De la vendange
Une maîtresse de maison doit à la vendange la même surveillance qu’à la moisson. Elle tiendra surtout la main à ce que les opérations qu’elle nécessite soient faites avec propreté. Les ouvriers y apportent la plupart du temps une négligence désespérante ; il y a plus, c’est une sorte de gloriole pour eux, parce qu’ils sont imbus de cette idée que, la fermentation purifiant tout, la propreté devient inutile. C’est là une grave erreur; car, outre le dégoût qu’entraîne à sa suite la malpropreté, elle peut altérer la qualité de la récolte.
Les hommes qui travaillent à la fabrication du vin doivent être constamment surveillés ; car la passion générale pour cette boisson est telle qu’ils emploient toutes les supercheries imaginables pour parvenir à la satisfaire.
Il est important de faire déjeuner les vendangeurs avant leur départ pour la vigne ; ils mangent alors moins do raisin, .le suis loin de prétendre qu’il faille bannir la gaieté qui préside généralement aux vendanges, mais on fera bien de la contenir dans de justes bornes ; car elle dégénère souvent en licence et finit par entraver la
besogne. La présence seule de la maîtresse de la maison sera un frein suffisant, si elle a su inspirer aux gens qui l’environnent ce respect et cette retenue qui prouvent son autorité.
Elle n’oubliera pas, à l’époque des vendanges, de faire sa provision de raisiné et de vin cuit : ces deux objets sont fort peu coûteux et fort utiles; j’en ai déjà parlé (t. I, ire partie, Tenue du ménage du maître).
U. -Récolte des lé9umes secs. ^
La récolte des légumes destinés à la consommation du ménage est spécialement sous la direction de la maîtresse de maison ; elle doit veiller à ce qu’elle soit faite en temps utile avec tout le soin qu’elle exige. Dans les années humides il est souvent difficile de faire sécher les haricots, les lentilles et les fèves. On doit arracher ces plantes avant l’entière dessiccation de leurs graines, parce que, lorsqu’on a différé trop longtemps, les gousses éclatent au moindre choc ou par le simple effet des rayons solaires, et tombent à terre ; cependant elles perdraient beaucoup en qualité, entre autres leurs facultés germinatives, si on les récoltait avant leur parfaite maturité. Il convient donc de faire ces récoltes partiellement, à mesure que les plantes arrivent au point convenable. On est assez généralement dans l’usage d’en faire de petites bottes et de les placer sur le terrain , la racine en l’air. Cette méthode est vicieuse, parce que les siliques se trouvent exposées à l’humidité du sol ; il est préférable de mettre les bottes debout sur la racine ; mais comme elles ne se maintiendraient pas ainsi, puisque la base se trouve plus étroite et plus légère que la sommité, on en réunit trois ensemble, dont on appuie les têtes l’une contre l’autre, en écartant un peu les pieds. Si, à l’époque de la récolte, la température est très-humide, on doit redoubler d’activité. On fait porter les légumes près d’une haie, sur laquelle on disperse les petites bottes. A défaut de haie on fait placer des fagots debout, et l’on s’en sert comme je viens de le dire. En un mot, on doit mettre tout en œuvre pour sauver cette précieuse provision.
Lorsque les légumes secs sont battus, il convient de les étaler par couches minces dans des greniers aérés, de les remuer de temps en temps, afin qu’ils soient parfaitement desséchés avant de les serrer
définitivement; ia plus légère humidité les exposerait à la moisissure.
J’engage la fermière à rendre l’usage des haricots très-fréquent pour ses gens. La culture de ce légume est facile; il demande peu d’engrais et s’accommode à peu près de tous les terrains. Son abondance, la facilité avec laquelle on le fait cuire, le peu d’assaisonnement qu’il exige et ses qualités nutritives le mettent au premier rang des légumes. Lorsque l’estomac en a pris l’habitude, il se digère très-facilement.
La pomme de terre et le haricot doivent, après le pain, former la base de la nourriture des gens de la campagne.
J’ai donné à l’article Jardinage tous les détails nécessaires à la culture et à la conservation des légumes.
La surveillance d’une ménagère doit s’exercer sur la récolte des plantes sarclées, non pour donner des ordres sur ce qui n’est pas de sa compétence, mais pour s’assurer que le travail s’exécute bien et que les ouvriers ne perdent pas de temps.
Les pommes de terre doivent être rentrées aussi sèches que'possible, ce qui est quelquefois difficile lorsque la récolte est tardive. D’un autre côté, il faut craindre de les laisser trop longtemps sur le terrain pour se ressuyer, parce qu’elles verdissent et perdent beaucoup en qualité. On doit redouter aussi la plus petite gelée, parce que quelques pommes de terre gâtées par ses atteintes peuvent faire pourrir toute la provision.
