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Engraissement

Lorsqu’on veut mettre un porc à l’engrais, on l’habitue peu à peu à ne plus sortir, et on augmente graduellement sa nourriture. Il ne faudrait pas cependant le priver trop tôt de se baigner. La plus grande propreté doit régner dans son habitation, qu’il ne doit plus quitter, et une abondante et saine litière doit lui être fournie.

On peut faire des engraissements avec différentes sortes d’aliments :

Les fourrages verts ; les racines ; les résidus des distilleries; les grains; les substances animales.

Le fourrage vert ne peut guère suffire entièrement à l’engraissement; ce système est peu usité en France. Cependant les vesces, le sainfoin, la luzerne, le trèfle et la laitue peuvent mener un porc jusqu’à la fin de cette période, si on les prépare avec soin. Pour cela il faut les hacher , les faire fermenter dans des cuves et les saler un peu. On les fait aigrir au moyen d’un levain de pâte. Les porcs rejettent d’abord cette nourriture, mais ils finissent par s’y accoutumer. Toutefois, ce mode est d’une exécution assez difficile.

Vers la fin de l’engraissement on ajoute du grain à la ration.

L’engraissement avec les racines est le plus usité et le plus convenable. On peut y joindre du son, du grain et des glands.

Dans les premiers temps où le porc est à l’engrais, on peut se borner à lui donner les racines crues ; on coupe celles qui sont trop grosses. On lui donne deux fois par jour à boire de l’eau dans laquelle on a fait bouillir un peu de son. Un mois après il conviendra de faire cuire les légumes; si ce sont des pommes de terre, elles seront cuites à la vapeur (je donnerai plus loin le procédé), ou au moins avec fort peu d’eau, et elles seront toujours lavées avant d etre soumises à la cuisson. Les betteraves cuisent très-difficilement, même coupées en tranches minces par le Coupe-racines ; on pourra cependant les faire cuire assez pour qu’elles puissent aussi être employées; les rutabagas et les navets d’Ecosse cuisent mieux. Si l’engraissement commence en automne, quelques regains de prairies artificielles et des choux peuvent remplacer les racines crues et les glands; ces derniers sont toujours donnés crus. Lorsque le porc commence à s’arrondir, il convient d’ajouter à sa nourriture un peu de farine d’orge, de seigle, d’avoine ou de sarrasin, mais d’abord en fort petite quantité. Du lait caillé mélangé aux aliments est favorable pendant tout le temps de l’engraissement, mais il serait très-fàcheux d’en cesser l’usage; il vaudrait mieux ne pas commencer à en donner. Tout à fait à la fin de l’engraissement, on peut augmenter la quantité de farine et cesser l’usage des légumes; mais souvent l’animal, déjà rassasié, sc dégoûte d’une nourrituro qui n’est pas variée. Un peu de sel ajouté à ses aliments excite son

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■appétit et facilite ses digestions. On peut employer à cet usage les saumures qui restent dans les vases qui ont contenu des salaisons.

Des expériences faites par des agriculteurs habiles ont prouvé que la nourriture fermentée favorise beaucoup l’engraissement des porcs. II est très-facile d’obtenir cette fermentation : il suffit pour cela d’avoir trois cuves dans lesquelles on dépose à l’avance leur nourriture. On commence par mêler à la première cuve un levain de pâle; le second jour on en fait autant à la seconde, et l’on fait consommer la première en en réservant une portion pour servir de levain. Le troisième jour on met encore du levain dans la troisième cuve, et l’on fait consommer la seconde, dont on réserve également une partie dans le même but; après quoi l’on revient à la première, qui con« tient le levain nécessaire. De cette manière, sans aucune auamentation de peine, on fait manger constamment aux porcs des aliments fermentés. Mais lorsqu’on a commencé il faut continuer, parce que l’estomac de l’animal, habitué à ce genre d’aliments, s’accommoderait mal d’un changement à cet égard. On doit donc veiller à ce que les aliments soient toujours fermentés, ce qui peut offrir quelques difficultés en hiver. Il faut d’ailleurs préparer à l’avance la nourriture et ne jamais attendre qu’elle soit entièrement consommée pour en préparer de nouvelle.

Lorsqu’on cultive beaucoup de pommes de terre, de betteraves, de rutabagas et de navets, plantes si précieuses pour tous les animaux et si productives eu égard au terrain qu’elles occupent et aux frais qu’elles occasionnent, on peut faire des engraissements pendant une grande partie de l’année, car les betteraves et les pommes de terre se conservent dans des lieux sains jusqu’à la mimai, et même, pour les pommes de terre, un mois plus tard. Dès le mois de juillet on peut commencer à trouver dans l’éclaircissage des betteraves un puissant auxiliaire pour la nourriture des porcs ; il y a enfin des pommes de terre hâtives qui commençât à donner d’abondants produits en août.

