L. Couveuses artificielles
\ . Couvoirs. L’incubation artificielle n’est profitable que lorsqu’on la fait en grand; hors de là elle entraîne à trop de dépenses et de soins pour être avantageuse. Plusieurs savants se sont occupés de construire des appareils pour arriver au but. Réaumur a inventé son thermomètre pour faciliter ses travaux sur l’incubation artificielle. Si notre ménagère se trouve placée dans les conditions convenables pour recourir à ce procédé, comme près d’une grande ville, qui offre un débouché avantageux à ses produits, près d’un port de
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mer, où l’on fait des approvisionnements maritimes, et qu’elle désire en faire un objet de spéculation, elle trouvera dans la Maison rustique du XIX e siècle la description des divers procédés en usage, et pourra choisir celui qui lui conviendra le mieux et dont elle devra faire une étude spéciale.
2. Mères artificielles. Une mère artificielle [fig. 160) consiste en
une peaud’agneau tannée, mais ayant conservé sa laine; on la cloue sur un cadre de J bois carré de 60 centimètres de côté. Ce j cadre est posé sur quatre pieds, dont deux ont 5 centimètres de hauteur, tandis que i les deux autres en ont de 10 à 12. Le côté le plus élevé forme le devant de la mère. On cloue également de la peau d’agneau sur les côtés, sur le devant et sur le derrière; mais on ne fixe pas au bas des pieds celle qui est placée devant et derrière et qui tombe jus- j qu’à terre. On place cette espèce de petite maison sur une boîte de même dimension, qui se ferme et s’ouvre à volonté; l’intérieur de cette boîte est garni d’une plaque de fonte ou de tôle de 1 millimètre environ d’épaisseur ; celle qui garnit le couvercle est percée de petits trous qui correspondent à d’autres trous également faits dans le couvercle. On renferme dans cette boîte des briques, des carreaux ou des pierres chauffées, puis on place la mère dessus. On accroche avec un ou deux petits crochets, au-dessus de la chaufferette, une planche qui retombe en pente jusqu’à terre et forme un petit promontoire qui permet aux jeunes poulets d’arriver sous la mère artificielle. On les y place d’abord, et ils se trouvent dans une petite chambre obscure, chaude, et dont toutes les parois sont moelleuses; ils en sortent par-devant et par derrière pour aller manger. La peau n’étant pas fixée se soulève pour les laisser passer et retombe à l’instant. Si quelques-uns n’avaient pas l’instinct de rentrer sous la mère, on les y remettrait, et après une ou deux leçons ils y reviendraient d’eux-mêmes. Cette mère artificielle remplace très-bien la poule, au moins sous le rapport de la chaleur.
Comme l’appareil est plus haut d’un côté que de l’autre, il peut recevoir des poulets de diverses tailles ; les grands ne pouvant pénétrer dans le fond, qui est trop bas pour eux, les petits s’y réfugient; enfin, si les plus faibles se trouvent encore brusqués, chassés par
les plus forts, ils sortent de dessous la mère sans le moindie effoit, et comme ordinairement les querelles des poulets sont comtes et sans rancune, les battus peuvent rentrer promptement et facilement sous leur toit hospitalier. Il suffit de s assurer de temps en temps que la chaleur fournie par la boite est suffisante, et de renouveler le moyen de chauffage si elle ne 1 est pas. Le soir, comme leur chambre, ouatée en quelque sorte, n’a pu être refroidie par le mouvement continuel des petits qui entrent et sortent, et que d’ailleurs ils y sont entassés comme sous le ventre de la mère, la moindre chaleur suffit.
Il faut avoir soin, tous les matins, d’enlever la mère artificielle et de nettoyer le couvercle de la boîte. On peut, lorsqu’il fait chaud, transporter tout l’appareil dehors et le mettre au soleil. Dans ce cas la chaleur de la boîte devient inutile, celle de la peau d’agneau est suffisante.
On peut placer la mère artificielle sous une mue un peu plus grande que les mues ordinaires, parce qu’elle occupe plus de place qu’une poule. On donne à manger et à boire aux petits tout à fait comme s’ils étaient véritablement sous leur mère, et ils agissent de môme.
Avec une mère artificielle comme celle que je viens de décrire, et qui est très-peu coûteuse, on peut parer aux accidents qui privent quelquefois les jeunes poussins de leur mère naturelle, ce qui entraîne presque toujours leur mort ou du moins les rend très-difficiles à élever. On peut aussi, lorsqu’on a fait couver les poussins à une dinde ou à une poule bonne couveuse, lui enlever les petits à mesure qu’ils naissent et lui donner d’autres œufs, ou réunir les poulets de plusieurs couvées et enfermer les mères comme je l’ai indiqué, pour éteindre l’ardeur qu’elles mettent à couver et leur faire oublier leurs petits ; alors elles recommencent à pondre peu de temps après. Les poulets, avec cette mère artificielle, ne demanderont qu’un peu plus de soins, puisqu’il faudra leur apprendre à connaître leur lieu de refuge, les rentrer ou les faire sortir, selon le temps, et entretenir dans la boîte la chaleur convenable.
Les poulets élevés à l’aide d’une mère artificielle doivent être nourris comme les autres ; on leur laisse la mère aussi longtemps qu’ils paraissent disposés à s’y réfugier. Il est bon aussi de les appeler chaque fois qu’on leur distribue de la nourriture, afin qu’ils
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s’habituent à se réunir comme lorsque la mère véritable les appelle. Si la laine de la peau d’agneau était salie par des excréments, il faudrait la laver et l’exposer à l’air et au soleil pour la faire bien sécher, avant de la remettre sur les poulets.
Quoi qu’il en soit, jamais les poulets élevés avec une mère artificielle ne vaudront ceux qui le sont par leur propre mère, qui les conduit et leur découvre une multitude de petits insectes, de petits grains qu’on ne peut leur fournir.
Ce serait, à mon avis, une erreur de croire que l’on pourrait faire couver des œufs par ce procédé, même en y apportant quelques améliorations; il y a dans le phénomène de l’incubation des conditions d’air, d’humidité, de régularité, de chaleur, qui ne sauraient être remplies par cet appareil imparfait; il ne peut convenir qu’aux poussins, qui se trouvent, avec ce protecteur, à peu près dans les mêmes conditions qu’avec leur mère, et qui n’ont guère à souffrir de l'inégalité de température à laquelle ils sont soumis naturellement aussitôt après leur naissance. Il n’en est plus de même dans l’incubation ; ici la plus petite irrégularité, la moindre altération des conditions naturelles arrête le travail et cause la mort des fœtus. A défaut de cet appareil, on peut confier la conduite des jeunes poulets à des chapons; ils en ont un soin extrême, et deviennent aussi courageux que des coqs pour défendre leur famille adoptive.