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Des oies

L’oie est sans contredit après la poule l’oiseau le plus utile de la basse-cour; sa dépouille, quelle donne trois fois par an ; les plumes de ses ailes, dont on fait les plumes à écrire; son duvet; sa peau, avec laquelle on fait une fourrure appelée communément peau de cygne; sa graisse, si abondante et si délicate; enfin sa chair, qui est excellente à manger, lui donnent une grande importance dans les pays où l’on se livre en grand à son éducation. Dans ces contrées, il y a dans chaque village un gardien qui mène au pâturage toutes les oies de la localité ; il les réunit au son de la cornemuse, et, le soir, cha# que bande va, sans hésitation, retrouver son toit, où on lui distribue un petit supplément de. nourriture.

11 y a deux espèces d’oies : une grosse (/?#. ICI ), l’autre [fig- 162);

Fig. 1G2

ÛÛ6 MALSON RUSTIQUE DES DAMES.

plus petite ; mais chacune de ces espèces a plusieurs variétés dont les dimensions varient. Il y a avantage à se procurer la plus belle variété possible, parce qu’elle ne donne pas plus de peine à élever et ne coûte pas plus cher à nourrir. Les mâles sont généralement blancs ; les femelles ont toujours plus ou moins de gris ; il y en a même de noires. Celles qui sont les plus lflanches sont les plus estimées à cause de leurs plumes et de leur duvet.

Les oies vivent en bonne intelligence avec les autres oiseaux de basse-cour; elles aiment la propreté, redoutent les endroits boueux, et s’éloignent du fumier. Elles font très-souvent leur toilette ; il semblerait qu’elles savent que leur plumage est un de leurs produits. On doit les loger dans un lieu sain, aéré, assez spacieux pour qu’elles n’y soient pas entassées, et renouveler très-souvent leur litière.

Un mâle suffit à six femelles ; cependant il vaut mieux lui en donner moins, parce qu’il n’est point comme le coq, qui ne s’occupe jamais ni de la couveuse ni de la couvée ; il est, au contraire, trèsattentif à protéger l’une et l’autre.

A. Soins a donner aux mères et aux petits.

Les oies ne font qu’une ponte et qu’une couvée par an; cette couvée a lieu dès le mois de mars. On reconnaît que le moment de la ponte est venu lorsque les oies portent à leur bec de la paille pour construire un nid, ce qui a lieu ordinairement en février. Si l’oie choisit un lieu convenable, c’est-à-dire sec, chaud et solitaire, il ne faut pas la déranger, mais seulement l’aider à bien construire son nid; si, au contraire, elle s’est mal placée, on lui commence un nid dans un lieu convenable ; on y dispose de la paille coupée afin de l’engager à s’y installer, et même on dépose sa nourriture à côté, pour qu’elle puisse la prendre sans se déranger. Il ne faut pas lui laisser couver plus de quatorze ou quinze œufs. L incubation dure de vingt-sept à trente jours ; lorsqu’il naît quelques petits avant les autres, il faut les enlever tout de suite et les tenir chaudement; si • on les lui laissait, elle croirait sa tâche achevée et abandonnerait le reste de sa couvée ; Dn les lui rend lorsque l’éclosion est complète. Vers la moitié du temps que doit durer la couvée, il faut mirer les œufs, conserver ceux qui ont une partio non transparente, et enlever les autres, qui no doivent point éclore et peuvent être mangés.

Lorsque les petits sont nés, on commence par leur donner des

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œufs durs hachés menu, mêlés de son, de jeunes pousses d’orties ou de laitues coupées très-minces, et un peu de farine d’orge ou de sarrasin ; à la fin du second jour, on peut remplacer les œufs par des pommes de terre, de la bouillie de maïs ou divers légumes cuits; puis il convient de les mener aux champs, mais seulement par un beau soleil. On aura soin de leur donner trois fois par jour de la chicorée sauvage, de la laitue, et une foule d’autres herbes qu’ils mangent avec plaisir et qu’on hache en les mêlant avec du son. On doit éviter avec soin de les laisser exposés à la pluie ; ils ne se mouillent pas en barbottant et en nageant dans l’eau, mais la pluie pénètre leur duvet, les refroidit et les fait périr. On les conduira dans des lieux où ils puissent barbotter à leur aise, puis enfin dans les champs et dans les chaumes, où ils trouveront eux-mêmes une grande partie de leur nourriture. Le père et la mère les accompagnent toujours. Lorsqu’ils sont forts, il n’est plus^nécessaire de leur hacher l’herbe qu’on leur distribue ; il suffit de la jeter dans le lieu destiné à leurs repas; on leur donne un peu de son dans l’auge où ils boivent.

On nous saura gré sans doute de donner ici le dessin (fig. 163)

d’une machine, fort simple d’ailleurs et peu coûteuse, propre à couper les herbes destinées aux jeunes oisons ; elle peut servir également pour l’élève des canards, qui, comme les oies, consomment une grande quantité d’herbe hachée.

Il faut éviter de conduire les oies aux champs dans les lieux où les moutons doivent pâturer, parce que ces animaux fientent sans cesse, et que leurs excréments, toujours liquides, salissent tellement les plantes qu’aucun animal ne veut les manger ; ils ne doivent pas non plus aller dans les prés, parce qu’ils détruisent les bonnes herbes et favorisent la multiplication des plantes nuisibles. Ils mangent avec une grando avidité la moutarde sauvage, appelée dans quel-

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ques localités race, scirifle, etc., et tonies les plantes de la famille des crucifères.

1). Manière de i>l.cher les oies.

K On plume les vieilles oies trois fois dans l’année, entre la fin d’avril et la mi-mai, selon la température, en juillet et à la fin de septembre; plus tard, le froid les ferait souffrir. On ne doit pas plumer les oisons avant qu’ils soient bien gros et bien emplumés, ce qui n’a guère lieu que vers la fin de juin; il est rare qu’on puisse les plumer trois fois. Il ne faut plumer les mères que six semaines après la fin de la couvée. On reconnaît que la plume est mûre lorsqu’elle se détache facilement; si onia récolte trop tôt, elle se pelotonne et les vers s’y mettent. Il en est de même de la plume arrachée sur les oies mortes, lorsqu’on attend qu’elles soient froides pour les plumer. Il ne faut pas enlever tout le duvet des oies vivantes; elles en souffriraient. Lorsqu’on les plume mortes, on arrache d’abord la plume, ensuite le duvet, qu’on met à part et qui se vend le double; il faut les plumer chaudes pour que la plume ait la même qualité que celle des oies vivantes. Dans les pays où l’on fait des peaux de cygnes avec la peau de l’oie, on enlève la plume le plus délicatement possible, sans attaquer le duvet, puis on dépouille l’oie comme un mouton ; sa peau est ensuite livrée aux gens dont le métier est de la préparer. Cette industrie est exploitée sur une grande échelle à Poitiers (Vienne), d’où l’on expédie ensuite ces peaux à Paris, dans le midi de la France et dans le nord de l’Europe.

Dans certains pays on vend les plumes des ailes pour être apprêtées comme plumes à écrire ; dans d’autres, on vend le fouet de l’aile, qui sert de plumeau pour épousseter les meubles. Une belle oie peut donner dans ses trois dépouillements annuels environ 17o grammes de plume.

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