De la moisson
La moisson des céréales est ordinairement la récolte principale dans une exploitation agricole ; l’œil de la ménagère n’y est pas moins utile qu’à la fenaison. Sa présence fréquente au milieu des moissonneurs les encourage et soutient leur activité. Comme on l’attend à chaque instant, parce qu’on ne connaît pas à l’avance le moment où elle viendra, chacun est sur ses gardes et il n’y a pas de temps de perdu. Elle doit veiller à ce que les moissonneurs coupent IL 28
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avec soin les grains, qu’ils ne négligent pas les épis plus difficiles saisir que les autres, qu’ils en prennent toujours la même quantij à la fois et dans une proportion convenable ; car souvent les pare; seux, pour suivre les moissonneurs plus habiles ou plus actifs, r saisissent qu’une trop petite largeur; et alors, bien qu’ils sembler aller aussi vite que les autres, leur travail est par le fait presque nu
Les repas doivent être distribués avec régularité aux moissor neurs; les mets doivent être sains et bien apprêtés.
Il y a des pays où l’on ne donne à boire aux moissonneurs qu de l’eau ; cette parcimonie peut être nuisible à leur santé.
La dureté du travail et la chaleur excitent chez eux une abondant transpiration, qui, n’étant modérée par aucune boisson spiritueusi épuise leurs forces et accroît leur fatigue. On évitera cet inconvt nient, aussi nuisible à ces pauvres ouvriers que préjudiciable à 1er travail, en leur préparant à l’avance quelqu’une des boissons fer mentées dont j’ai indiqué plus haut la composition. C’est un devo: de conscience pour la maîtresse de maison de veiller à la santé d tous ceux qu’elle emploie ; c’est alors quelle sera bénie et qu’ell aura mérité de l’être.
Sa surveillance ne sera pas moins utile auprès des Heurs qu’au près des coupeurs, car on peut, en liant avec négligence, porter u préjudice notable à la récolte. Quelques épis seulement laissés terre sous chaque javelle finissent par former une grande masse la fin de la moisson. Souvent il est de l’intérêt des lieurs d’aban donner le plus d’épis possible, parce que leurs femmes ou leurs en fants doivent glaner, et, lors même que le glanage ne devrait pa profiter à leur propre famille, les ouvriers travailleront pour leur; camarades; car il faut bien se persuader que l’intérêt du maître surtout si c’est un bourgeois , sera toujours le dernier dont or s’occupera.
Il me serait facile de donner ici quelques détails sur les différente machines inventées depuis quelques années pour couper les grains mais je dois, pour être vraie, reconnaître qu’aucune ne satisfait plei nement aux conditions que doit offrir une bonne moissonneuse , et tout en espérant qu’on parviendra, sous peu de temps peut-être, é substituer à l’homme, dans le pénible travail de la moisson, une machine expéditive, je passerai sous silence ce sujet, qui, d’ailleurs regarde bien moins la maîtresse de maison que son mari. De plus
de semblables machines ne peuvent convenir que dans de très-vastes cultures, et elles sont assez rares en France. Je me bornerai à dire qu’en général on coupe les grains trop tard, qu’ alors il s’en égrène beaucoup pendant le travail ; qu’il faut éviter de faire lier et transporter les gerbes pendant la grande chaleur du jour, et de lier lorsque les javelles sont encore couvertes de rosée, parce que, dans ce cas, elles moisiraient en grange ou dans les meules, et que le grain se séparerait difficilement par le battage.
L’usage de couper les froments à moitié de la longueur de la paille, encore très-répandu dans plusieurs contrées, surtout dans l’ouest de la France, est vicieux à tous égards : d’abord les moissonneurs négligent beaucoup les épis placés bas ou qui ont abaissé leur tête jusque dans la partie de la paille laissée en chaume ; de plus, il faut ensuite ramasser ce chaume, indispensable au service de la ferme; enfin, outre le temps qu’exige ce travail, qui généralement se fait mal, il se perd une grande quantité de paille. Les avantages de cette manière de moissonner sont un battage plus facile ; dans les années humides ou dans les terrains excessivement frais, lorsque le chaume est haut, il isole et élève les javelles placées dessus, ce qui favorise la circulation de l’air et hâte la dessiccation ; mais ces avantages ne peuvent compenser les inconvénients que j’ai signalés, La méthode belge du piquage , ou moissonnage à la sape {fig. 186), qui, partie du Nord, s’avance déjà jusqu’à la Loire, est
si avantageuse que la maîtresse de maison doit user de toute son influence pour la faire adopter.