‹ Maison rustique des dames (volume 2)Chapitre 237 sur 304 · Du canard · texte numérisé non relu

Du canard

Le canard ( fig . 165) est de tous les animaux de basse-cour le plus

facile à élever, surtout lorsqu’on a dans son voisinage une rivière, un ruisseau, ou même une mare. Dès qu’ils ont atteint assez de force pour y aller, on voit les jeunes canards croître à vue d’œil ; ils vont à l’eau le jour même de leur naissance.

Il y a plusieurs variétés de canards, qui diffèrent entre elles par la grosseur ; la plus répandue se rapproche tellement du canard sauvage qu’on pourrait presque les confondre. Les canards domestiques ont, pour ainsi dire, perdu la faculté de voler.

Le canard de Normandie est beaucoup plus gros que le canard commun; il faut donc chercher à se procurer cette race, parce qu’elle est aussi facile à élever que les autres, et que, dans un temps donné, elle atteint un plus gros volume. On possède encore une autre espèce, appelée canard musqué ou de Barbarie, qui est beaucoup plus grosse que la précédente ; mais elle diffère considérablement des autres dans ses habitudes : elle ne recherche point l’eau, et se perche volontiers sur des lieux peu élevés. La femelle fait ellemême un nid, où elle dépose et couve ses œufs. Si on la dérange, elle les abandonne ; il suffit donc de la mettre à l’abri des atteintes des animaux nuisibles. Ses petits recherchent l’eau beaucoup plus qu’elle ; mais il faut les en écarter, parce que le moindre froid les fait périr. Cette espèce se croise volontiers avec le canard ordinaire; les petits qui proviennent de cet accouplement sont très-gros et excellents à manger, mais inféconds. Le canard de Barbarie est aussi fort bon, surtout si, après l’avoir tué, on a soin de lui enlever

la tète, parce qu’elle communique au corps un goût musqué désagréable.

Tout ce queij’ai dit de l’éducation, de la couvée et des maladies des oies, peut s’appliquer aux canards ; seulement ceux-ci ont un besoin d’eau plus impérieux. On peut établir dans la cour qu’ils habitent une espèce de petit abreuvoir pavé qu’on alimente au moyen de l’eau du puits qu’on y fait couler quand il en est besoin. On place le vase qui contient leur nourriture à côté, et on couvre le tout d’une mue. Les petits cannetons s’introduisent sous la mue par l’eau, et les poulets ne peuvent y aller. Les cannetons courent le jour même de leur naissance, de sorte qu’ils peuvent manger à chaque instant sans qu’on ait d’autre soin à prendre que de leur donner leur pitance. Le parcours ne leur est point nécessaire ; ils mangent beaucoup moins d’herbes que les oies ; leur nourriture se rapproche davantage de celle des poules ; ils sont très-avides de nourriture animale et elle leur profite parfaitement. Les canards, outre qu’il sont très-voraces, ont besoin à chaque instant de manger et de boire. Ils mangent moins à la fois que les autres volailles, et digèrent avec une rapidité extraordinaire. Souvent les canes ne couvent pas ; alors on est obligé d’avoir recours aux poules pour faire couver leurs œufs. Au lieu de pondre tous leurs œufs dans un nid quelles se sont préparé, comme les oies, les canes les déposent partout, aussi bien au milieu de la cour que sous leur toit. Aussi, lorsqu’on s’aperçoit que les canes ont ce défaut, doit-on les tenir enfermées le matin jusqu’à ce qu’elles aient pondu. On peut s’assurer qu’elles doivent pondre en les tâtant; on introduit le doigt par l’anus : si on sent l’œuf, on laisse la cane enfermée; si on ne trouve rien, on lui donne la liberté. D’autres fois, au contraire, les canes choisissent au dehors , au pied d’une haie, d’un petit bouquet de broussailles , un endroit qu’elles arrangent pour former leur nid et déposer leurs œufs; elles les couvent sans qu’on puisse s’en douter autrement que par leur absence , et amènent leurs petits au logis lorsqu’ils sont éclos. Ces couvées, si elles ne sont point dérangées par quelque animal carnassier, réussissent très-bien ; mais il est difficile de les garantir des accidents. Si l’on parvient à découvrir le nid, on l’abrite d’une mue, et la couvée vient à bien. Il suffit de songer à donner à manger à la mère.

Les canards sont très-avides des chrysalides de vers à soie, qui

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leur profitent parfaitement; alors leur nourriture ne coûte rien, car les chrysalides sont à pou près sans valeur. Mais il fant, avant do manger ces canards, les nourrir pendant quinze jours ou trois semaines avec d’autres aliments. Cette chrysalide donne à la chair des animaux qui s’en nourrissent exclusivement , de même qu’à leurs œufs, comme je l’ai déjà dit, un goût très-fort et très-désagréable, mais qui se perd facilement. On peut donc, lorsqu’on a une magnanerie et qu’on fait filer la soie, élever sans frais un grand nombre de canards. Les cannetons nourris de cette manière se développent avec une rapidité incroyable; mais il faut qu’ils aient de l’eau en abondance. On doit ajouter à cette nourriture de la salade ou quelque autre aliment vert, sans quoi les chrysalides les échauffent outre mesure.

Les canards atteignent leur grosseur beaucoup plus vite que les poules : en cinq mois ils peuvent avoir acquis tout leur développement; ils s’engraissent presque aussi bien libres que renfermés. Il faut les plumer chauds. Leur plume est excellente, bien qu’un préjugé la fasse mépriser par les gens du peuple. On prétend qu’on ne peut pas mourir sur la plume de canard, c’est-à-dire qu’on y a une longue agonie; ce préjugé est tellement absurde qu’il n’a pas besoin d’être combattu. La plume du canard, à part la couleur, vaut celle de l’oie; maison ne peut pas plumer les canards vivants comme les oies; c’est pourquoi leur plume est d’un faible produit.

Pour engraisser les canards, on peut les enfermer dans une petite écurie, dont on renouvelle la litière tous les jours ; on leur y donne abondamment à boire dans un vase assez grand pour qu’ils puissent barbotter. Ils mangent à peu près tout ce qu’on leur présente ; mais il est à propos de leur donner une nourriture abondante et variée, car la variété aiguise leur appétit. Des pommes de terre cuites et mêlées avec toutes sortes de graines ou du son leur conviennent très-bien. Les betteraves crues, coupées en petits morceaux et données deux fois par jour avec abondance, les conduisent à un état d’engraissement complet ; il faut cependant y joindre un peu de grain. Ce mode d’engraissement est peu coûteux; on coupe les betteraves le soir à la veillée. Pendant les 'premiers jours, les canards ne les mangent pas avec une grande avidité, mais ils s’v habituent bientôt. Ils aiment beaucoup les glands.

On peut également engraisser les canards sans les enfermer ; le

seul inconvénient de cette manière d’agir est qu’on est obligé d’engraisser toute la bande en même temps, ce qui occcasionne une dépense inutile, car on ne peut les consommer tous à la fois. Si l’on se propose de les porter au marché, cet inconvénient disparaît. Lorsqu'on emploie des betteraves, leur nourriture ne coûte à peu près rien. Les canards engraissés en liberté sont, à mon avis, bien meilleurs que ceux qui ont été enfermés, surtout si les premiers ont de l’eau à leur portée.

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