‹ Maison rustique des dames (volume 2)Chapitre 23 sur 304 · Taille des arbres à fruits à pépins · texte numérisé non relu

Taille des arbres à fruits à pépins

La fructification des arbres à fruits à pépins est bien différente c i celle des arbres à fruits à noyau, aussi demandent-ils à être condui j différemment; mais si, comme pour le pêcher, on se donne la pein de raisonner leur manière de végéter, on arrivera facilement à hil|

tailler convenablement, car c’est toujours faute de connaître les lois

|)articulières de la végétation de chaque espèce d’arbre, et de raisonner ses opérations, qu’on taille mal. Dans les arbres à fruits à )epins, à quelques exceptions près qui sont rares, les fruits ne laissent pas sur le nouveau bois comme dans les arbres à fruits à îovau ; ils viennent sur des brindilles et des lambourdes qui sont de letites branches à fruit répandues sur toute la surface des branches.

Les brindilles sont des branches à bois petites et minces faciles à econnaître. D’abord elles ne poussent presque jamais verticalement, insuite elles sont de la même grosseur au bout qu’à la base; enfin illes sont toujours beaucoup plus courtes et plus faibles que les iranches à bois, et se couvrent de lambourdes à la seconde année, [uetquefois même à la première. A côté du support des fruits, l’autres lambourdes repoussent pour les années suivantes, et ces letites branches continuent de porter des fruits pendant longtemps.

Tous les yeux poussent des bourgeons qui deviennent branches à lois, lambourdes ou brindilles, suivant la force de l’arbre et la lon- ;ueur de la taille. Comme les arbres à fruits à pépins ne donnent •as leurs fruits sur le jeune bois , ce sont les arbres les moins vioureux qui donnent le plus de fruits proportionnellement à leurs imensions ; mais si on les abandonne à cette abondance de producion, ils ne poussent plus de bois et ne tardent pas à mourir. Il faut onc employer tous les moyens possibles pour obtenir de bon bois, i Ion veut avoir de beaux arbres durables et bien portants, dont ss dimensions promettent pour longtemps d’abondantes récoltes, ■es arbres qu’un excès de vigueur empêche de se mettre à fruit, et ui ne fournissent que des branches à bois d’une grande dimension, oivent être taillés au moment où les bourgeons commencent à se évelopper. On taille au contraire avant l’ascension de la sève de rintemps les arbres faibles ou disposés à porter trop de fruits.

Si 1 on taille très-court, par exemple sur deux ou trois yeux, il ne oussera que de fortes branches à bois qui, taillées l’année suivante a même manière, ne donneront encore que des branches à bois, moins que la taille, au lieu d’être opérée sur un jeune sujet, ne asse sur un \ieil arbre tout garni, dans les parties inférieures i ses branches, de brindilles ou de lambourdes. Encore , si l’on ntmuait cette taille, trop souvent pratiquée par les jardiniers noranb, or. verrait bientôt 1 arbre se dégarnir par le bas de toute

espèce de végétation, et s’allonger semblable à un squelette. Lors-j qu on aura établi le poirier en. espalier sur deux bonnes branchesmères et un nombre suffisant de branches secondaires , comme jd l’ai indiqué pour la taille du pêcher, ce qui demandera peu de temps si l’arbre a été planté dans de bonnes conditions, on taillera beaucoup plus long que le pêcher, de moitié plus long, par exemple. Lesi yeux de l’extrémité donneront des boutons à bois, les yeux intermédiaires des brindilles, et les inférieurs des lambourdes, et bientôt! l’arbre, bien pourvu de branches à bois et à fruit, donnera d'abondantes récoltes. Si l’on s’abstenait de tailler, et qu’on inclinât horizontalement les branches à bois, il ne sortirait qu'e des lambourdes * et bientôt l’arbre aurait le sort de celui que j’ai décrit plus haut.

A l’ébourgeonnement, on enlève les bourgeons à bois qui se trouvent en avant et en arrière des branches , et ceux qui seraient dd trop sur les côtés, ce qui est rare dans les arbres à fruits à pépins] et au palissage on attachera les branches comme celles du pêcher 5 s’il sortait des bourgeons à bois près des lambourdes , il faudrait les casser ou les couper au-dessous de leur dernier œil. On traitera de même tous les bourgeons qui seraient sortis en avant ou en arrière ; mais cette opération doit être retardée jusqu’au mois de juillet, parce qu’étant faite plus tôt , elle provoquerait la sortie de toutes parts de faux bourgeons qui entraveraient la formation des lambourdes. De même, il ne faut point, comme on le pratique presque généralement, arrêter les arbres avant la sève d’août ; on croit faire profiter les branches de la sève de cette seconde végétation : loin de là, on ne fait que provoquer l’émission d’une foule de faux bourgeons qui énervent l’arbre et nuisent à la formation des lambourdes. Cette observation mérite de l’attention, parce qu’elle sc trouve en contradiction avec un usage presque général.

