‹ Maison rustique des dames (volume 2)Chapitre 238 sur 304 · Du dindon · texte numérisé non relu

Du dindon

Le dindon {(ig. 166) est un animal qui offre de grandes ressour-

Fig. IG6.

ces ; sa grosseur et la qualité de sa chair donneraient à son édu-

cation la même importance qu’à celle des poules, s’il ne lui manquait cette fécondité qui rend la poule si précieuse. Cet animai, originaire des parties chaudes de l’Amérique, est très-sensible au froid dans les premiers temps de son existence, ce qui rend son éducation plus chanceuse que celle des poules ; de plus, il périt un grand nombre de dindons au moment où ils prennent le rouye, c’est-à-dire lorsque leur tète se pare de ces caroncules qui passent du rouge au blanc ou au bleu, selon l’état de calme ou d’irritation de l’animal.

Le mâle est souvent méchant; il vit ordinairement en fort mauvaise intelligence avec toutes les volailles de la basse-cour et attaque jusqu’aux hommes. Il se livre facilement à de violentes colères ; il est donc imprudent de le laisser vivre en commun avec d’autres volailles, à moins qu’il n’ait été élevé parmi elles. La dinde même attaque les poules; il n’y a que les coqs qui puissent lui tenir tête.

Les poules d’Inde ne pondent guère qu’à l’âge d’un an; elles aiment à cacher leurs œufs, et vont quelquefois les déposer assez loin de la maison, dans des haies, dans des tas de paille, dans des fossés où ils deviennent souvent la proie des animaux nuisibles ; aussi est-il prudent de les tâter avant de les laisser sortir et de les enfermer jusqu’à ce qu’elles aient pondu, ce qui n’arrive ordinairement que tous les deux jours, à moins que la saison ne soit trèschaude.

On met ordinairement vingt œufs dans le panier où la dinde doit couver ; elle le fait avec une patience et une tranquillité admirables, au point de se laisser quelquefois mourir de besoin sur son nid si l’on néglige de la lever tous les jours pour lui faire prendre l’air, la promener un peu et lui donner à manger. On peut lui mettre ses aliments près de son nid ; mais il vaut mieux la lever pour la faire manger. Vers le milieu de la couvée on mire les œufs, comme je l’ai indiqué pour les œufs de poule, et on enlève ceux qui sont clairs. Les dindonneaux éclosent au bout de trente jours. Souvent on donne des œufs de poule à couver à une dinde, et, comme l’incubation n’est que de vingt et un jours, on [peut facilement lui faire faire deux couvées de suite, en lui enlevant les petits aussitôt qu ils sont nés et en remplaçant les œufs éclos par d’autres œufs; elle peut couver trente œufs de poule. Sa constance ne se lasse pas; mais ^i

vers la fin de la seconde incubation, on n’a pas soin de la lever, même deux fois par jour, elle maigrit beaucoup, devient languissante et court le risque de périr. Elle conduit ses petits poulets avec la même tendresse que s’ils lui appartenaient, et on peut même lui en donner d’autres qui seraient privés de leur mère, ou ceux d’une poule à laquelle on les enlèverait pour lui faire couver d’autres œufs, ou pour lui faire recommencer une ponte. Le seul inconvénient qu’il y ait à faire couver des œufs de poule a une dinde, c est qu’elle en écrase, souvent en remontant dans son nid ou en se remuant, parce qu’ils ont la coquille moins dure que les siens. Pour éviter cet accident, il est préférable de la prendre et de la coucher; alors on tient une de ses pattes de chaque main, on les plie, on les écarté, et on la pose ainsi sur les œufs sans qu’elle y touche.

Les dindonneaux naissent ordinairement avec un petit bouton jaunâtre sur la pointe supérieure du bec; il faut le leur retirer avec une épingle. Ils sont très-sensibles au froid, et on doit, lorsqu’on les lève pour les faire manger, les tenir dans un lieu bien chaud et à l’abri de l’humidité, qu’ils redoutent beaucoup. Il faut faire en sorte qu’ils n’éclosent qu’en mai, parce que le temps est rarement assez doux pour eux en avril. On peut occuper la dinde pendant quelques jours avant de lui donner ses propres œufs, en mettant dans son nid un ou deux œufs de poule, ou de plâtre. On pourrait même lui faire faire une couvée de poulets avant de lui faire couver les siens, qu’on garderaitdans un lieu frais et sec, en les couvrant deson,do sciure de bois bien sèche ou de cendre.

