’y apporter, ont bientôt indemnisé de la dépense qu’on a faite.

Les tondeuses doivent mettre toute leur attention à ne pas rompre les toisons, attendu que, lorsqu’elles sont entières, les laveurs de laine peuvent plus facilement trier les diverses qualités de laine et les classer.

La manière la plus commode de tondre est de placer l’animal sur une table, après lui avoir lié les jambes. La laine alors n’est point exposée à être salie, et les tondeuses sont bien plus à l’aise. Il est nécessaire qu’elles soient aidées par quelqu’un lorsqu’il s’agit de tondre certaines parties. Si l’on ne plaçait pas les moutons sur une table, il faudrait au moins nettoyer parfaitement l’endroit où on les mettrait. Les marchands de laine donnent un prix bien moins avantageux de celle dans laquelle ils trouvent de la paille et autres ordures qui s’y sont introduites pendant la tonte.

II faut éviter que les tondeuses, en cherchant à lutter de vitesse,

[Fig. I£i2.

n’apportent do la négligence à leur travail, ce qui arrive toujours

aux plus lentes, qui veulent suivre celles qui sont plus habiles qu’elles.

Chaque toison doit être pliée séparément; on place extérieurement le côté qui adhérait à la peau; on reploie au milieu la laine des .pattes, des cuisses et celle des flancs. La toison forme ainsi une longue bande, de la tète à la queue. On commence à rouler de ce côté ( fig . 142) jusqu’aux épaules; arrivé là, on pose le pied sur la (toison roulée et on tord la laine des épaules et du cou de manière à en former une espèce de lien qu’on tourne autour de la toison ; on introduit le bout opposé sous cette espèce de corde, qui doit être bien serrée; la toison forme alors un paquet solide {fig. 143). On

Fig m.

’éunit les toisons et on les place dans un lieu frais, mais non hunide, afin quelles ne se dessèchent pas, ce qui leur ferait perdre me partie notable de leur poids.

Dans certains pays on a coutume de tondre les agneaux : cette ipération se fait ordinairement vers la fin de juin ; dans d’autres >n ne les tond pas; il est difficile de décider quelle est la meilleure néthode ; cependant on ne tond pas généralement les agneaux dont a laine est fine. Dans quelques localités leur toison est fort recherc filée pour la fabrication des chapeaux de paysans.

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