Les carottes et les betteraves demandent les mêmes soins; lorsque la terre qui les a produites est humide et argileuse, il devient indispensable do les racler avec un couteau de bois afin d’en détacher la terre. Des femmes marchant à la suite des hommes qui les arrachent peuvent être chargées de cette opération.
La division du travail est le meilleur moyen d’obtenir la plus grande somme de besogne ; la maîtresse de maison veillera à ce qu’il soit réparti à chacun selon sa capacité ;Jparce moyen elle pourra utiliser de pauvres gens qui seraient incapables d’ouvrages trop pénibles. Les récoltes sarclées lui offrent le moyen d’occuper des vieillards et des enfants.
On obtient des noix, dans certains pays, l’huile qui sert à la cuisine des gens delà campagne. Si cette huile ne rancissait pas avec une extrême facilité, elle serait excellente; mais, pour pouvoir la
conserver, on est obligé de Ici fabriquer a chaud, ce qui lui donne un goût peu agréable. On la garde dans des cruches de giès placées dans un lieu dont la température ne s'élève ni ne s abaisse considérablement.
Lorsque les noix commencent à tomber d’elles-mêmes, on bat les noyers avec des gaules et on fait la récolte générale. Il faut étendre les noix en couche mince, dans des greniers bien aérés, et les remuer souvent, jusqu’à ce qu’elles soient parfaitement sèches ; on peut alors les amonceler. Pour en extraire l’huile, on attend que 1 amande soit complètement desséchée, sans quoi elle ne s’écraserait pas bien et on obtiendrait peu d’huile. Les noix doivent être triées avec soin ; on met à part celles qui sont altérées, et on en fait de 1 huile d’éclairage.
Il y a certaine espèce de noix dont la coque est fort étroite et dure, et de laquelle il est très-difficile d’extraire l’amande. Les noyers les plus avantageux sont, les plus tardifs, parce que ceux qui sont précoces gèlent très-souvent, et que leur récolte est par conséquent plus incertaine.
15, — Manière de soigner et de conduire un cheval en route.
Lorsqu’un cheval qui n’a pas l’habitude des grandes courses est destiné à faire un voyage, on doit, avant le départ, doubler la ration d’avoine qu’il reçoit ordinairement sans augmenter celledu foin. Lorsqu’on arrive soit au but que l’on veut atteindre, soit au lieu où l’on doit prendre du repos, il faut, aussitôt que le cheval esta l’écurie, lui donner deux litres d’avoine, et, s’il a très-chaud, bouchonner fortement avec un bon bouchon de paille le corps et les jambes. Si même la chaleur était grande et que le temps fût mou, il faudrait frotter les jambes avec de l’eau-de-vie ou de bon vinaigre, puis jeter sur l’animal une couverture sous laquelle on met un peu de paille, afin que la sueur dont il est trempé puisse sécher. Lorsque le cheval a mangé l’avoine, on lui donne une quantité de foin proportionnée à sa taille : 2 kilogr, 500 gr. sont ordinairement suffisants. Lorsqu’il a fini, on le fait boire et on lui donne deux autres litres d’avoine, ou même trois si c’est un fort cheval. Après deux heures de repos, y compris le temps qu’il a employé à prendre son repas, on peut remettre le cheval en route, à mbins qu’il n’ait parcouru une très-grande dis* 11. 20
tance, comme 40 kilomètres par exemple; il faut alors lui laisser un repos de quatre ou cinq heures. Le soir on le soigne comme au repos du jour.
Si la course n’était en tout que de 2o à 30 kilomètres, il serait préférable de la faire d’un seul trait, à moins que le cheval ne fut pas bon.
Lorsqu’il fait très-chaud, les chevaux souffrent quelquefois de la soif en route, parce qu’ils transpirent beaucoup ; quand on s’en aperçoit, il faut s’arrêter sans dételer, leur faire boire modérément l’eau la moins froide possible, et se remettre de suite en route, afin de ne pas interrompre la transpiration. Les chevaux peuvent boire étant bridés ; on défait seulement les fausses rênes.
Lorsqu’un cheval a parcouru une route couverte de poussière, on doit en arrivant lui faire laver les yeux, les naseaux et les parties naturelles avec de l’eau, même acidulée avec un peu de vinaigre si la poussière est considérable. Quand il fait beaucoup de boue, on doit laver les jambes et le ventre du cheval pour que la boue n’y reste pas attachée en séchant.
En route on ne doit jamais faire manger l’avoine à un cheval sans le dételer, bien qu’il ne soit pas nécessaire de le déharnacher. Lorsqu’un cheval mange l’avoine, il est très-disposé à s’affranchir de l’autorité de son maître, et quelquefois le plus doux devient à ce moment rétif et méchant; étant débridé, il pourrait s’échapper, entraîner la voiture et causer de graves accidents. De même, on ne doit jamais s’approcher des chevaux, à l’écurie, lorsqu’ils mangent l’avoine, du moins sans une nécessité absolue ou à moins qu’ils n’aient une grande habitude de vous voir, et encore ne doit-on jamais le faire sans leur parler à l’avance. En général, il est prudent de ne jamais s’approcher d’un cheval sans lui avoir préalablement fait entendre sa voix, surtout lorsqu’il est à l’écurie, et à bien plus forte raison quand il mange.