Les petits dindonneaux se nourrissent à peu près comme les poulets pendant les premiers jours, mais ils sont tellement stupides qu’il faut souvent les forcer à manger ; autrement il pourrait arriver qu’ils se laissassent mourir de faim. S’ils paraissaient faibles, on leur ferait boire un peu de vin ou de cidre. Huit jours après leur naissance, on peut les mener promener avec leur mère; ils commencent à brouter l’herbe; alors on diminue la nourriture qu’on leur donne au logis. Il faut bien se garder de les laisser exposés à la pluie ou au froid extérieur : ils périraient de suite. Lorsqu’ils rentrent, on peut leur donner des salades, des orties cuites et mêlées à du son, des pois, du gruau, de l'avoine, du petit blé cuit dans du lait. La nourriture des poulets ne leur conviendrait pas. Lorsqu’ils ont une vingtaine de jours, il est bon d'ajouter â leur nourriture un II. 20

peu d absinthe et de lait caillé. On les fait sortir le matin au soleil, lorsque la rosée est passée ; ils rentrent pendant la grande chaleur du jour, parce qu’ils craignent les rayons ardents du soleil, puis sortent encore à trois heures de l’après-midi, pour rentrer le soir avant la rosée. On les fait manger trois fois par jour. S’ils sont saisis à l’improviste par une pluie froide, ils s’engourdissent et meurent, quand on n’a pas soin de les essuyer avec du linge chaud ou de les mettre près du feu. Il faut une personne très-attentive pour garder les dindons ; une vieille poule d’Inde est d’un grand secours, parce qu’elle est bonne mère, annonce à ses petits le danger des oiseaux de proie par un cri particulier qui les engage à se cacher dans les hautes herbes ou dans les broussailles, et qu’elle les réchauffe sous ses larges ailes. C’est parce qu’ils ne peuvent se passer de gardeuse que leur éducation n’est profitable qu’autant qu’on la fait un peu en grand, c’est-à-dire qu’on élève au moins deux couvées. Après la moisson, on les mène dans les chaumes, où ils trouvent une infinité de graines et d’herbes à manger; auparavant, on peut les conduire dans les prairies fauchées, naturelles ou artificielles.

Les dindonneaux, comme je l’ai dit, sont exposés à une crise dangereuse, et, jusqu’à ce qu’ils l’aient passée, leur existence est trèsfragile : c’est le moment où les caroncules qui garnissent leur cou commencent à se développer et deviennent rouges. Pendant cette crise, il faut les réchauffer au feu ou au soleil, leur donner un peu de vin à boire, et pour nourriture du chènevis, de la graine de fenouil, du persil haché et quelques menues graines trempées dans du vin ; des oignons hachés atténuent beaucoup le péril qu’ils courent alors : c’est à la reine d’Angleterre qu’on doit cette découverte; en un mot, ' on emploie tous les moyens possibles pour les fortifier. Cette époque passée, ils sont à peu près hors de danger et deviennent assez robustes. Cependant les maladies qui attaquent les poulets leur sont communes ; on les soigne de même. Ils sont en outre quelquefois atteints du bouton, maladie fort dangereuse et contagieuse qui leur est particulière ; il faut séquestrer l’animal qui en est attaqué. Il se développe de gros boutons dans le bec , dans le gosier et sur les parties dégarnies de plumes. Alors il faut lui donner des aliments échauffants, du vin, et le tenir chaudement.

Lorsque les dindonneaux sont bien emplumés, qu’ils ont le rouge et sont un peu forts^ il n’est plus nécessaire de les faire coucher

sous un toit ; il leur est même beaucoup plus salutaire de coucher dehors. Afin de les mettre à l’abri des attaques des animaux nuisibles, on place horizontalement une vieille roue à l’extrémité d’un gros pieu planté en terre, soit sur la fosse à fumier, soit dans un lieu sûr; la roue doit se trouver à environ 2 mètres de terre. Les dindons prennent facilement l’habitude d’aller s’y percher; ils se logent sur les rayons et les jantes de la roue, et se trouvent ainsi à l’abri de tout danger. Lorsqu’on les tient enfermés, ils sont exposés à se couvrir de poux. L’hiver même ils peuvent continuer à coucher dehors; cependant, si le froid était très-rigoureux, il serait plus sage de leur préparer sous un toit des échelons commodes sur lesquels on les placerait à la nuit tombante, pendant deux ou trois soirs, en les prenant sur leur roue, qu’on enlèverait ensuite et qu’ils oublieraient.