Les brindilles doivent être arrêtées à la taille qui suit leur naissance, c’est-à-dire que si l’arbre pousse très-fort, le bourgeon du bout, qui est une branche à bois, doit être cassé près de la base, ou simplement coupé si l’arbre est moins vigoureux. Les brindilles qui ont plus de 8 à 10 centimètres doivent être réduites à quatre ou cinq yeux.

Là taille des éventails, des pyramides et des vases ou gobelets sc fait d’après les mêmes principes que celles des arbres à fruits à pépins en espalier. Il faut tailler court dans les premières années

de la croissance de l’arbre, en espaçant convenablement les branches, et en laissant seulement celles qui se trouvent bien placées ; on taille plus long à mesure que l’arbre approche de l’époque de la mise à fruit. On taillera plus long la branche principale du milieu dans les pyramides, et plus court les branches latérales, pour les forcer à jeter du bois, tandis que la tige du milieu taillée long s’élèvera peu, ce qui permettra à l’arbre de se garnir par la base; c’est justement le contraire de ce que font la plupart des jardiniers ; alors l'arbre s’élève rapidement et se dégarnit du bas.

Le cassement est une manière de tailler qui ne peut être employée sur les arbres à fruits à noyau, parce qu’elle provoquerait immédiatement l’écoulement de la gomme ; mais il est employé, au contraire, avec beaucoup de succès pour mettre à fruit les arbres à fruits à pépins, lorsque leurs branches sont disposées à s’emporter. Il a lieu à l’époque de la taille, sur les brindilles et les branches allongées que l’on veut conserver et dont on casse l’extrémité. Quant aux branches à bois que l’on veut supprimer , il vaut mieux les coupera la longueur .d’un ou deux millimètres au-dessus de leur insertion ; il en sort le plus souvent des brindilles. - • Les lambourdes mettent ordinairement deux ou trois ans à se former avant de donner des fruits. A la première année, elles ont rois feuilles portant un fort bouton au milieu ; à la seconde, elles m ont cinq; à la troisième, elles en ont sept, et se mettent à fruit ■ette année ou celle qui suit. Quelquefois elles se mettent à fruit lès la seconde année.

Il y a des arbres à fruit à pépins qu’il est presque impossible de nettre à fruit; mais souvent c’est parce qu’on n’a pas employé les aoyens convenables. Il faut attendre qu’ils soient en fleurs et les ailler très-long en cassant seulement l’extrémité des branches. S’ils ont en espalier, on incline les branches presque horizontalement, ans en laisser aucune dans une direction verticale. Si l’arbre est n pyramide, en gobelet ou en éventail, on casse seulement l’extrénto des branches. Après une ou deux années de ce traitement, il rare qu’il ne se mette pas à fruit.

Le poirier en espalier se prête avec facilité à diverses formes; la

•rme en entonnoir ou en candélabre est très-usitée et l’une des us avantageuses.

Les poires et les pommes doivent se cueillir lorsqu’en les soûle-

6 h MAISON RUSTIQUE DES DAMES.

vant doucement dans la main elles se détachent facilement de la lambourde. Généralement on cueille ces fruits trop tôt. Il faut choisir un temps sec, mais pas trop chaud. On ne doit point cultiver de légumes le long des espaliers ou auprès des arbres fruitiers ; leur culture nuit beaucoup à celle des arbres fruitiers. Il faut au moins laisser un mètre sans aucune culture autour du pied des arbres.

Lorsqu’on plante des arbres soit en plein vent, soit en pyramide, il faut toujours leur donner un tuteur sur lequel on les attache avec soin et de manière à ne pas blesser leur écorce ; des liens de paille tordue sont excellents pour cet usage.

Quant aux arbres en plein vent, on ne doit pas y toucher la pre- i mière année de la plantation ; les trois années suivantes , on se bornera à retrancher les branches inutiles pour donner à l’arbre une i bonne forme , en lui laissant trois ou quatre branches suivant sa force. Ensuite il faut, chaque année, enlever le bois mort et supprimer les branches dont le développement priverait leurs voisines de l’espace nécessaire à leur végétation.

Page 1