Les engraissements d’été exigent l’emploi d’herbages et de grains; on les conduit graduellement comme je viens de l’indiquer.

L’engraissement avec les résidus de brasseries et de fabriques de sucre de betteraves ou de distilleries d’alcool de betteraves ou de pommes de terre convient mieux aux jeunes porcs de six à huit mois qu’à ceux qui sont plus âgés. On mélange d’abord les résidus

avec de l’eau, sans quoi l’animal se griserait; il s’y habitue et on supprime l’eau. Quelques engraisseurs donnent les résidus tout à fait chauds , d’autres entièrement froids ; jamais ils ne doivent être employés quand ils sont aigris. Un gros porc peut consommer 25 ou 30 kilogr. de résidus par jour. Les profits de ce genre d’engraissement sont considérables, mais exceptionnels ; on n’a pas partout des résidus à sa disposition.

On pourrait engraisser un porc avec des glands seulement, mais, outre que l’engraissement serait lent, il ne serait jamais parfait. Cependant le gland convient très-bien comme accessoire. Si l’on voulait employer les glands spécialement, il faudrait les faire drécher (germer), en les entassant dans une fosse et en les arrosant d’eau salée, puis en les recouvrant de terre. Lorsqu’ils sont germés, on les retire et on les fait sécher au soleil ou au four ; puis on les concasse sur un sol dur, au moyen d’une batte de bois. Ainsi préparés ils se conservent d’une année à l’autre ; ce qui est précieux, puisque les chênes ne donnent, en général, leurs fruits que tous les deux ans. On les mêle ensuite à la nourriture des porcs.

Les petites châtaignes et les fèves conviennent aussi aux porcs, qui les mangent avec voracité. On fait tremper les fèves pendant vingt-quatre heures dans de l’eau ; ou bien , après les avoir fait tremper douze heures, on les fait cuire et on en met quelques poignées dans la soupe des porcs.

Les résidus ou tourteaux d’huile peuvent aussi servir avec succès à l’engraissement; on les mêle en petites quantités aux autres aliments.

Les résidus des fromageries, le lait de beurre, le caillé, sont d’excellents auxiliaires à ajouter à la nourriture de ces animaux.

•Aussitôt qu’un porc est arrivé à un bel état de graisse il faut l’abattre : le garder plus longtemps serait inutile, et l’on s’exposerait à le perdre par la cachexie graisseuse.

On doit veiller soigneusement, à mesure qu’un engraissement avance, à donner une nourriture de plus en plus substantielle, parce que, l’appétit de l’animal diminuant, il doit pouvoir le satisfaire avec une masse moins considérable.

On doit généralement distribuer les aliments froids ; si la saison était très-rigoureuse, on pourrait les donner tièdes.

Lorsqu’on so livre à l’élève des porcs ou à leur engraissement, il

faut nécessairement se munir d’un appareil pour faire cuire les légumes qu’on destine à leur alimentation. Le meilleur procédé, sans contredit, est d’employer la vapeur. L'appareil est peu coûteux et très-durable. Il consiste en un fourneau dont l’ouverturo étroite laisse échapper peu de chaleur; un conduit également étroit, pratiqué dans le mur le long duquel il est construit, offre un passage à la fumée et établit le courant d’air nécessaire à la combustion. Ce fourneau, construit en pierres ou en briques, doit être disposé de manière à recevoir une poêlette portant un rebord plat, dont le double usage est de tenir la poêlette sur le fourneau et de recevoir la tonne ou cuve dans laquelle on met les légumes. Cette poêlette peut être en cuivre ou en fonte ; j’en ai déjà parlé à l’article Lessive (t. I, ire partie). Le fond de la cuve, faite en bois et cerclée en fer, se compose d’un bon treillage de fil de fer ou d’une forte toile métallique ; elle s’adapte parfaitement au rebord plat de la poêlette ^ qui est bordé d’un petit bourrelet servant à la contenir. On met de l’eau dans la poêlette, puis on met en place la cuve, qu’on remplit des légumes à faire cuir ; on couvre ces légumes avec un amas de vieille toile, qu’on enfonce tout autour pour éviter autant que possible la déperdition de vapeur. On place un couvercle de bois pardessus et on chauffe. Bientôt la vapeur pénètre à travers le grillage et les légumes, qu’elle cuit assez promptement et parfaitement. Il est économique de faire deux cuissons de suite , parce que, l’appareil une fois échauffé , la seconde cuisson se fait beaucoup plus promptement cjue la première. Si ce sont des pommes de terre, on les met après la cuisson dans les vaisseaux destinés à les recevoir, et on les écrase immédiatement, parce qu’il serait très-difficile, pour ne pas dire impossible, de le faire si on les laissait refroidir. Les betteraves, les carottes , les navets ou les topinambours doivent être coupés en tranches avant d’être livrés à la cuisson.

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