Nourriture
Lorsque les gorets ont renouvelé leurs dents et qu’ils ont atteint l’âge de quatre ou cinq mois, on supprime entièrement l’usage du grain, et on les nourrit surtout avec des herbages et des racines. Il est indispensable qu’ils continuent à prendre de l’exercice, soit dans une cour, soit en allant chercher une partie de leur nourriture dans les bois ou dans les champs. Dans tous les cas il faut leur donner abondance de boisson et les faire baigner le plus souvent possible. Si l’on a cultivé des laitues et de la chicorée sauvage pour les cochons, elles pourront former la base de leur nourriture. Les glands, distribués deux fois par jour, leur conviennent aussi parfaitement comme nourriture d’hiver. Si l’on se trouve dans une position favorable, on peut encore nourrir les porcs en partie avec des matières animales, telles que résidus de boucheries, chair do cheval et eaux grasses provenant des auberges ou des hospices ; mais cette nourriture, quoique adoptée dans des établissements agricoles célèbres, a quelque chose de répugnant; elle devrait, selon moi, n’être qu’accessoire. Je donnerai plus loin quelques procédés pour tirer parti de la chair des animaux morts, et la préparer de telle manière
qu’elle se conserve et puisse être employée sans inconvénient, lorsqu’elle no fait pas la base de la nourriture des porcs.
Ces animaux trouvent une abondante nourriture dans les marais et dans les bois, et nuisent moins aux forêts qu’aucun autre animal domestique. Néanmoins, il faudra toujours leur donner au logis une petite pitance qui les engage à y rentrer, sans quoi il pourrait êtro fort difficile de les y ramener. Ils détruisent les taupes et les souris, et, sous ce rapport, ils pourraient rendre un service réel dans un champ qui serait dévasté par ces animaux. Lorsque des coups de vent ou une récolte faite trop tard laissent une grande quantité de grains sur la terre, on peut, après y avoir fait passer le troupeau, y conduire les porcs.
On ne doit point craindre que le porc mange des herbes ou des animaux qui puissent lui être nuisibles ; son odorat est un guide qui ne le trompe jamais. Si l’on redoutait ses fouilles, on pourrait le boucler. Pour faire cette petite opération, du reste très-facile, on perce le bout du groin de part en part de haut en bas, et l’on y introduit aussitôt un petit fil de fer de la grosseur d’une aiguille à tricoter, et qui forme d’un côté une boucle dans laquelle on passe l’autre bout, qu’on recourbe.
Lorsqu’on veut que les porcs prennent un grand développement, il ne faut pas leur donner une nourriture trop substantielle : trop d’embonpoint y serait contraire; mais lorsqu’ils ont atteint l’âge où l’on veut les engraisser, leur régime doit tout à fait changer. L’âge le plus favorable à l’engraissement, pour obtenir tout ce que peut donner l’animal, serait de dix-huit mois à deux ans; mais on peut s’en occuper beaucoup plus tôt, et un porc de neuf à dix mois peut déjà être soumis au régime dont nous allons parler; sa chair n'en sera que plus tendre et plus délicate.