‹ Maison rustique des dames (volume 2)Chapitre 25 sur 304 · I. Végétation naturelle · texte numérisé non relu

I. Végétation naturelle

La taille et la conduite de la vigne doivent être réglées, comme celles de tous les arbres à fruits, sur l’observation de son mode naturel de'végétation. La vigne ne végète comme aucun autre arbre à fruits soit à pépins, soit à noyaux ; c’est lo seul de nos arbres à

fruits chez lequel le fruit et le bois qui le porte se forment en même temps, et accomplissent en même temps chaque année le cours entier de leur végétation.

Sur tous les arbres à fruits, la vigne exceptée, il se forme d’abord des branches nées des yeux qu’on désigne sous le nom d’yeux à bois. Sur ces branches se développent d’autres yeux, les uns à bois, les autres à fruit. Ces derniers se rencontrent, soit sur du bois de la dernière sève, soit sur du vieux bois; mais toujours la branche à fruits préexiste à tout bouton à fleur, à toute production fruitière. Dans la vigne, le même œil est en même temps à bois et à fruit. L’œil de la vigne, connu dans toute la France sous le nom débourré, i cause de l’espèce de duvet qui le recouvre à l’extérieur, contient oujours ensemble bois et fruit. 11 n’v a de raisin que sur le bois de ; année ; au réveil de la végétation, la grappe et le sarment qui doit a porter poussent ensemble. Quand la sève est trop abondante, elle I ’épanche en entier à former du bois; dans ce cas, les jeunes grap- : es naissantes ou lames avortent ; elles tournent en vrilles ou longs i iaments qui s’accrochent à tous les corps euvironnants et aident ; vigne à grimper partout où elle trouve un point d’appui. Il n’est js rare dans le midi de la France de voir ainsi des sarments de gne s’emporter et croître en quelques mois de 7 à 8 mètres; ils :it alors presque toujours stériles, ou bien le peu de raisin qu’ils rtent est de mauvaise qualité. Tous les yeux d’une vigne bien liée s’ouvrent au printemps ; les yeux du talon ne restent endors que sur les sarments mal taillés ou sur ceux qui ne l’ont pas été tout. La bourre n’est jamais solitaire; elle a pour accompagnent obligé le sous-œil, soit simple, soit double, ressource qui nble ménagée par la nature pour le cas où la bourre aurait péri • une gelée de printemps ; le sous-œil la remplace alors, et souit avec avantage; parti plus tard que la bourre, il n’a pu être atît par le froid ; c’est ce qui explique l’abondance d’une récolte de ân après une gelée qui a détruit les bourres, phénomène dont vignobles offrent do fréquents exemples, otons encore un fait qui découle en quelque sorte du premier nous avons signalé : le raisin ne peut atteindre sa parfaite mae tant que le bois qui le porte n’est qu’imparfaitement aoûté; le et le lai&in, comme disent les vignerons, mûrissent ensemble ; bois n eol pas mur, le raisin ne peut mûrir. L’examen do ces

faits jette un grand jour sur le mode de culture et de direclion il mieux approprié à la vigne; à considérer le mode de végétation di la vigne, on voit que, livrée à elle-même, elle ne produirait rien 01 presque rien, les soins de l’homme lui sont indispensables; elle l’el 1 récompense largement. Faire croître et mûrir de bonne heure l bois pour que le raisin arrive à maturité avant la mauvaise saison. . empêcher un excès de force végétative de détourner la sève du raisi au profit exclusif du bois, tels sont les deux points principaux qu le jardinier ne doit pas perdre de vue, et qui doivent le guide dans la manière de conduire la vigne en espalier. C’est pour avo: parfaitement connu et apprécié ces faits, et pour y avoir conforrr leur méthode, que les jardiniers de Thomery sont parvenus à pri j duire un raisin sans égal en France comme raisin de table. Ni l’ai ni l’exposition, ni le sol, n’ont, dans tout le canton qui produit chasselas dit de Fontainebleau, rien de particulièrement favorah à la culture de la vigne en treille ; partout ailleurs les mêmes pr n cédés et les mêmes soins produisent les mêmes résultats. Le but c la culture de la vigne en espalier n’est pas d’avoir le plus de rais ; possible, d’une manière absolue, mais le plus possible de bon ra I sin ; aucune des dames pour lesquelles nous écrivons n’a intérêt h sacrifier la qualité à la quantité, puisqu’un kilogramme de bon rais i en vaut deux ou trois de raisin médiocre.

Ces faits reconnus par l’observation rendent la taille et la co duite de la vigne en treille aussi peu compliquée, aussi facile , comprendre et à bien pratiquer que celle du pêcher en espalii * Dans l’un et l’autre cas , il s’agit de faire développer, à la partie ii 1 férieure de la branche à fruits, le bourgeon qui doit la remplaça J Aussi la plupart des anciens traités de jardinage accordent-ils u < très-grande place à la taille du pêcher et quelques pages seulerndl à celle de la vigne , en avertissant que les principes posés pour ij pêcher peuvent être appliqués à la vigne; c’est une marche q| fl nous ne croyons pas devoir suivre ; nous essaierons de guider y | à pas le lecteur dans la taille et la conduite de la vigne, comn s nous avons tenté de le faire pour le pêcher.

Donnons d’abord une idée des moyens en usage pour la multip I cation et la plantation des vignes en treille. 11 est bien entendu q K nous nous occupons exclusivement de la vigne dont le raisin *1 destiné à être consommé en nature ; la culture des vignobles d(A ,

tous les produits sont destinés pour la cave n’entre pas dans le cadre de notre ouvrage.

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