‹ Maison rustique des dames (volume 2)Chapitre 24 sur 304 · Taille des groseilliers et des framboisiers · texte numérisé non relu

Taille des groseilliers et des framboisiers

Ces deux charmants petits arbustes nous donnent en abondance de jolis fruits, qui ont le double mérite d’ctre délicieux, frais, et de servir à la préparation de la plus belle et la plus saine de toutes les confitures ; ils méritent donc bien que je leur consacre un article spécial ; car, excepté aux environs de Paris, où leur culture est très-soignée , on les abandonne ordinairement à leur caprice, ou bien on ne les taille que grossièrement ; et cependant, comme les arbres fruitiers, ils profitent beaucoup d’une taille raisonnée et donnent, lorsqu’ils sont bien taillés, des fruits si supérieurs, qu’on ne doit ni regretter ni négliger de leur donner ce soin.

Le groseillier se contente à peu près de tous les terrains, cependant il préfère la terre légère ; ses fruits y sont moins acides. Il prospère trèsjjien sous d’autres arbres fruitiers, pourvu qu’il soitl planté en même temps qu’eux, et se contente de toutes les expositions. Le voisinage d’un mur à l’exposition du midi ne convient point au groseillcr; il nuit plus à la conservation et à la grosseur des fruits qu’à la prospérité de l’arbuste. Le groseillier se multiplie j de l’éclat des pieds, ou de bouture, et se plante souvent en quin-

conce; il forme naturellement des touffes. On peut aussi le conduire en arbrisseau à tète ; il offre aussi un charmant arbre d ornement et de rapport. Peu d’arbres payent aussi bien que lui l’engrais qu’on lui consacre. Au printemps, on déchausse le collet de ses racines qu’on charge de fumier bien consommé, en quantité modérée, mêlé de décombres passés à la claie ou de terreau végétal. Dans la même année, la vigueur de sa végétation, l’abondance de ses fruits, et surtout l’accroissement de leur volume, viennent récompenser son bienfaiteur. On taille les tiges à moitié longueur, et à la seconde année elles se mettent à fruit. L’année suivante on taille la pousse de l’année sur quatre ou cinq yeux pour les branches à bois, qui sont presque toujours chargées de boulons à fruit 'à l’endroit de la coupe de l’année précédente, et l’on s’applique à y faire naître des crochets. On raccourcit les branches à fruits de manière à ne leur laisser que le tiers environ des boutons qu’elles portent, et on arrache du tronc, après l’avoir dégarni, les nombreuses branches à bois nouvelles qui s’y montrent. S’il est impossible de les arracher, on les sépare du tronc avec une espèce de petite houlette, faite exprès, et qu’on peut remplacer par une petite bêche.

Si l’arbuste avait perdu quelques-unes de ses branches , il faudrait conserver une de ces tiges pour la remplacer. Mais je le répète, si l’on néglige d’enlever cette surabondance de jeunes pousses, on n’obtiendra plus que des fruits de médiocre grosseur, formant de très-petites grappes, tandis qu’on les obtient fort longues lorsque l’arbuste est bien dirigé. Il faut conserver entre les branches un certain espace nécessaire à la circulation de l’air; un vide circulaire est surtout nécessaire au centre des touffes.

J’ai vu des groseilliers, soignés comme je viens de le dire, donner des grappes qui contenaient quinze à vingt grains d’une grosseur double de celle des groseilles ordinaires.

Lorsque les groseilles sont mûres, en entourant tout l’arbuste do paille maintenue par des liens d’osier , on conserve les groseilles fraîches jusqu’à l’arrière-saison.

La culture du framboisier a beaucoup de rapports avec celle du groseillier, bien que le framboisier perde chaque année le bois qui a donné des fruits. Ainsi, la première année, il pousse; lg seconde, il donne son fruit, puis la tige meurt et est remplacée par une pousse nouvelle. Il faut, après la cueillette des fruits, retrancher

les liges nouvelles qui ont déjà acquis une certaine hauteur, pour n’en réserver sur chaque souche que quatre à cinq, espacées entre elles de 6 centimètres au moins, ce qui les fait profiter de toute la sève tardive. Au printemps suivant, on coupe à moitié hauteur ces tiges qui portent les boutons à fruit. En assujettissant les tiges à des traverses en treillage, qui les maintiennent dans une situation courbée, on augmente sensiblement l’abondance de la production.

Le framboisier, comme le groseillier, paye largement le fumier qu’on lui donne ; on enfouit l’engrais autour des pieds, comme pour le groseillier. Les framboisiers se plantent aussi en quinconce, à 1m,70 de distance. On leur donne un labour au printemps, et on détruit les nombreuses et inutiles tiges qui poussent de toutes parts. On bine dans la belle saison.

11 y a des framboisiers qui donnent des fruits au printemps et à l’automne, ce qui est fort agréable ; mais leurs fruits sont moins beaux et moins abondants que ceux des autres espèces. Il y a une variété dont le fruit a le double de grosseur des autres ; on la cultive de préférence. Le framboisier se renouvelle par les jets qui envahissent le terrain et qu’on supprime tous les ans en conservant les touffes primitives.

On plante le framboisier et le groseillier comme les autres arbres, dans de vastes fosses , en rapport avec la grosseur du plant, ou mieux encore dans des fo;sés continus; plus on aura remué de terre, mieux on l’aura amendée, plus la plantation aura de chances de prospérer. Il vaut bien mieux n’en planter qu’un petit carré dans de bonnes conditions que d’en planter beaucoup avec négligence.

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