Conclusion
Je bornerai là ce que j’avais à dire sur les animaux domestiques dont la surveillance appartient à la maîtresse de maison ; si elle s’en occupe avec zèle et intelligence, elle en tirera un bien autre produit qu’en les abandonnant à l’ignorance et à l’incurie des domestiques, et elle prendra un tel intérêt à toute sa basse-cour que cette surveillance, loin de lui être à charge, sera remplie d’intérêt eti de charmes. Chaque produit amélioré dù à ses soins lui causera un plaisir beaucoup plus vif que si elle n’avait point contribué à son! perfectionnement, et chaque membre de la famille, en profitant de cette abondance, bénira la main qui la lui aura procurée.
SECTION XII. — De la culture des terres en général.
La culture des terres est le premier et le plus utile des arts. C’csl de la terre, cultivée par la main de l’homme, que sortent toutes les matières premières nécessaires à son alimentation et au dévelopj pement de toutes ses industries. Que de femmes n’ont jamais songe à se rendre compte de ce fait important! Nous pourrions dire aved le bon La Fontaine :
Et je sais même sur ce fait
Bon nombre d’hommes qui sont femmes.
Celte seule vérité doit donc donner un grand attrait à l’étude de l’art agricole pour toute personne qui peqse et qui cherche à se rendre compte de ce qui se passe sous ses yeux ; elle offre lui intérêt puissant à la femme éclairée qui s’en occupe d’une manière] spéciale.
L’homme, ne trouvant pas dans les plantes, telles que la nature les produit, toutes les qualités qu’il désirait, a. appliqué son intell ligence à chercher les moyens de modifier, pour ainsi dire, la nature! de celles qu’il pouvait employer avec avantage. Du besoin de cejc modifications sont nées l’agriculture, l’horticulture, l'arboriculturel]
et toutes les branches accessoires de l’art d’utiliser le sol. L’homme est ainsi parvenu par degrés à approprier les plantes à ses besoins. L’agriculture est donc l’art cïe faire produire à la terre le plus grand nombre possible de plantes utiles, et de donner à celles-ci les qualités qui en augmentent l’utilité.
Dans l’enfance de l’agriculture, les hommes se contentaient d’ouvrir le sein de la terre au moyen d’instruments grossiers et de lui confier les semences des plantes qu’ils voulaient reproduire', mais bientôt l’accroissement de la population et la civilisation qui en est la suite firent naître de nouveaux besoins : de là la nécessité de produire davantage, de perfectionner la culture. Chaque siècle ajouta quelques progrès aux progrès antérieurs ; enfin l’agriculture, dans certaines contrées, est arrivée à un degré de perfection qui honore le génie de l’homme. Il semble qu’il soit parvenu à modifier les plantes à sa guise, et que Dieu ait daigné réserver au travail de la créature sa faible part dans l’œuvre de la création.
Un des plus grands, perfectionnements apportés à l’agriculture moderne est le système des assolements. On a donné ce nom à une succession raisonnée de récoltes pendant un certain nombre d'années, après lesquelles on recommence le même cercle de culture. C’est ainsi qu’on est parvenu à obtenir de la terre des récoltes plus abondantes. Il paraît que la différence qui existe dans la manière dont végètent les plantes (phénomène dont la nature s’est réservé le secret) permet à la terre de réparer les pertes que lui occasionne la culture de certains végétaux ; quelques-uns paraissent même accroître la fertilité de la terre; d’où il suit qu’un assolement bien combiné, qui fait succéder une plante améliorante à une plante épuisante , entretient la terre à son plus haut point de fertilité. Cet assolement, appelé assolement alterne , est adopté dans tous les pays de bonne culture.
Je n’entrerai point dans de plus longues explications sur les assolements ; ce sujet ne peut être traité à fond dans le cadre que je me suis tracé pour cet ouvrage, uniquement destiné à guider la maîtresse de maison dans la tenue intérieure d’un ménage champêtre, partie essentielle et vitale d’une exploitation bien dirigée; mais j’ai pensé qu’il fallait qu’une femme eût quelques notions du sens at taché au mot assolement, ne fût-ce que pour se rendre compte do la rotation adoptée par son mari. Elle prendra d’autant plus d’in- IL 27
térêt aux travaux extérieurs de la ferme qu’ayant à s’occuper, poui sa part, des soins domestiques, elle aura à demander à la culture des champs les plantes nécessaires à l’alimentation des animau> dont la surveillance rentre dans son domaine. Si, par hasard, une femme se trouvait chargée d’une exploitation tout entière, elle devrait faire une étude spéciale de la culture des terres proprement dite; elle trouvera sur ce sujet d’excellentes leçons dans plusieurs ouvrages modernes, tels que le Calendrier du bon Cultivateur , dr M. de Dombasle, la Maison rustique du XIXe siècle, etc. ; mais c< sont là des circonstances tout à fait exceptionnelles, dont je n’ai pai' à m’occuper.
Il ne lui importe pas moins de connaître les conditions d’une bonn exécution des principaux travaux de la terre, parce qu’elle peut ètrj appelée, par une circonstance quelconque, à aller dans les champ s’assurer par ses propres yeux que les ouvriers s’acquittent bien dj leurs devoirs.