De la foule et du cocf
La volaille est une grande ressource à la campagne, et les produits d’une basse-cour bien conduite peuvent'procurer des bénéfices assez considérables. Elevée dans la même cour que tout le bétail, la volaille coûte peu d’entretien si la nourriture est distribuée avec régularité et économie, et la dépense est grandement compensée par la production. Il en est autrement lorsque la basse-cour est négligée; dans ce cas il vaudrait mieux s’approvisionner au marché.
A. Disposition du poulailler.
Le poulailler doit être assez spacieux pour que chaque sujet, arrivé à l’àge d’adulte, puisse s’y placer et y circuler à l’aise ; il convient également qu’il soit divisé en deux parties, dont l’une, plus petite et communiquant avec l’autre, est destinée aux couveuses, à leurs poussins, aux jeunes canards et à leurs mères. Lorsque ces jeunes élèves sont assez grands pour se mêler aux autres volailles, le petit poulailler reste l’habitation des canards devenus grands.
Les dindons et les oies doivent avoir une habitation particulière.
^l20 MAISON RUSTIQUE DES DAMES.
Le poulailler doit être exposé au levant £u au midi, et avoir une ou deux fenêtres par lesquelles puisse s’établir un courant d’air avec la porte. Les fenêtres seront garnies d’un volet et d’un treillage en fil de fer ou de tissu métallique, qui permette de laisser le volet ouvert pendant les nuits d’été. La porte doit avoir à hauteur convenable une petite ouverture fermant avec une planche glissant dans des coulisses; on tient cette planche levée au moyen d’une ficelle qui y est attachée et qu’on accroche à un clou posé à dessein. Cette porte ne doit avoir juste que la dimension convenable pour permettre aux volatiles de passer; si on laissait la grande porte ouverte, on exposerait le poulailler aux attaques des chiens.
Dans l’épaisseur des murs, à la hauteur de 1 mètre environ, on pratique, pour servir de nids, de petites cases qu’on garnit de paille, et au-devant desquelles on cloue une petite planchette de \ 0 centimètres de hauteur pour former un rebord ; au-dessus de ces cases on dispose une planche qui puisse s’élever et s’abaisser pour les fermer le soir, afin que les poules n’aillent pas s’y coucher et salir ainsi les nids. Cette planche peut tout simplement être retenue par descordes qui y sont fixées d’un côté et attachées de l’autre au mur, en guise de charnières; pour la tenir levée, on peut se servir d’un tourniquet ou d’une corde attachée au bord, et passée dans un crochet placé au-dessus. Il faut avoir soin de lever cette planche le matin en ouvrant aux volailles, afin que les poules qui veulent pondre puissent aller dans leurs nids.
Pour faciliter aux poules la montée et la descente, on leur forme un petit escalier au moyen d’une planche placée en pente, et sur laquelle on cloue de petites traverses qui servent de marches ; cet escalier conduit à un CQuloir en planche qui règne devant toutes les cases, afin que chaque poule puisse se rendre à son nid.
Le juchoir le plus convenable est une large échelle dont les barreaux soient assez écartés les uns des autres pour que les poules qui y sont placées ne puissent pas se gêner mutuellement. Cette échelle doit être assez inclinée pour que la fiente des volailles qui sont sur les bâtons supérieurs ne tombe pas sur celles qui se sont perchées sur les bâtons inférieurs, et les premiers bâtons doivent être assez bas pour que les poussins puissent y monter.
La litière du poulailler doit être rafraîchie très-souvent, et renouvelée entièrement au moins tous les quinze jours. 11 en est de même
de la paille des nids, qui doit être d’une propreté irréprochable. Chaque nid doit être garni d’un œuf qu’on marque avec de l’encre (le charbon s’efface), afin de le distinguer des œufs nouvellement pondus ; on peut y mettre également un œuf en plâtre.
Le poulailler destiné aux couveuses doit aussi être garni de cases établies dans le mur; mais on laisse toujours baissée la planche qui les ferme lorsque les poules couvent, afin qu’elles ne puissent sortir de leurs nids que lorsqu’on les lève pour leur donner à manger. On peut encore placer des couveuses à terre dans des paniers. Lorsque l’éducation est terminée, ce second poulailler sert de succursale au poulailler principal, qui pourrait se trouver encombré par une trop grande quantité de poulets devenus grands.
