Du faisan
Le faisan est de tous les oiseaux celui dont la chair est le plus j renommée; elle est effectivement fort délicate, mais la perdrix , rouge et la pintade ne lui sont, à notre avis, guère inférieures.
On est parvenu à élever des faisans dans la basse-cour; mais leur . première éducation offre au moins autant de difficulté que celle de la perdrix, et, de plus, ils ont à passer une crise souvent funeste au . moment de la mue de la queue, qui a lieu vers le troisième mois.
Lorsqu’on est parvenu à se procurer des œufs de faisan, ce qui! a est assez facile si on a mâle et femelle enfermés dans une petite j cour grillée, le mieux est de les faire couver par une poule anglaise, ij parce que son extrême familiarité apprivoise un peu les jeunes fai- a sans, qui sont d’un caractère très-farouche. Si l’on ne veut pas faire i les frais d’une petite cour couverte en filet, dans laquelle on met les faisans jusqu’à ce qu’ils soient bons à manger, on peut les laisser Ij dans la basse-cour ; mais alors il faut leur casser le fouet de l’aile ; avant qu’ils puissent voler ; car, s’ils s’envolaient, ils gagneraienl 1 promptement les bois et ne reviendraient plus, à moins qu’ils ne j soient nombreux et en quelque sorte apprivoisés, comme j’en ai vu 1 à la belle faisanderie de Vincennes, qui avait été établie par les or- { dres de Charles X. Ces faisans, élevés en très-grand nombre (sept à i huit cents) dans une vaste cour où étaient disposées leurs petites remises couvertes de filets, recevaient à manger dans une des allées i du bois; le garde sifflait aux heures de repas, et l’on voyait arrives ( de toutes parts des nuées de faisans qui venaient chercher leur pi-! tance; mais il était impossible d’en approcher, et il l’eût été encore ; plus de les prendre; ils étaient destinés à la chasse du roi, lorsqu’i 1
venait faire une battue dans le bois de Yincennes. On avait établi un tir auprès de la faisanderie.
On peut garder le père et la mère dans une très-grande cage grillée sur le devant avec un treillage grossier en bois, mais mieux en fil de fer, parce qu’il est plus clair et intercepte moins l’air et la lumière ; mais il ne faudrait pas songer à élever les jeunes faisans dans un espace aussi étroit; on établit un petit enclos de planches, de 3 à 4 mètres carrés, au milieu duquel on plante un piquet plus • élevé ; on couvre le tout d’un filet en grosse ficelle, et on dispose dans un coin un petit toit propre à servir d’abri à la couvée. Cet enclos doit être dans un lieu sec, un peu en pente et sablé ; on y jette du grain à l’avance, pour qu’il y germe, parce que les jeunes faisans en mangent les nouvelles tiges. Enfermés ainsi avec leur mère adoptive, une poule, ils se développent bien, pourvu qu’ils reçoivent une nourriture convenable. Dès qu’ils sont éclos, il faut leur donner des œufs durs hachés très-menu, mêlés à des œufs de fourmi. A l’âge d’un mois, on peut ajouter à cette nourriture délicate du petit blé de maïs, du millet, même des criblures de grains ; mais au moment de la mue ils ont besoin d’une nourriture animale ; à cette époque il leur faut de nouveau des œufs de fourmi, des vermisseaux ; de la viande séchée au four et hachée leur conviendrait. Aussitôt cette crise passée, ils se nourrissent comme les autres volailles; cependant, s’ils sont enfermés, il convient d’ajouter toujours une certaine quantité de nourriture animale aux grains qu’on leur donne.
On a réussi à accoupler le faisan mâle avec la poule anglaise commune, ce qui a produit une race métisse dont la chair est fort délicate et les petits moins difficiles à élever; mais les individus provenant de cet accouplement sont privés de la faculté de se reproduire. On pourrait, à la campagne, tenter, sans grands frais, l’éducation des faisans et de leurs métis ; le prix élevé auquel ils se vendent , lorsqu’on peut les envoyer à Paris ou dans quelques-unes des grandes villes de France, indemniserait' suffisamment des frais de l’éducation, lorsqu’on n’est pas obligé do compter le temps qu’on passe pour soigner ces animaux délicats. Si on n’en a pas un grand nombre, on peut facilement trouver assez d’œufs de fourmi dans les environs de son habitation pour les nourrir.
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