DES CAS OU IL EST NÉCESSAIRE D’APPELER UN MÉDECIN
Voici une énumération, malheureusement un peu longue, des cas où il faut nécessairement avoir recours au médecin ; on assumerait une grande responsabilité si on se dispensait de le faire:
]° Lorsqu’un adulte est pris tout à coup d’une fièvre violente, accompagnée d’affaissement ou de délire; c’est le préliminaire d’une
foule de maladies graves, si la fièvre ne cède pas au bout de vingtquatre heures;
2° Quand les vomissements se succèdent avec rapidité et ne cessent pas par l’usage des boissons calmantes ;
3° Lorsqu’une éruption subite, accompagnée de fièvre, se manifeste à la peau ;
4° Lorsqu’on éprouve des étourdissements, accompagnés de maux de cœur assez forts pour faire perdre l’équilibre, ou lorsque ces étourdissements, moins violents, sont réitérés ;
5° Dans un crachement de sang ;
6° Dans le cas d’hémorrhagie naturelle ou causée par un accident quelconque ;
7° Aussitôt qu’on ressent un point de côté accompagné de toux et de fièvre ;
8° Lorsqu’un accès de fièvre, qui d’abord avait semblé éphémère, se renouvelle malgré la diète et le repos ;
9° Après une morsure de chien enragé, ou supposé tel;
■10° Dans un violent mal de tête auquel on n’est pas habituellement sujet;
1 1 ° Dans des palpitations de cœur répétées ;
12° Dans un évanouissement prolongé ou renouvelé plusieurs fois ; •
1 3* Dans des attaques de nerfs réitérées ;
1 4° Dans des attaques de convulsions ;
1 5° Lorsqu’une indisposition se prolonge et ne cède pas à la diète et au repos ;
16° Lorsqu’un jeune enfant est pris tout à coup d’une toux violente avec menace de suffocation ;
17° Dans un mal de gorge très-intense avec difficulté de respirer;
18° Dans un rhume opiniâtre ou violent ;
1 9° Dans des insomnies prolongées et sans cause apparente, ou dans un affaissement continu ;
20° Dans une colique violente ;
21° Quand une hernie se manifeste, ou lorsque, n’étant pas nouvelle, elle ne se réduit pas seule, ou facilement , par les moyens employés habituellement;
22° Pour la réduction d’une fracture ou d’une luxation;
23° Dans une couche laborieuse ;
24° Dans toute couche précédée, accompagnée ou suivie de pertes ou de convulsions;
25° Lorsqu’une jeune tille perd ses couleurs et devient faible et languissante ;
26° Lorsqu’un jeune garçon pâlit, maigrit, s’énerve;
27° Dans une rétention d’urine ;
28° Lorsqu’une douleur continue se fait sentir sur un point quelconque ;
29° En cas d’empoisonnement ;
30° Après une chute grave, bien qu’elle n’ait causé ni fracture ni luxation ;
31° Lorsqu’un mal blanc, qui semblait d’abord sans importance, persiste, sur quelque point qu’il se manifeste ;
32° Dans les accès de fièvre intermittente et répétée;
33° Lorsqu’il se montre à la peau des rougeurs, quelles sécrètent ou non des sérosités, ou qu’elles forment des croûtes ou des écailles ;
34° Pour une brûlure grave sur des parties essentielles.
La plupart de ces symptômes se montrent avec plus d’intensité et se succèdent avec plus de promptitude chez les enfants que chez les adultes. Les maladies dans le premier âge marchent avec une rapidité tellement effrayante qu’il est encore plus pressant d'appeler un médecin pour un enfant que pour un adulte.
Dans tous ces cas, je le répète, il 'est indispensable d’avoir recours à l’intervention d’un homme de l’art, sans quoi l’on s’exposerait à des accidents et à des dangers contre lesquels la médecine pourrait devenir impuissante. Il y a probablement beaucoup d’autres circonstances où l’assistance d’un médecin devient indispensable ; mais j’ai cité les plus ordinaires, afin d’éveiller l’attention et d’éviter de dangereux retards.
Les opinions sont, je le sais, fort diverses à cet égard ; beaucoup de personnes pensent qu’il ne faut appeler un médecin que lorsqu'il n’y a pas moyen de s’en passer, ce qu’il est fort difficile d’apprécier; d’autres, au contraire, l’appellent pour lapins légère indisposition, et ne veulent laisser dans aucun cas à la nature et au temps le soin de les guérir. Je pense que ces deux excès sont également périlleux ; car, si la médecine offre de grandes ressources pour le soulagement de l’humanité, un médecin consciencieux est fatigué, ennuyé de se
voir appeler pour des niaiseries qui se seraient guéries sans lui ; cependant il vaut infiniment mieux avoir recours à la science une fois de trop que de s’exposer aux accidents qui pourraient résulter de la privation de ses soins.
A la campagne, en général, et surtout chez les paysans, on appelle presque toujours le médecin trop tard, par motif d’économie plutôt que par défaut de confiance. C’est alors que les conseils et les secours d’une personne éclairée et prudente, telle que celles pour qui j’écris, peuvent rendre de grands services, soit en engageant les malades qui ne sont point dans l’indigence à appeler le médecin à propos, soit en le faisant venir à ses frais près de ceux que la misère obligerait à s’en passer. Il est impossible défaire une charité mieux entendue, surtout lorsqu’on peut fournir aux malades les médicaments ordonnés. Dans ce cas, on peut trouver une grande économie à s’abonner avec un pharmacien de la ville la plus voisine, lequel subit volontiers une réduction de prix quand il s’agit de concourir à une bonne œuvre. Une dame charitable ne se rendra pas moins utile en surveillant l’exécution du traitement ordonné par le médecin; elle pourra acquérir au chevet du malade une expérience souvent aussi profitable à elle-même qu’à sa famille.
Sans doute les fonctions de garde-malade sont pénibles , mais envers les pauvres elles deviennent un devoir; envers ses semblables de toute condition, c’est un acte de dévouement qui porte avec lui une récompense que le cœur ne peut apprécier qu’après l’avoir goûtée.
En. terminant ce chapitre, je ne saurais trop recommander de suivre avec une exactitude ponctuelle les prescriptions du médecin, et de ne se laisser influencer ni par les avis des uns ou des autres, ni par ses propres idées. Trop souvent on n’exécute pas du tout ou on exécute fort mal ces prescriptions, croyant mieux faire, ou pensant que le médecin a exagéré certaines exigences, et, ce qui est peutêtre encore plus dangereux, on lui cache ces infractions à ses ordonnances, sans considérer qu’il'peuten résulter Jes erreurs les plus funestes. La diète surtout est un point sur lequel on ne se résigne que bien rarement à suivre son ordonnance, parce qu’on ne peut, comme le médecin, en apprécier la nécessité et la puissance comme moyen curatif.
fl n est pas moins nécessaire de rendre au médecin un compte
parfaitement exact de tout ce qu’éprouve le malade en son absence ; c’est un des plus puissants moyens de lui permettre d’agir en connaissance de cause. Trop souvent on apporte à ce récit de la négligence ou même une inexactitude volontaire, ce qui peut avoir un résultat très-fâcheux pour le malade. Enfin, on s’armera de tout le courage qui doit distinguer une maîtresse de maison, et surtout une mère de famille, pour soutenir ou remonter le moral des malades auxquels on est appelé à 'donner des soins. Le moral a la plus grande influence sur l’état des malades dans un grand nombre d’affections, et la faiblesse de la plupart des personnes qui les entourent contribue à les décourager et à les abattre.