Il convient de tenir à la porte du poulailler un vase quelconque avec de l’eau. L’hiver, lorsqu’il gèle, il faut avoir soin de le rentrer et de le mettre deux fois par jour dehors avec de l’eau chaude, afin que les volailles aient le temps de boire avant qu’elle gèle. Le fumier du poulailler est un excellent engrais, et il est assez abondant lorsqu’on a le soin d’y mettre souvent de la litière, et de l’enlever totalement tous les quinze jours, comme nous l’avons dit, ou au moins tous les mois, ce qui est d’ailleurs nécessaire à la salubrité.
Les poulaillers sont quelquefois envahis par une espèce de petits poux qui font grand tort aux volailles; une extrême propreté, le blanchissage fréquent à la chaux des murs et du plafond du poulailler, peuvent l'en débarrasser. Il faut également boucher toutes les fentes qui se produisent entre les pierres avec du mastic de Dyle, qui acquiert promptement une grande dureté et qui est assez liquide pour couler dans les plus petits interstices.
B. Des races de poules.
On possède plusieurs races de poules. En général, on élève, en France, une race sans caractère, qui n’est pas grosse, et qui se rapproche de l’état sauvage [fig . 150). Ces poules, de toutes couleurs, ont la crête tantôt droite, tantôt penchée, d’autres fois elles n’en ont pas du tout. Elles sont coureuses, s’éloignent du logis, vont au loin chercher leur pâture et emmènent leur couvée. Leurs œufs sont de moyenne grosseur; elles pondent assez abondamment; mais souvent elles font des nids çà et là plutôt que de pondre dans le poulailler. Dans les pays où le commerce de la volaille donne un IL 24
revenu important, on s’cst attaché à avoir des races plus belles et plus propres à l’engraissement; peut-être est-ce au contraire la
Fig. 150.
beauté de la race du pays qui a poussé les habitants à en former une industrie.
La Normandie fournit à Paris et à l’Angleterre une grande quantité de volailles et d’œufs; aussi existe-t-il dans ce pays, principalement dans le canton où se trouve un petit village appelé Crève- Cœur , une très-belle race de poules. Elles sont huppées et portent sous la gorge une touffe de plumes qui semble leur faire une cravate. La crête, fort petite, est en forme de cornes; les jambes sont courtes, les cuisses très-garnies de plumes, le dos et le poitrail fort larges. Elles sont presque toutes noires, quelques-unes d'un noir panaché de blanc ; mais il n’y en a point de jaunes, de blanchâtres et de toutes ces couleurs qu’on trouve chez la poule commune. Le coq, ordinairement noir, est orné de belles plumes dorées au cou et sur la queue; sa tête est surmontée d’une grosse huppe qui lui forme une couronne ; sa crête est en forme de couronne dentelée, portant deux pointes plus élevées près de la huppe, et il porte sous la gorge deux beaux pendants rouges qui se dessinent sur la cravate
noire dont il est pourvu aussi bien que la poule. Son attitude est fière, son poitrail large ; ses pattes, basses et grosses, sont garnies de forts ergots, et sa queue, moins élevée que celle des coqs communs, est plus fournie (fig. IBI). Cette race est peu coureuse et
Fig. 151.
gratte beaucoup moins que la poule commune ; elle s’engraisse facilement et arrive à un poids fort élevé. Un beau chapon peut peser jusqu’à 4 kilogr. ; il en pèse communément plus de 3. Une poule en bon état, mais sans être engraissée, pèse plus de '% kilogrammes. Ces poules sont rustiques; leurs œufs sont très-gros. Elles ont besoin d’être plus abondamment nourries à la basse-cour que la poule commune, puisqu’elles ne courent pas autant ; mais aussi elles font moins de ravages dans les récoltes qui avoisinent la ferme, et je suis convaincue que, si les poules communes demandent moins de nourriture à la fermière, elles coûtent plus au fermier que les poules casanières, parce que, outre le grain qu’elles mangent dans les champs sans qu’on puisse en apprécier la quantité, elles y causent des dommages beaucoup plus considérables que ce qu’elles consomment, et leur nourriture, qui paraît coûter moins cher, coûte au contraire en définitive beaucoup plus.
Les poules russes {fig. 152) ont peu de crête, point de huppe, la queue courte, et surtout les jambes très-hautes et très-fortes. Elles pondent beaucoup, mais leurs œufs sont petits. Elles ont à peu près les habitudes de la poule normande, et sont encore plus grosses; mais elles sont plus difficiles à élever, parce que les poussins naissent presque sans duvet, ne s’emplument que très-tard, ce qui les
rend trcs-sensibles au froid ; elles sont en général de couleur jaunâtre. Les coqs de cette race ne portent jamais un plumage aussi
Fig. 152.
beau, aussi foncé que celui des coqs normands; mais leur grosseur leur donne un prix particulier.
