‹ Maison rustique des dames (volume 2)Chapitre 243 sur 304 · Des conditions d’un bon labour · texte numérisé non relu

Des conditions d’un bon labour

Je n’entrerai ici dans aucun détail sur les qualités ou les avantagé de telle ou telle espèce de charrue, dont le nombre est si consid*

rable qu’un volume ne suffirait pas à en donner même une descri p -i

tion sommaire. D’ailleurs, outre que mon opinion personnelle aura peu de valeur, la maîtresse de maison n’est pas appelée à discute cette question; mais je vais tâcher de lui faire connaître les cor ditions que doit offrir dans toutes les circonstances un labour bie exécuté.

On est généralement dans l’usage d’exiger qu’iin labour soit pa faitement droit, à l’exception de certaines localités où, par un pr jugé inexplicable, on lui fait décrire quelques sinuosités; mais mêm alors ces sinuosités doivent-elles être régulières.

Il semblerait, au premier abord, qu’on n’est point fondé à exige un labour rigoureusement droit ; ce serait une erreur de le croir< En effet, lorsqu’un labour présente régulièrement cette conditioi et que chaque sillon suit une ligne tout à fait parallèle à la premièt ligne tracée, on peut être assuré que toutes les parties de terre qi doivent être ouvertes par l’instrument auront été entamées.

La charrue doit pénétrer dans toute la longueur du sillon à une égale profondeur, y prendre la même largeur de terre ; si le laboureur laisse une portion du sol non entamée, il faut exiger qu’il retire sa charrue, fasse reculer son attelage et répare son omission.

Arrivé à 2 mètres de la limite du champ, le laboureur doit sortir le soc de terre, et, après l’avoir retourné pour commencer un nouveau sillon, le remettre en terre le plus près possible de la limite, afin d’éviter de former un de ces bourrelets qu’on voit trop souvent à l’extrémité des champs et qui s’opposent à l’écoulement des eaux. Cette partie non labourée le sera plus tard, lorsqu’il fera ce qu’on nomme la chintre dans le pays que j’habite. Ce sont des sillons tracés à chaque extrémité en travers du sens des labours.

Si la charrue employée est bonne, la terre doit être retournée ; cependant la dernière bande déplacée ne doit pas être rejetée sur la précédente ; le versoir doit l’avoir fait retomber mollement sous un angle d’inclinaison assez ouvert. Si, pendant le labour, une partie de la tranche menace de tomber dans le fond de la raie ouverte, qui doit toujours rester libre, un laboureur attentif la repousse du pied pour la remettre à la place qu’elle doit occuper. Si quelque racine ou quelque pierre arrête la marche de la charrue, il doit faire reculer l’attelage et enlever l’obstacle, au lieu de se borner à le franchir. Les blocs trop gros pour être enlevés doivent être enfouis assez profondément pour n’être plus rencontrés par le soc.

Cette manière de se débarrasser d’un obstacle qui met des entraves à la perfection du labour n’a pas le seul avantage de rendre à la culture une portion de terre infertile ; la place de la fouille faite pour l’enfouissement du bloc se remarquera longtemps par la beauté des récoltes qui s’y développeront, à cause de la profondeur à laquelle on aura remué la terre.

Un labour de défrichement ou un premier labour pour lever une terre, après une récolte, ne peut jamais être trop profond, à moins de circonstances tout à fait exceptionnelles. La bande de terre soulevée doit être proportionnée à la largeur du soc, afin que toute la terre soit retournée. Il en est autrement d’un labour de printemps ou d’automne, qui succède à d’autres labours et qui se fait au moment des semailles; ce dernier est nécessairement superficiel.

Un laboureur ne doit négliger aucune partie de son champ ; il doit pousser son sillon aussi près que possible de ses extrémités, soit

qu’il laboure dans un enclos ou en pleine campagne. Les lisières, ne doivent point rester incultes.

Un laboureur doit faire prendre â son attelage une allure proportionnée à sa force; mais il s’abstiendra de le maltraiter, de frapper les animaux sur le nez pour les faire reculer ou tourner, en un mot, de les brutaliser d’aucune façon. Il peut obtenir d’eux tout le travail possible sans employer ces moyens révoltants. Il ne doit pas non plus, par indolence, laisser prendre à son attelage une marche trop lente ; on n’obtiendrait pas alors assez de travail, et on habitue ! raitles animaux à la paresse, sans profit pour leur santé.

Une partie des conditions que je viens de signaler comme consti i tuant un bon labour n’est pas applicable à certaines espèces d< charrues encore employées dans plusieurs contrées de la Francs surtout dans quelques parties de l’Ouest, où l’agriculture est telle ment arriérée qu’on y est toujours à l’araire des Gallo-Romains qu’on y retrouve dans toute sa simplicité originelle. Cet instrument dépourvu de versoir, ne retourne pas la terre ; il la déchire de dis tance en distance, à une très-petite profondeur; il faut alors pli sieurs labours successifs pour remplacer d’une manière très-impai faite un bon travail fait d’un seul coup avec une bonne charrue.

Le labour à Yarriau, dont je parle, se fait donc dans d’autrt conditions. Ma lectrice verra facilement, au premier examen, quelle modifications peuvent être appliquées à ce mauvais labour, malhei reusement encore trop usité. Si elle a quelque influence sur son mar je l’engage à en user pour faire réformer les instruments défectueu: avec lesquels aucun perfectionnement agricole n’est possible.

Les labours profonds d’automne et d’hiver ne doivent jamais êti donnés lorsque les terres sont imprégnées d’eau ; dans les terraii même peu argileux , ce labour entraînerait la formation de mott qui durciraient à un tel point, par l’action de l’air, que le travail plus pénible et le plus opiniâtre les ameublirait difficilement, t froid rigoureux pourrait seul en avoir raison, et l’on sait qu’une d : conditions les plus essentielles à obtenir des labours est un ame blissement du sol aussi complet que possible.

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