De la porcherie
La première chose à faire, c’est d’assainir leur logement. Ordinairement il se compose d’un bouge obscur, humide, boueux, étroit, horriblement sale, où ils ne peuvent se coucher sans se trouver plongés dans une humidité perpétuelle et où ils ne respirent qu’un air saturé de miasmes infects. Presque tous les cultivateurs se figurent que cela n’a aucune importance et que le nom seul de l’animal indique qu’il n’a d’autre besoin que celui de la nourriture. De là cependant la dégénération des races, les maladies qui attaquent ces animaux, et une perte réelle pour le propriétaire. Le cochon, il est vrai, aime à se vautrer dans les marais, dans les mares, dans les bourbiers, mais c’est pour se rafraîchir, car il a un besoin extrême de bain ; c’est aussi pour y chercher des vers et des insectes, dont il est très-friand, et nullement par un instinct de malpropreté ; le cochon, au contraire, est le seul animal domestique qui fasse ses déjections dans un autre endroit que celui où il se couche habituellement et que celui où il doit recevoir sa nourriture, et il a besoin, peut-être plus encore que tout autre animal, de la propreté et de la salubrité de son habitation, qu’il ne quitte que rarement lorsqu’il croît et jamais lorsqu’on l’engraisse.
Un toit à porc [ficj. 144) doit être assez grand pour qu’on puisse mettre d’un côté une abondante litière et de l’autre l’auge qui cou-
tient la nourriture, si cette auge n'est pas placée dans une ouverture pratiquée dans le mur; on doit ménager une place où il puisse dépo-
Fig. 144.
ser ses ordures, et près de laquelle on pratique une petite ouverture pour servir à l’écoulement des urines. Le sol intérieur doit être plus élevé que celui du dehors, solidement pavé et en pente du côté du trou d’écoulement. La porte doit être coupée par moitié dans sa hauteur, afin de pouvoir ouvrir la partie supérieure pour donner de l’air sans que l’animal puisse sortir. Il est bon aussi d’établir en face de la porte un jour étroit en dehors et allant en s élargissant en dedans, de 15 à 18 centimètres de hauteur ; le plancher supérieur doit être placé au moins à 2 mètres 7 centimètres du sol ; une plus grande hauteur vaudrait encore mieux.
Si l’on construisait des toits à porcs, il faudrait tourner les ouvertures au midi, donner au bâtiment environ 2 mètres de large, dans œuvre, et une longueur proportionnée à la quantité de loges qu’on voudrait avoir; on divise ensuite la construction en tra\ers, dans l’intérieur, en petites loges de différentes grandeurs, ayant chacune une porte et un jour derrière, comme je viens de le dire. Pour loger une truie avec sa portée il faut environ 6 mètres carrés ; on peut mettre quatre ou cinq porcs dans le même espace, un toit de 4 mètres carrés suffit pour loger deux gros porcs à l’engrais.
En avant du bâtiment de la porcherie on ménage une cour plus ou moins grande, selon l’espace dont on dispose; onl entoure d un mur de 1 mètre à 1 mètre 50 de hauteur, et même moins si le toit est placé dans un lieu sur : des murs plus hauts rendraient la cour humide et malsaine ; elle doit être pavée, et avoir dans un coin une petite fosse à fumier, également pavée, où l'on dépose journellement le fumier qu’on retire des loges. On vide la fosse lorsqu’elle est
pleine, pour joindre cet engrais puissant au tas de fumier commun. C’est une erreur grossière, quoique fort accréditée, de penser que le fumier de cochon ne vaut rien : c’est au contraire un des meilleurs.
Il serait très-avantageux de pratiquer dans cette cour une espèce d’abreuvoir en pente, dans lequel les cochons pourraient se baigner à leur aise chaque fois qu’ils en sentiraient le besoin. Ce bassin, solidement pavé avec du ciment, pourrait être alimenté soit par un courant d’eau, soit en partie par une gouttière placée sur le toit, et qui y conduirait l’eau pluviale; dans les temps de sécheresse, on le ferait au besoin remplir à bras d’homme ; les avantages que les cochons-en retirent compensent grandement les frais. Si l’on ne pouvait établir ce bassin, il faudrait habituer les porcs à aller une fois par jour dans un endroit où ils pourraient se baigner; il suffirait de les y conduire une ou deux fois, même en employant la rigueur, pour qu’ils y allassent ensuite d’eux-mêmes.
Il est bon de planter quelques arbres dans la cour des porcs, afin de leur procurer de l’ombre. Le sureau parait être celui qu’ils respectent le plus; il pousse vite et donne un bel ombrage sans s’élever beaucoup.
L’auge où l’on donne à manger aux porcs peut, quoique mobile, être placée dans l’épaisseur du mur, de manière à ce qu’on puisse verser leur nourriture sans entrer dans leur loge. L’ouverture faite au mur pour recevoir l’auge est évasée en dedans et en dehors, de haut en bas, de telle sorte que le porc plonge facilement la tête dans son auge, de même qu’on peut y verser du dehors la nourriture, sans que pour cela l’animal puisse la renverser; elle ne peut d’ailleurs culbuter, la partie la plus étroite de l’échancrure du mur arrivant au milieu de l’auge à la hauteur de ses bords. On ferme en dehors, lorsque la nourriture est distribuée, au moyen d’un petit volet qui se baisse et se relève à volonté, et qu’un tourniquet placé à l’extérieur lient élevé. L’auge doit avoir un peu de pente vers l’intérieur, afin que l’animal puisse prendre tout ce qu’on lui a donné. Cette manière de placer les auges est extrêmement commode ; il est quelquefois très-difficile de les mettre à l’abri des brutalités de ces turbulents animaux au moment où on leur distribue leur repas ; souvent aussi ils culbutent les vases dans lesquels on apporte leur ration avant qu’on ait le temps de la verser.
On peut encore, lorsqu’on a des animaux d’inégale force logés ensemble, leur donner à manger dans une auge couverte et ayant autant de lunettes qu’il y a de bêtes. Chaque porc adopte bientôt la sienne ; alors les plus faibles profitent aussi bien des repas que les plus forts, ce qui n’arrive pas avec le système ordinaire. Cette méthode évite même des combats très-préjudiciables aux faibles. On lait aujourd’hui des auges circulaires en fonte (fig. 145); au milieu
Fig. 145.
se trouve un montant qui porte des ailes qui se prolongent sur l’auge sans pénétrer dans sa profondeur. On verse la nourriture dans l’espèce de cuvette qui forme la base de l’auge , et chaque porc se place devant un des compartiments pour manger.