On a maintenant à peu près abandonné les poules russes ; on les a remplacées par des poules cochinchinoises (fig. 153 et 154), dont la vogue en Angleterre a été très-grande : on les y a payées des prix exorbitants, par exemple de 400 à 600 fr. le couple. Cet engouement est un peu passé ; cependant ces poules se vendent encore plus cher que les autres. Les poules cochinchinoises donnent peu d’œufs, c’està-dire qu’elles n’en pondent que sept ou huit, douze au plus, entre chaque couvée. Ce sont des couveuses par excellence; mais elles abandonnent leurs petits fort jeunes pour recommencer à pondre et à couver. Ce sont en outre les poules les plus casanières qu’il soit possible de trouver. Le coq est très-ardent; lorsqu’on a un coqcochinchinois dans une basse-cour, il est difficile d’empècher que tous
les poulets des autres poules ne portent des traces de bâtardise; ce croisement d’ailleurs est très-avantageux lorsqu’il a lieu avec des
poules normandes, dont les ailes sont fortes , parce que la race cochinchinoise les a petites , tandis qu’elle se distingue au contraire par des cuisses très-grosses.
Les poules anglaises, quoique petites, offrent plusieurs avan
tages ; il en existe une très-petite race (fig. 155), remarquable par la beauté de son plumage , mais qui n’est guère propre qu’à servir de jouet ; puis une autre plus grosse (quoique plus petite que la poule commune {fig. 4 56), très- . ... basse sur jambes, ayant les pattes em-
plumées et les ades tombantes.
Ces petites poules, quoique assez casanières, sont cependant très
habiles à chercher leur nourriture ; elles ne sont presque jamais maigieset se maintiennent toujours en bonne chair. Elles engraissent
Fig. 156.
avec la plus grande facilité, et alors elles sont toutes rondes. Elles pondent beaucoup et hâtivement de très-petits œufs fort délicats; elles demandent à couver aussitôt qu’elles ont terminé leur ponte, ce qui arrive au moins trois fois l’année. Elles sont excellentes couveuses et très-tendres mères ; on peut leur donner à couver six à sept œufs ordinaires et une douzaine des leurs. Elles sont blanches, ou d’un blanc panaché de jaune, jamais noires. Bien que l’éducation de cette petite race offre des avantages sous certains rapports, il est fâcheux d’avoir des coqs de cette espèce dans une basse-cour où l’on a d’autres poules, parce que leur croisement avec elles diminue notablement la grosseur des poussins qui en proviennent, et qui perdent ainsi une partie des avantages de la grosse race. Cet inconvénient disparait lorsqu’on n’a que des poules normandes et cochinchinoises , car le coq anglais est de trop petite taille pour parvenir à les féconder. Comme elles couvent dans presque toutes les saisons, on peut tuer leurs coqs à l’époque où les poules de la grosse espèce pondent pour couver, et garder de jeunes coqs qui ne sont en état do féconder les petites poules que lorsque les grosses ont terminé leur opération. La fécondation n’influe pas sur la. grosseur de l’œuf.
Barbezieux, dans la Charente, possède aussi une très-bello race de poules, qui donne des volailles célèbres; celles de la Bresse le
sont encore plus. Cos poules sont fort grosses , et ont la tète garnie
d’une grande crête, sans huppe; leurs œufs sont très-gros; leur chair est très-fine et elles s’engraissent facilement.
Il existe aussi dans le Maine une race remarquable , d’une grosseur moyenne, mais qui est douée d’une grande aptitude à s'engraisser outre mesure. Les poulardes du Mans, de Barbezieux et de la Bresse sont connues de tous les gourmets.
Ces trois races peuvent être croisées avec avantage.
On a introduit depuis peu d’années, en Angleterre d’abord, puis en France, une nouvelle race, originaire des bords du fleuve Brahma-Poutra , en Asie, à laquelle on a donné le nom de ce fleuve. Elle ést d’une plus grande taille que la race cochinchinoise, et son plumage est beaucoup plus riche et plus éclatant. Le coq [fîy. 157) se distingue par une fierté de port, une hardiesse que n’a pas le coq cochinchinois ; les poules sont regardées comme bonnes pondeuses.
Cette race, d’un prix encore fort élevé , nous paraît mériter l’attention des cultivateurs ; mais, avant de pouvoir être l’objet d’expériences sur une échelle suffisante , dans une ferme , il faudra qu’elle descende à des prix plus abordables : tout le monde n’est pas disposé à acheter un coq 2,500 francs, comme on l’a vu en Angleterre.