Bu pigeon
Fig. 168.
Le pigeon fuyard [fig. 188), qui peuple le plus généralement les
colombiers, est un fléaupour l’agriculture; si le fermier, qui se réjouit d’envoyer quelques paires de pigeons au marché, d’en faire quelques friands repas et [de recevoir le peu d’argent qu’il retire de la colombine, pouvait calculer ce que chaque pigeon lui coûte, il détruirait à l’instant son colombier. Ce qui le retient, c’est que ses voisins ne l’imiteraient pas, et qu’il souffrirait des dégâts de leurs bandes sans profiter de la destruction de la sienne. Espérons qu’une sage loi viendra bientôt mettre ordre à un tel abus, et que l’autorisation d’avoir un pigeonnier peuplé de plusieurs centaines
de pigeons ne sera accordée qu’à ceux qui auront des terres assez considérables pour suffire seules à leur nourriture.
Il en est autrement des pigeons de volière (fig. \ 69), appelés dans certains pays pigeons mignons. Ceux-ci ne quittent guère le voisinage de leur colombier et ne vivent point aux dépens] des récoltes; ils attendent qu’on leur donne à manger, soit dans leur domicile, soit avec les autres volailles, avec lesquelles ils vivent en fort bonne intelligence; aussi payent-ils à leur maître, par leurs pro- „,n duits, un bien autre salaire
que les pigeons fuyards; ils font au moins six couvées par an, quelquefois dix, tandis que les
autres n’en font que deux, trois au plus.
Lorsqu’on veut peupler un colombier, soit de pigeons fuyards, soit de pigeons de volière, on se procure quelques jeunes couples de six mois, et on les enferme dans le colombier, qu on a soin de tenir oujours bien approvisionné de nourriture, d une eau abondante et claire, et de paille pour faire les nids. Lorsque les pigeons sont accouplés et que les femelles sont bien en train de couver, ou mémo lorsque les petits sont éclos, on ouvre les fenêtres, on appelle les pigeons dans la cour, soit en sifflant, soit par tout autre cri, et on leur distribue de la nourriture. Il est rare qu’ils abandonnent leur jeune couvée.
Les pigeons fuyards ne demandent que fort peu de soins ; leur colombier doit être spacieux, bien garni de boîtes ou de paniers solides, et nettoyé de temps en temps. A l’automne il faut le faire blanchir à la chaux et procéder à un nettoyage général et minutieux. Quelquefois les pigeonniers se peuplent d’une espèce d’insectes nommée tiques ou aptères , qui s’attachent principalement aux jeunes pigeons, leur sucent le sang et les font mourir en peu de temps. Ces insectes attaquent aussi les hommes ; leur destruction est longue et difficile; plusieurs années d’abandon du colombier ne les détruisent pas, et ils se répandent même dans les habitations si elles sont voisines du colombier. Lorsqu’on en découvre dans les fentes des pierres, dans les boites à couver, il faut les flamber avec des bouchons de paille enflammés et leur donner tous les jours la chasse en écrasant ceux qu’on peut apercevoir ; les fumigations de soufre sont inefficaces, et on ne saurait employer sans danger des préparations minérales. Ce qui rend plus difficile la destruction de ces terribles insectes, c’est que, lorsqu’ils ne sont pas encore attachés à 1 animal qu’ils doivent attaquer, ils sont tellement plats et petits qu’ils se logent en énorme quantité dans les plus petites et les plus profondes fentes des murs, sans qu’on sache quel est leur moyen de conservation et d’alimentation. On pourrait employer avec succès le mastic de Dile , qui, à l’étal liquide, est susceptible de s’introduire dans les plus petits interstices ; il durcit promptement, et son prix d’acquisition n’entraîne pas à une dépense notable.
La fiente de pigeon, appelée colombine, est un fumier énergique et précieux; il se vend de 75 à 80 centimes le double décalitre; il est très-chaud et ne contient aucune graine; on l’emploie ordinairement pour fumer les lins et les chanvres. Un colombier bien garni
peut en donner 400 doubles décalitres, ce. qui est un fort beau revenu, si on ne songe pas à ce qu’il coûte ; mais les déprédations d’une fuie bien peuplée sont incalculables.
Quelquefois des oiseaux de proie prennent l’habitude de fré- : quenter le colombier et ils y font beaucoup de ravages; le seul moyen de s’en défaire est de les détruire à coups de fusil.
