C. Engraissement
L’oie est de toutes les volailles celle qui prend la graisse le plus facilement et avec le plus d’abondance ; il ne faut pas les engraisser plus tard que le mois de novembre, parce qu’elles entrent ensuite en chaleur et n’engraissent plus. Il y a plusieurs modes d’engraissement : dans tous il faut séquestrer les oies, les placer dans un lieu où elles puissent à peine bouger et où elles soient privées de
lumière et de toute distraction. On plume les oies sous le ventre avant de commencer à les engraisser, parce qu elles se tiennent souvent couchées et salissent ainsi leurs plumes. On peut, dans les premiers temps, leur donner simplement à manger, trois fois par jour, de l’avoine, et à boire de l’eau blanchie avec de la farine. L engraissement pourrait se faire entièrement ainsi, mais il serait long, et, quoicpie en apparence moins coûteux, il le serait au moins autant qu’un plus rapide, fait avec des substances plus nutritives. Si donc on commence l’engraissement avec de l’avoine, il faut y ajouter quatre ou cinq jours après, des pommes de terre bouillies et réduites, en pâte, auxquelles on peut joindre de la farine d’orge, de maïs, de sarrasin, des pois cuits ou concassés, des raves bouillies; on délaye le tout avec du lait, même caillé; alors on peut leur donner à boire aussi du lait ou de l’eau et du son. En dix-huit à vingt-deux jours au plus l'oie atteint tout le degré de graisse désirable. Un moyen de hâter encore l’engraissement est de former, avec la pâtée que je viens de décrire, des boulettes de 15 centimètres de long sur 7 de grosseur, d’en faire avaler sept ou huit aux oies, puis de leur faire boire du lait ou de l’eau et du son; il faut pour cela prendre l’animal entre ses jambes.
On doit enlever le fumier des oies au moins tous les deux jours, plus souvent s’il se peut, et ne pas les laisser s’échapper et courir pendant l'engraissement.
En Pologne, on metl es oies dans des pots de terre défoncés et de forme convenable, de telle sorte que l’animal ne peut aucunement remuer; on place ces pots dans une cage, sur des barreaux, afin de laisser passage à la fiente. On empâte ensuite les oies ; en quinze jours elles deviennent tellement grasses qu’on est souvent obligé de casser les pots pour les en retirer. On peut remplacer ces pots par des paniers à claire voie en osier grossier. Quelquefois le foie des bêtes ainsi engraissées acquiert un gros volume et devient très-délicat ; on en fait des pâtés renommés.
Les vieilles oies engraissent plus facilement et acquièrent un plus gros volume que les jeunes ; on les amène assez ordinairement à peser 7 et même 8 kilogrammes.
Les départements du Tarn, de la Haute- Garonne et de l’Aude, possèdent une race qui atteint un développement considérable [fi g. 164) ; il n’est pas rare d’en trouver qui, à la fin de l’engraissement.
pèsent de 8 à 10 kilogr. On élève et on engraisse dans ces départe-
Fig. 164.
ments un nombre considérable de ces animaux; ceux dont nous
donnons la figure ont été primés au concours qui a eu lieu à Paris à l’époque de l’Exposition universelle (1855).
Si les oies ont leurs avantages, elles ont aussi leurs désagréments : cet animal est sale et laisse des traces partout. Sa fiente, loin de favoriser la végétation des herbes, les brûle en quelque sorte, et d’ailleurs les salit tellement qu’aucun autre bétail ne peut pâturer après lui. Elles sont criardes ; il n’est pas possible de parler un peu vivement là où elles se trouvent, parce qu’elles se mettent toutes à crier. S’il n’y a pas un gardien commun pour le village, il faut avoir une servante ou un petit domestique exprès pour les mener aux champs ; elles consomment au logis d’énormes quantités d’herbes qu’il faut choisir selon leur goût, et qu’on ne peut ramasser qu’à la main. Enfin, si on n’en possède pas un certain nombre et qu’on n’ait pas de lieux convenables pour les envoyer paître, leur éducation coûte plus qu’elle ne rapporte, et ne peut convenir qu’aux paysans Qui emploient à les garder ou des vieillards ou des enfants, qui n’auraient pas d’autres moyens d’occuper leur temps. Je pense donc que, dans une ferme un peu considérable, si l’on ne veut pas se livrer en grand à l’éducation des oies, il est préférable d’acheter des oisons arrivés à l’âge adulte ; on peut les plumer une fois, puis les faire engraisser.
Les oies de basse-cour ont beaucoup de disposition à suivre les oies sauvages ; il est donc prudent, lors du passage de ces dernières, de surveiller les troupeaux d’oies domestiques.
D. Maladies des oies.
Lds oies, comme les poules, sont sujettes à la pépie, à la diarrhée, à la vermine et à la constipation ; on les guérit par les mêmes moyens. Elles sont de plus fort sujettes à l’apoplexie. Cette maladie se manifeste par un tournoiement continu sur elles-mêmes ; elles périraient bientôt si on ne les saignait en leur ouvrant, avec une forte aiguille ou un canif, une veine assez apparente placée sous la membrane qui sépare les ongles.
La ciguë, dont les oies sont cependant très-avides, et la jusquiame sont pour elles des poisons violents ; à peine en ont-elles avalé une feuille qu’elles tombent les ailes étendues et périssent dans les convulsions, si on ne leur administre aussitôt du lait frais avec de la rhubarbe. Les orties attaquées de la miellée ou du pu-
ceron sont aussi pour elles un poison redoutable. On fait cesser les accidents qui résultent de leur ingestion en leur donnant de l’eau tiède, dans laquelle ont fait dissoudre 20 à 25 centigrammes de chaux.