De la greffe
e rue bornerai à indiquer les trois sortes de greffes les plus usitées ]b le Jardlnaoe proprement dit ; la plupart des autres greffes sont ou en usage pour les plantes de serres, et nous supposons que âmes auxquelles ce livre s’adresse ne pousseront pas jusque-là uxo de 1 horticulture. La description do la greffe est assez com- I e , le seul moyen d’arriver à la bien comprendre, c’est de la o a execution. En débutant, on manquera souvent les greffes, ’ quelques essais successifs feront découvrir le moyen de réussir.
80 MAISON RUSTIQUE DES DAMï 5.
On ne doit jamais tenter de greffer que sur des sujets de la même . famille ; toute tentative dans le but d’enfreindre cette loi immuable1 j de la nature serait inutile.
Greffe en fente ou en poupée. — Lors de l’ascension de la sève, dans les premiers jours de mars ou dans le courant de ce mois, selon la température, on coupe horizontalement, et à telle hauteur i qu’on veut un arbre, ou seulement ses branches. Si le sujet est i trop fort pour être amputé avec une serpette, on emploie une scie et on rafraîchit ensuite la plaie avec la serpette. A l’extrémité nue que i laisse cette amputation on pratique une fente, en descendant droit, j de 4 à 5 centimètres de longueur ; cette fente doit couper longitu- j dinalement le sujet, de manière à ce que chaque côté présente des lignes droites et bien unies; on emploie pour la faire une forte 1 serpette sur les sujets faibles et une serpe sur les sujets forts. Les i sujets ainsi préparés, il s’agit de choisir la greffe. On choisit, parmi î les branches aoûtées et bien saines de l’arbre qu’on veut multiplier, | un rameau de l’année précédente ; on coupe son extrémité supé- I rieure au-dessus d’un bon bouton à bois; il doit rester, s’il est pos- j sible, trois yeux à bois sur la jeune branche destinée à former la s greffe. A 2 ou 3 centimètres au-dessous du dernier bouton (fig. 51), ]. on taille l’extrémité de la branche en biseau des deux côtés, sur unetii longueur à peu près égale à celle de la fente faite au sujet ; c’est-à-1 dire qu’après cette taille la greffe doit conserver l’écorce de la moitié: s de sa circonférence, tandis que de l’autre elle se termine en tram fl chant. On amincit le bas de ce biseau de telle façon que l’écorce H forme un V. Ensuite l’on ouvre la fente pratiquée au sujet, au S moyen du greffoir s’il est faible, et d’un coin en bois s’il est fort. 1 On introduit la greffe dans cette fente, de manière que l’écorce' r du sujet et celle de la greffe adhèrent et coïncident parfaitement dans toute la longueur du biseau de la greffe, en plaçant le tranchant du biseau en dedans et l’écorce en dehors, car c’est de j cette coïncidence parfaite que dépend la réussite. On place ordinairement deux greffes dans la fente, une de chaque côté du sujet ( fig . 52), à moins que la petitesse do son diamètre n’y mette obstacle. Cette opération faite, on recouvre la superficie de la coupe avec de la cire à greffer; le tout est enveloppé d’un morceau de toile fendu pour laisser passage aux greffes ; on l’assujettit avec un lien d’osier si le sujet est fort, ou avec de la laine s’il est faible, ce
qui forme une espèce de poupée. On peut remplacer la toile par du papier solide qu’on met double et qui convient tout autant.
Fig. 51.
Fig. 52.
On peut greffer en fente des arbres de tous les âges , il suffit qu’ils aient encore de la vigueur. Si le sujet est vieux, ou très-fort, au lieu de couper le tronc, on rabattra seulement sur les branches, en ayant soin de ne conserver que celles qui sont bien placées ; chaque branche sera ensuite greffée comme on aurait greffé le tronc. Il faut avoir soin d’enlever tous les faux bourgeons qui poussent au-dessous et autour des greffes, afin de réserver toute la sève du sujet à leur profit. Quelquefois la greffe pousse avec une vigueur extrême : il est alors indispensable de soutenir ces pousses longues et effilées, au moyen de quelques tuteurs qu’on attache au sujet, et sur lesquels on assujettit les jeunes pousses par un lien de paille ou de jonc. Il est prudent aussi de les environner de branchages secs et épineux, afin que les oiseaux ne se posent pas sur la greffe que leur poids pourrait décoller.
Greffe en écusson , à œil poussant ou à œil dormant. — La première se fait d’avril en juin, selon la nature de l’arbre, soit sur la ■ige, soit sur des branches bien vigoureuses de l’année; dans ce :as, on a soin, dès le départ des bourgeons, de laisser pousser seulement ceux qu’on trouve convenablement placés pour recevoir a greffe; au moment de l’opération, toutes les petites branches qui >ourraient avoir paru sur le sujet sont supprimées. La greffe poée, on coupe aussitôt le prolongement de la branche greffée presque mrnédiatement au-dessus de la greffe, afin de la forcer à pousser, >our qu elle ait le temps de s’aoûter avant l’hiver. Si le sujet était rès-moelleux, comme les rosiers-églantiers, on se contenterait de incer le bout de la lige.
