Soins à donner aux mères et aux petits
Lorsqu’on destine une jeune bête à la reproduction, il faut choisir la plus belle de la portée, la laisser tçler plus longtemps que celles qu’on doit vendre, et la bien nourrir sans l’engraisser. A l’âge de neuf à dix mois on peut la faire couvrir. Attendre plus tard, ce serait perdre du temps; la faire couvrir plus tôt serait s’exposer à arrêter sa croissance et à n’avoir que de faibles sujets.
La truie porte de cent treize à cent vingt jours.
Pendantla gestation les truies engraissent très-facilement; il faut se défier de cette disposition, parce qu’une truie trop grasse pourrait éprouver quelque difficulté à mettre bas. Cependant il faut la bien nourrir et lui laisser le plus de liberté possible. Lorsqu’elle est sur le point de faire ses petits, ses mamelles se gonflent beaucoup et elle se plaint ; il est bon de la surveiller, afin d’être là au moment de la délivrance. Il faut veiller même la nuit, parce qu’il arrive assez souvent, ou qu’elle dévore ses petits, ou quelle les étouffe en se jetant sur eux sans précaution, accident qu’on évite en les mettant, à mesure qu’ils naissent, dans un panier couvert et bien garni de paille. On devra lui offrir de l’eau tiède mêlée de son et d’un peu de farine, et, lorsqu’elle a mis bas, lui donner une bonne soupe également tiède. Il faut s’assurer que tous les petits tettent, et présenter à la mamelle ceux qui ne pourraient pas la trouver ou qui seraient trop faibles pour y aller seuls ; il convient de mettre ceux-ci aux mamelles de devant, parce qu’elles fournissent plus de lait. Chaque petit adopte ensuite sa mamelle et n’en change plus. On donne à la mère une abondante litière ; mais on doit avoir soin de couper la paille en brins de 25 ou 30 centimètres de longueur ; sans quoi les petits pourraient s’embarrasser dans la paille longue, s’y trouver cachés, et la mère pourrait les étouffer en se couchant. Il faut continuer ces soins jusqu’à ce que les petits soient assez forts pour se bien tirer d’une litière ordinaire.
Une truie nourrice demande une abondante nourriture de bonne qualité, mais il convient de lui en donner peu à la fois et souvent. Autant elle avait de disposition à l’engraissement lorsqu’elle était pleine, autant elle maigrit lorsqu’elle nourrit : elle perd son lait avec la plus grande facilité, et alors, au lieu de faire de beaux élèves bien ronds, bien frais et vigoureux, ils deviennent maigres comme leur mère et croissent à peine. Il est donc de toute nécessité de très-bien nourrir la truie qui allaite; il vaudrait mieux n’en point avoir que de ne pas remplir cette condition essentielle; c’est pourtant ce que bon nombre de personnes ne font pas; aussi n’obtiennent-elles que des petits chétifs et de peu de valeur. Il est rare qu’un porc qui a souffert pendant l’allaitement devienne jamais robuste. La plus grande propreté est de première nécessité, car les petits cochons contractent facilement des maladies de peau, qui sont ensuite fort difficiles à guérir,
Dès l’àge de trois semaines il faut présenter un peu de nourriture aux gorets, dans une petite augette à leur portée. Si la mère trouble leur repas, il faut la faire sortir de la loge et lui donner à manger au dehors. La nourriture des petits peut se composer des mêmes aliments que celle de leur mère ; cependant, dans les premiers jours, on doit se borner à leur donner du son bouilli dans de l’eau et du lait caillé. S’il fait beau temps, il faut laisser la mère et les petits en liberté dans la cour., afin qu’ils prennent de l’exercice et s’ébattent tout à leur aise. A l’âge d’un mois on peut les conduire dans les champs, soit dans des prairies artificielles, soit dans des chaumes où ils pourraient trouver quelques herbes et des graines à leur convenance.
A deux mois on peut facilement sevrer les jeunes gorets, en les séparant de leur mère ; ils se sèvrent même à peu près seuls, car la mère perd son lait environ à cette époque. Il faut alors leur donner à manger trois ou quatre fois par jour, tenir leurs auges avec une extrême propreté, et n’y jamais laisser ce qui reste du repas précédent. Le lait caillé est une des nourritures qui leur convient le mieux ; on y ajoute du son ou des pommes de terre cuites, ou d’autres légumes, surtout des carottes, qu’ils aiment beaucoup et qui leur profitent. On peut aussi leur donner quelques grains ou des légumes crus, parce que la mastication facilite la chute des dents de lait; des fourrages verts et tendres, des feuilles de choux leur seront aussi très-appropriés. Il est bon de les laisser en liberté dans la cour. On doit veiller à ce que les plus faibles ne soient pas maltraités par les plus forts, et ne laisser manger ces derniers que lorsque les autres sont satisfaits. D’ailleurs, si les plus forts avaient toute la nourriture à leur disposition, ils mangeraient trop et contracteraient la teigne, maladie qui les couvre de galons. Pour la faire cesser on retranche une partie de leur nourriture, et on ajoute un peu de sel à celle qu’ils reçoivent ; on lave les plaies si le mal est grave.
Il est prudent de faire châtrer les jeunes gorets cinq ou six jours avant le sevrage, parce qu’ils souffrent de cette opération et trouvent dans le lait de leur mère le meilleur soulagement. Il y a dans tous les pays des hommes qui font métier de châtrer ; il est donc inutile de parler de cette opération, qui réussit ordinairement bien. Il faut beaucoup réduire l’alimentation la veille, le jour et le lendemain de
la castration; puis on commence à donner au jeune sujet un peu de son bouilli dans de l’eau.
On doit toujours chercher à se procurer le plus habile châtreur, dût-on le payer plus cher que les autres et l’envoyer chercher au loin si cela est nécessaire. Un maladroit peut causer des accidents ou faire l’opération imparfaitement. Lorsque la plaie est bien cicatrisée, on peut vendre les jeunes gorets.
Le mère ne tarde pas à redevenir en chaleur, et on peut la faire saillir, à moins que l’allaitement ne l’ait fait beaucoup maigrir; alors il serait sage d’attendre la seconde chaleur, qui aura lieu environ un mois après.
Si les jeunes gorets ne sont pas châtrés avant le sevrage, il faut séparer les mâles des femelles lorsqu’on les a sevrés, parce qu’ils se tourmenteraient les uns les autres, ce qui nuirait à leur croissance. D’ailleurs, dès l’âge de cinq ou six mois les jeunes truies pourraient concevoir , ce qui nuirait beaucoup à leur développement ultérieur.