Le dindon est un animal très-vorace; il mange avec avidité une foule de choses qui ne peuvent pas servir à la nourriture des autres oiseaux de basse-cour, comme les glands, les châtaignes, les noix. On ne doit point les enfermer pour les engraisser ; dans l’isolement, loin d’engraisser, ils maigriraient. Les pommes de terre cuites, mêlées de son ou de farine, de grains de médiocre qualité, de betteraves crues coupées en morceaux de grosseur convenable pour qu’ils puissent les avaler, les engraissent très-bien et promptement. On peut, à la fin de l’engraissement, leur faire manger des noix sans les casser ou des châtaignes crues; mais ordinairement il faut les leur faire avaler de force; on en donne d’abord une vingtaine par jour, en trois repas, et on ajoute à cela un peu d’autre nourriture; puis on augmente graduellement la dose. On prétend qu’on taeut leur en faire avaler jusqu’à cent cinquante par jour : cela me ■semble un peu exagéré. Il faut toujours leur donner de la boisson len abondance ; on peut la mélanger de lait ou de farine. Il paraît [qu’un peu de nourriture animale mêlée aux végétaux est fort utile pour leur engraissement et contribue à donner plus de qualité à la chair.

Un beau mâle, bien engraissé, peut peser jusqu’à 7 et 8 kilogr., une femelle, de 5 à 6. Aussitôt qu’on les a tués, il faut enlever les intestins, comme je l’ai indiqué pour les. poules.

On reconnaît un vieux dindon .ou une vieille dinde à la couleur des pattes, qui, à la seconde année, deviennent rougeâtres.

De la pintade,

La chair de la pintade (fig. 167) est excellente; on peut la comparera celle du faisan. Ses œufs sont petits, mais très-fins, et elle

pond beaucoup; la ponte ne commence que lorsqu’il fait chaud. Cet oiseau couve avec négligence ; aussi est-il plus sage de faire couver ses œufs par des poules. La pintade est de la grosseur d’une poule moyenne; son plumage, moucheté de blanc, de noir et de gris, est très-beau ; sa tête et son cou sont environnés, comme ceux des dindons, de caroncules qui passent du bleu au rouge. C’est un fort bel oiseau, et dont l’éducation serait très-profitable s'il n’était pas si délicat dans son jeune âge ; aussi demande-t-il les plus grands soins ; le froid, la pluie, causent sa mort. Il faut, dans le principe, nourrir les pintades d’œufs durs hachés très-menu et mêlés de pain émietté, d’œufs de fourmis, de très-petits vermisseaux. On doit tenir la mère continuellement sous une mue placée dans un lieu chaud et sec, et ne point faire sortir les petits lorsqu’il fait froid. Quand les jeunes pintades sont emplumées et que leurs caroncules sont tout à fait rouges, elles deviennent très-rustiques et même sauvages; aussi faut-il mettre tous ses soins à les apprivoiser lorsqu’elles sont jeunes, en les faisant manger près de soi, même dans la main. On les nourrit comme les dindons; elles n’ont point besoin d'être en- :

Fig- 1G7,

J AU Di N AGE ET FERME.

graissées; il suffit qu’elles soient abondamment nourries pour être bonnes à manger, parce qu’elles ne prennent point une graisse extrême, comme les poules et les dindons. Leur chair ressemble à celle des perdrix ronges et des faisans, et ne lui cède guère en qualité. Elles ont toutefois un défaut qui les rend souvent intolérables dans une basse-cour voisine des maisons d’habitation : ce sont leurs cris aigus, qu’elles redoublent aussitôt quelles entendent parler ; leur sauvagerie cause souvent la perte de quelques-unes. Je le répète, il est à regretter que les pintades aient ces défauts, car leur chair est extrêmement délicate et elles ornent très-bien une bassecour.

Elles sont sujettes aux mêmes maladies que les dindons et réclament les mêmes soins.

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