La greffe à œil donnant se fait depuis la Un de juillet jusqu’à ce j que la seconde sève s’arrête. 11 est indispensable que le sujet et la j greffe soient bien en sève. On a soin de ne laisser pousser sur le | sujet que les branches destinées à la greffe ; si ce soin avait été négligé, on retrancherait quelques jours à l’avance toutes les branches inutiles. On n’arrête point la branche sur laquelle la greffe a | été placée. Si le temps était très-sec, il serait bon d’arroser les arbres à greffer quelques jours avant l’opération afin de stimuler leur : végétation.
La greffe à œil poussant entre en végétation quelques jours après qu’elle a été faite, tandis que celle à œil dormant ne pousse I que l’année suivante.
Pour greffer ou écussonner, on coupe sur le sujet qu’on veut multiplier une branche de l’année; il faut que les yeux placés dans | l’aisselle de chaque feuille soient bien vivants, mais sans être développés. On fait avec la lame d’un bon greffoir, sur le sujet qu’on veut greffer, à la position convenable et dans un endroit où l’écorce est lisse et la branche droite, une incision horizontale, qui coupe l’écorce jusqu’à l’aubier, sans l’entamer. Au milieu de cette incision, on en pratique une autre dans le sens de la branche, de haut en bas, longue de 2 à 4 centimètres, selon la force de la greffe qu’on doit placer. Ces deux incisions représentent la forme d’un T ( fig . 53):
voilà pour le sujet. On enlève avec le greffoir, sur la branche qui doit fournir la greffe, en commençant 1 ou 2 centimètres au-dessus d’un bon œil ou bouton garni de son pétiole ou queue de la feuille, une lanière de 2 à 8 millimètres de largeur, selon la force de la branche, et de 2 à 4 centimètres de long, terminée en pointe et s’amincissant jusqu à 1 épiderme. Cette lanière, dans son épaisseur, doit contenir l'œil et une partie de l’aubier .do la branche.
Cette opération faite, on coupe la feuille, en réservant une portion de son pétiole, et, s’il est garni de barbes comme aux i obiers, on les enlève avec le greffoir; s’il y avait des épines sur 1 écorce, on les enlèverait également, On tient alors la greffe entre les lèvres par le pétiole pour pouvoir soulever avoc le greffoir l'écorce des deux côtés de la fente longitudinale faite sur le sujet, au-dessous de i
rig. 53.
la fente horizontale. Après avoir ainsi soulevé ces écorces clans toute la longueur de la fente, on prend l’écusson et on soulève avec la pointe de la lame du greffoir l’extrémité inférieure de l’aubier pour l’enlever de dessus l’œil, qui doit être à découvert, pour le placer dans la fenle du sujet. On réussit à détacher cet aubier, sans endommager l’œil, en tenant en dehors la lanière entre les doigts de la main gauche, de chaque côté du pétiole, avec assez de souplesse pour ne pas offenser l’œil, mais cependant assez fortement pour le contenir. On prend alors la pointe de l’aubier, souevée par la lame, et on l’enlève avec précaution ; on examine si ’œil est resté intact, ce qu’il est facile de reconnaître parce qu’il loit s’élever jusqu’à la surface intérieure de l’écorce, tandis que orsqu’il a été endommagé, il n’atteint pas son niveau, et ne paraît nème pas dans la petite cavité qu’il doit remplir. Cette opération ’aite avec toute la célérité possible, on introduit la greffe dans la ente longitudinale en s’aidant du greffoir, et, lorsqu’elle y est platée, on coupe avec la lame du greffoir tout ce qui dépasse la fente ior'izontale, pour que la greffe coïncide dans cette partie avec écorce du sujet; on appuie doucement sur la greffe et sur l’écorce u sujet qui la recouvre, afin qu’elle adhère dans toutes ses parties l’aubier de l’arbre sur lequel elle se trouve posée.
On assujettit la greffe au moyen d’un lien qui peut être de laine Dur les petits sujets et de jonc ou d’écorce d’arbre pour les sujets us forts; il ne faut jamais employer pour ces ligatures des fils i des ficelles de chanvre ou de lin, qui se resserrent à l’humidité.