Si l’on avait un très-long voyage à faire, il faudrait, quelques jours à l’avance, augmenter un peu la ration d’avoine qu’on donne habituellement au cheval, et, pendant la route, lui donner moins de foin et plus d’avoine; cependant il ne faut pas tomber dans l’excès, parce qu’on risquerait de rendre le cheval fourbu.
Lorsque cet accident arrive, ce que l’on reconnaît à la roideur des mouvements de l’animal, qui sont saccadés, et dont les mem-
bres semblent agir par des ressorts, il faut le mettre au pas etgagnei un endroit où l’on puisse le faire saigner ; on le remet ensuite en route, toujours au pas, jusqu’au but du voyage, puis on appelle un vétérinaire, et non un mareclial-forrant, qui ordonne le traitement et à suivre selon l'état de l’animal.
Lorsqu’on fait une course très-longue et très-pénible, de deux ou plusieurs jours, on peut donner au cheval autant d’avoine qu’il en veut manger; il sait très-bien se rationner lui-mème et n’est pas exposé à une fourbu re, comme dans le cas où on lui en donnerait une trop forte ration avant le départ. Dans ce cas il mange très-peu de foin. Cependant, si on avait affaire à un cheval gourmand, il faudrait le rationner.
Il faut au départ ménager la marche du cheval, le retenir même s’il voulait prendre de suite son allure ordinaire, qu’il force même souvent au sortir de l’écurie, après avoir été bien pansé. Peu à peu on fait accélérer la marche, et au bout de \ à 2 kilomètres il doit avoir toute sa vitesse. II. est nécessaire d’animer un cheval et de ne pas . le laisser ralentir sa marche ; mais on ne doit pas le forcer, surtout si l’on a une longue route à parcourir; chaque animal a son train, qu’il convient de soutenir, mais de ne pas outre-passer.
Dans les descentes, on doit ralentir le trot du cheval et le bien soutenir avec les guides. Si la descente est très-rapide, il faut le mettre au pas. Dans les petites montées, on doit tâcher de conserver un petit trot et même de ne pas ralentir si la montée est courte. Si elle est rapide et longue, il faut mettre le cheval au pas, mais soutenir son allure ; les chevaux prennent quelquefois un pas trop lent qui les fatigue autant qu’un pas allongé, et on perd beaucoup de temps.
Lorsque l’on conduit, on ne doit jamais laisser flotter les guides d’un cheval à leur gré ; l’animal doit toujours se sentir tenu par son maître; non-seulement cela lui donne de la confiance, mais c’est le seul moyen de le soutenir s’il butte et menace de tomber, ce qui peut arriver aux meilleurs chevaux. Il ne faut pas écarter les bras à droite et à gauche pour tirer les guides lorsqu’en veut aller de l’un ou de l’autre côté de la route, mais les tirer à soi sans écarter les bras. Les guides se tiennent de la main gauche quand on conduit d’une seule main ; on prend le fouet de la main droite. Si on conduit des deux mains, on tient alors le fouet et une guide de la main droite. Il faut bien se garder, lorsqu’on veut fouetter le cheval , de
lâcher la guide; il pourrait en résulter de graves accidents; on la passe dans la main gauche, pour la reprendre ensuite de la main droite.
On ne doit jamais se mettre en route sans un fouet. D’abord le cheval, cjui reconnaît bientôt qu’on ne peut pas le fouetter, ralentit sa marche, et, lors même qu’on n’en aurait pas besoin pour soutenir son allure, un coup de fouet est souvent nécessaire dans un embarras ou lorsqu’un autre cheval, mal conduit, s’approche trop du vôtre et risque de vous accrocher, etc.
Lorsqu’on est en route et qu’on veut dépasser un attelage quelconque qui marche devant vous, on doit passer à gauche; mais quand , au contraire , l’attelage vient à vous, il faut prendre la droite ; chacun doit céder la moitié de la voie. Les gros rouliers, les grosses diligences et la malle-poste ne sont pas tenus de se déranger pour une voiture particulière.
Lorsqu’on a fait atteler un cheval par une personne qui n’est pas habituellement chargée de cette besogne, il faut, avant de monter en voiture , examiner avec attention s’il est convenablement attelé ; un oubli, ou l’ignorance de la manière de disposer les harnais, peut causer des accidents. Lorsqu’une femme est appelée à conduire quelquefois, il est indispensable qu’elle connaisse parfaitement la manière d’atteler.
OUATRIÉME PARTIE.