Les pigeons de volière exigent plus de soins que les pigeons fuyards; ils ne savent pas chercher leur nourriture; comme ils sont ordinairement beaucoup moins nombreux, on peut facilement surveiller les couples, et s’assurer qu’il n’y a pas plus de sujets d’un sexe que de l’autre, ce qui troublerait les couvées. On doit aussi, de ; temps en temps, réformer les vieux couples, ceux d’une beauté médiocre, et les remplacer par de jeunes élèves qu’on choisit parmi ceux qu’on avait destinés au garde-manger. En l’épurant ainsi, on arrivera à avoir un colombier peuplé de sujets de choix. Les pigeons capuchonnés ne sont pas ordinairement aussi féconds que les autres; de plus ils abandonnent souvent leur couvée ; je crois que malgré leur élégance il faut les supprimer.
On doit mettre dans le colombier une petite trémie fermée, dans laquelle on dépose le grain destiné à la nourriture des pigeons; ce grain s’échappe au fur et à mesure par le bas de la trémie pour tomber dans une petite augette placée de chaque côté. Le couvercle de cette augette est percé d’une rangée de trous assez grands pour permettre aux pigeons d’y passer la tête et d’y prendre la graine.
Si l’on s’aperçoit que les rats visitent le colombier et s’approprient la nourriture des pigeons, on suspend la trémie au milieu du colombier par des fds de fer, et on place au-dessus un toit de zinc,’ qui ne permet pas aux rats de se laisser' tomber du toit sur la trémie i pour commettre leurs dégâts. On doit disposer en avant de l’augette une petite planche sur laquelle se posent les | pigeons pour manger.
Il est nécessaire de’placer, près^du colombier, un vase, ou mieux une auge en pierre d’environ 1 mètre carré et de 10 centimètres de profondeur au plus, dans laquelle on tient toujours de l’eau claire, qui sert aux pigeons pour boire et se baigner, ce qu’ils aiment beaucoup et qui leur est très-salutaire. Dans l’hiver on aura soin de casser la glace qui s’y formerait. Lorsque le froid est très-rigoureux, il est indispensable de mettre deux fois par jour de l’eau chaude dans
l’auge; quand les pigeons auront bu, on la fera écouler, car la glace pourrait faire éclater l’auge.
Il convient d’entretenir une morue sèche dans le colombier ; les pigeons la picotent; le sel, qu’ils aiment beaucoup, favorise leur digestion.
Les pigeons mangent à peu près de toutes les espèces de blé ; mais il est certaines graines qu’ils leur préfèrent, comme la vesce, la jarosse, les pois de toute nature, même les pois moutons ou bisaille ; ils mangent aussi avec avidité le sarrasin et le chènevis, le millet, les lentilles. Les plantes qu’il vaut mieux cultiver spécialement pour le pigeon sont les vesces d’hiver et d’été et le sarrasin. La culture de ces plantes est facile et leur graine abondante. La vesce, quoiqu’ayant été laissée sur pied jusqu’à ce qu’elle fût en graine, donne encore une paille assez nutritive qui est mangée avec plaisir par le bétail.
Un bon couple de pigeons de volière peut donner, comme je l’ai dit, sept à huit couvées par an ; elles se succèdent avec rapidité au printemps et sont séparées par de plus longs intervalles en automne. L’hiver, à moins qu’il soit très-rigoureux, n’interrompt pas totalement la ponte, surtout si le colombier est bien exposé et chaud, et si les pigeons sont bien nourris ; elle se ralentit seulement. On peut donc compter, à peu près, sur une ou deux paires de pigeonneaux pendant les cinq mois d’hiver. Il n’en est pas de même des pigeons fuyards ; ils ne font que deux ou trois couvées au printemps. Toutefois, je ne pense pas qu’il soit avantageux d’élever des pigeons de volière pour la vente, à moins qu’on ne se trouve placé de manière à les envoyer sur un marché où on en donne un bon prix ; mais il est agréable d’en avoir chez soi , et, s’ils ne donnent pas précisément un bon revenu, au moins ils payent largement’le grain qu’ils consomment. D’ailleurs, leur présence anime une maison, et leur familiarité les rend aimables.
Il faut s’assurer si les paniers à couver sont solides et les nettoyer au besoin. Il en faut au moins deux par paire, parce qu’au printemps la même paire peut en même temps couver et nourrir des pigeonneaux tenant encore le nid.