Pour placer ce lien, on commence par l’appliquer immédiatement au-dessous du pétiole , et on fait deux ou trois tours, puis on remonte au-dessus de l’œil, près duquel on fait un ou deux tours, sans le couvrir; puis on entoure la partie supérieure do la greffe avec le môme soin que la partie inférieure, et l’on arrête le lien. Cetto ligature (fig. 54 et 55), sans trop serrer le sujet, doit cependant être assez ferme pour n contenir la greffe et la préserver du contact de l’air et de l’eau, elques jours après l’opération de la greffe, on la visite. Si le pétiole
Fig. 54 et 55.
est tombé et que l’œil paraisse frais et gonflé, elle est prise : il faut 1 alors avoir le soin de s’assurer que le lien ne gène pas le dévelop- j pement du sujet; dans ce cas, le lien devrait être coupé sans êtrd i enlevé. La sève aurait alors assez de force pour s’en débarrasser ; lorsque la greffe aurait à en souffrir. Faute de ce soin, le sujet s’étranglerait , c’est-à-dire qu’il se développerait au-dessus et au- i dessous du lien ; le vent ou le plus léger choc suffirait alors pour lo « casser. Lorsque des greffes en écusson, posées sur des sujets délicats, , ont été attachées avec de la laine, on peut défaire le nœud et lâcher I la ligature sans la couper ni l’enlever.
Si la force du sujet ou de la branche le permet, on peut y placer % deux greffes environ à la même hauteur, une de chaque côté, mais jamais l’une au-dessus de l’autre. On peut également greffer plusieurs branches d’un même sujet, et y placer plusieurs variétés de | la même espèce ; mais si elles ne sont pas, par leur nature, d’égale 9 force, la plus vigoureuse entraînera bientôt la perte des plus faibles fi en absorbant, à son profit, toute la sève du sujet.
De même que pour la greffe en fente on enlève tous les bour- | geons qui pourraient pousser sur le sujet greffé. Lorsque le bour-l geon de la greffe à œil poussant a pris un certain développement, et. § qu’on le juge en état d’absorber toute la sève du sujet, on coupe le' a prolongement de la branche réservée immédiatement au-dessus de la greffe. Pour la greffe à œil dormant, cette taille se donno au printemps suivant, au moment où le bouton de la greffe commence à se développer. Cependant, si la vigueur du sujet paraissait exces- i sive, on lui laisserait pendant quelque temps quelques faux bour- i geons, pour empêcher sa sève de noyer la greffe. La suppression 3 n’aurait lieu qu’après que cette première ardeur de la végétation | serait atténuée.
11 faut avoir les mêmes soins des greffes en écusson que des greffes en fente pour les préserver des accidents. Si cette greffe était destinée au prolongement d’une tige, on ne couperait pas le I sujet immédiatement au-dessus de la greffe; on en laisserait ? à 10 centimètres, selon la force de l’arbre; le jeune bourgeon de la ! greffe y serait fixé par un lien de jonc ou de paille, afin de le forcer à s’élever bien verticalement. Au printemps suivant, on couperait ras la greffe et en biseau ce bout de tige devenu une espèce do chicot , et la blessure se couvrirait à tel point que la cicatrice dis-
paraîtrait avec le temps. Les greffes destinées au prolongement de la tige doivent être placées sur le sujet aussi bas que possible bon obtiendra une plus belle végétation, et partant une plus belle tige ; enfin, le petit coude que la greffe pourrait occasionner serait moins apparent. La vigne qui -se greffe en fente doit être greffée entre deux terres ; cette greffe réussit également sur tous les arbres.
Greffes herbacées. — On désigne sous ce nom les greffes faites sur les végétaux annuels et les parties herbacées des végétaux ligneux; elle peut se pratiquer sur certaines plantes d’ornement, comme sur certains légumes, en observant toujours cette immuable loi naturelle dont j’ai parlé au commencement de l’article greffe, c’est-à-dire de ne jamais greffer entre eux que des sujets de la même famille.
Ce qui distingue cette greffe des autres, c’est qu’au lieu de se faire avec un bourgeon dans l’état de repos, on la pratique dans le moment même de la végétation du bourgeon, alors qu’étant encore tendre et herbacé, il a déjà poussé d’une certaine longueur. On e taille en biseau des deux côtés, de haut en bas, en forme de ’oin (fig. 56); on coupe de la même manière la tige à laquelle on eut adapter cette greffe [fig. 57); le biseau du bourgeon est inlro-
Fig. 50.
Fig. 57.
't ans cette fente où on le fixe au moyen d’une petite ligature sez serrée. On peut aussi fendre une branche à son aisselle, et ntro u ire la greffe, puis la lier. Lorsqu’elle est priso, on retranche
la tète du sujet et sa branche. Dans ces deux manières de pratiquer j la greffe herbacée, on supprime les bourgeons inférieurs du sujet, qui paraissent au-dessous de la greffe.
Si le sujet est en pot, il faut le placer à l’ombre et l’arroser ; s’il est en pleine terre, on fait la grelïe par un temps couvert, s’il est possible, on arrose le sujet, et enfin on l’abrite de l’ardeur du soleil par un moyen quelconque.
On peut, par ce moyen, changer des pommes de terre en tomates, de mauvaises espèces de melons en bonnes, des concombres en melons, etc., avec la certitude que la greffe donnera ses fruits sans altération.
Cette greffe, très-facile à exécuter, permet de réparer promptement une erreur ou un oubli.