‹ Maison rustique des dames (volume 2)Chapitre 213 sur 304 · Du, chien de berger · texte numérisé non relu

Du, chien de berger

Le choix de bons chiens a une grande importance; il est fort rare d’en avoir de bons dans les pays où les troupeaux ne sont pas un des objets principaux de la ferme; cependant, outre le travail pénible et même souvent infructueux qu’un chien bien dressé évite a la bergère, il contribue pour sa part au bon état du troupeau, en ne le tourmentant pas et en le dirigeant et le maintenant dans les endroits des pacages qui lui sont désignés par la bergère. De plus, il évite les fréquents dégâts que peut faire un troupeau dépourvu de ce guide indispensable, parce que, je le répète, personne ne peut remplacer la surveillance qu’il exerce. Il y aura donc toujours grand avantage à avoir de bons chiens, dùt-on les payer fort cher et les faire venir de loin; mais alors il faut prendre quelques renseignements sur la manière de les conduire, manière qui varie dans chaque pays. Si l’on

veut les conserver bons, il faut leur construire à côté de la bergerie un petit chenil où ils seront enfermés aussitôt qu’ils arriveront des champs, et où on leur donnera leur nourriture, qui devra se composer de soupe. Une bergère attentive ramassera les os de la cuisine pour les donner à ses chiens, mais toujours dans leur chenil, où ils auront aussi abondance de boisson. Alors leur travail aura un double attrait pour eux, puisqu’ils retrouveront en s’y livrant la liberté et l’exercice.

Il y a des chiens qui mordent les moutons; on peut leur faire casser les crocs, ce qui rend leur morsure sans danger. L’inconvénient de cette opération est que les chiens ne peuvent plus se défendre ni contre les autres chiens, ni contre les loups. Il vaut mieux leur mettre une petite muselière qui entoure le museau sans passer sur les narines et ne sert qu’autant qu’il faut pour qu’ils ne puissent pas mordre. On la fixe sur la tète à l’aide de courroies: elle n’empêche pas le chien de boire.

Si notre ménagère parvient, par des améliorations bien entendues et des soins bien dirigés, à augmenter sensiblement le revenu du troupeau, elle concevra bientôt un grand attachement pour ses protégés. Elle éprouvera un véritable plaisir à les faire admirer par ses voisins et à leur servir d’exemple. Chaque agneau comme chaque brebis aura de l’intérêt pour elle.

SECTION YI1I, — Des porcs et de la porcherie.

Le porc est un des animaux les plus utiles à l’alimentation de l’homme; on peut même dire qu’il n’en est pas de plus utile, car, tout en étant l’accessoire indispensable d’une grande partie des mets qui couvrent la table du riche, il est aussi le régal du pauvre et souvent la seule viande qui entre dans sa marmite, comme il est la ressource du cultivateur aisé. On ne saurait donc apporter trop de soin au choix de la race qu’on élève, à son éducation et à son engraissement. Nul animal ne profite autant des soins qu’on lui donne : il semblerait que la nature l’ait fait exprès pour la subsistance de ceux qui l’élèvent. La facilité et la promptitude avec laquelle il se multiplie serait effrayante s’il ne devait pas en quelque sorte celte

fécondité à son état de domesticité. Yauban a fait sur la reproduction du porc des calculs extrêmement curieux, dont voici le résultat : une seule truie peut, après dix générations, être la souche de six millions de femelles, en ne comptant que trois femelles par portée. Ce nombre est plus élevé que celui de tous les porcs- qui existent en France. Dans le Leicester, en Angleterre, une truie a élevé trois cent cinquante-cinq petits qu’elle avait eus en vingt portées (elles en font deux par an), et qui valurent à son propriétaire 3,700 fr. de revenu. Sans promettre des résultats aussi avantageux, je ne saurais trop engager notre ménagère à apporter tous ses . soins à la reproduction, à l’élève et à l’engraissement de ces utiles animaux, qui trop souvent, en France, sont abandonnés à une malpropreté et à une négligence qui nuisent considérablement à leur prospérité.

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