Emballage des fruits pour le transport
L’emballage des fruits, soit pour les envoyer au marché, soi ! pour faire participer quelques amis à l’abondance de sa récolten’est pas une chose aussi facile qu’on pourrait le penser. Il ne suffi! pas d’entasser des fruits dans des paniers et de les expédier; i faut qu’ils arrivent à bon port et aussi frais que s’ils n avaient paît*
oyagé. Ce n’est qu’à Paris que j’ai vu atteindre ce but dans sa élection; aussi y voit-on sur les marchés des fruits de la plus pete valeur qui ont plus d’apparence et ont mieux consei\e leur >ût que les plus beaux fruits apportés sur les marchés de la pluirt des villes de province, où ils sont jetés sans le moindre soin, mme des tas de blé, sur de la paille ou des éventaires. Je dirai ème que ceux qui sont apportés sur des assiettes par les jardiers sont placés sans goût et sans art, ce qui les déprécie beauup. A Tours et à Orléans seulement, j’ai vu des fruits arrangés ec assez de soin; mais cet arrangement était loin d’atteindre la
ü'fection de celui des marchés de Paris, où cet art, je puis le dire, «tend aux légumes les plus grossiers, les oignons, les pommes de cre qu’on y voit disposés avec une symétrie, avec un goût qui fait aisir à voir et invite les acheteurs.
Les cerises s’emballent dans des rameaux garnis de feuillage, ux du châtaignier sont les plus usités; on en garnit le fond et les rds du panier; les cerises sont placées avec précaution sur ce lit feuilles. Lorsque le panier esta moitié plein, on insinue sous les ùlles qui en garnissent le pourtour de petites branches garnies leur feuillage et qui dépassent de beaucoup les bords du panier, achève de le remplir de cerises au delà des bords, à chaque rémité, en laissant un creux au-dessous de l’anse ; on arrange cerises à la surface, une à une, à côté les unes des autres, sans ;ser voir une queue; puis on replie les feuillages sur les cerises, les faisant passer sous l’anse et en les contenant à mesure qu’on replie; on bague le tout avec de la ficelle au moyen d’une aille à baguer , ce qui forme un laçage qu’on serre à volonté, pour : les cerises, parfaitement contenues dans leur prison de verdure, puissent plus bouger, même par les secousses répétées d’une rrette. En écartant quelques feuilles sur la partie saillante du sus des cerises, l’acheteur peut juger de leur qualité. Lorsque emballage est bien fait, les cerises arrivent aussi fraîches, si intactes au terme de leur voyage qu’elles l’étaient au moît de leur départ.
,es groseilles s’emballent de la même manière, es prunes, qui doivent conserver leur fleur, s’emballent dans des es ou de la fougère ; les orties sont préférables ; c’est le seul en de leur conserver toute leur fraîcheur. On les range comme
je l’ai dit pour les cerises; les orties remplacent le feuillage de ( * taignier; il faut toujours serrer fortement la ficelle employée p' baguer.
Ce qu’il y a de plus important toutes les fois qu’on emballe c i que ce soit, c’est que les objets emballés ne puissent éprouver cun mouvement; lorsqu’on serre les fruits doucement, sans • cousse, il n’y a aucun inconvénient à ce qu’ils soient assez fo ment comprimés.
J’ai indiqué, en parlant des pêches, les précautions que dema : le transport de ces fruits délicats. Pour les envoyer à une cerld', distance, il faudrait, après les avoir rangées comme je l’ai dit, i couvrir de fougère ou autre feuillage délicat pour pouvoir bag • les paniers. On brosse les pêches avec une brosse douce.
L’emballage de l’abricot demande presque autant de soins h celui de la pêche ; cependant, on peut en mettre une plus grai quantité dans un panier et se contenter de séparer chaque cou de fruits par des feuilles, s’ils ne sont pas assez gros pour é placés chacun séparément, enveloppé dans une feuille de vigne, ne leur fait pas dépasser le bord du panier, comme je l’ai dit p les cerises et les groseilles. Ces fruits sont trop gros; il serait » ficile de les ranger ainsi. On les élève au contraire en forme dôme, ne laissant sous l’anse du panier que tout juste la place passer les doigts.
Le raisin s’emballe dans de la fougère sèche ; les paniers raisin qui arrivent à Paris de Fontainebleau par la Seine sont chefs-d’œuvre d’emballage. Ces belles grappes dorées sont cach dans un lit épais de fougère, où elles sont si bien disposées qui pourrait jeter le panier à terre sans qu’elles en fussent endomn gées. Le raisin ne doit pas occuper plus du tiers de la capacité panier; avant de l’y renfermer, on aura soigneusement épluché grappes, en supprimant non-seulement les grains qui ne sont j parfaitement sains, mais encore tous les petits grains et les boi do queue inutiles. Les paniers seront bagués fort serré.
S’il s’agit d’expédier du chasselas ou autre raisin de table à i! grande distance, il faut l’emballer avec du son bien sec et déga de toute farine dans une boîte. On dépose les grappes les une: côté des autres, sur une première couche de son, puis on ajoute son jusqu’à ce que tous les grains soient recouverts ; on met Ù
seconde couche de raisin , et ainsi de suite, en terminant par une épaisse couche de son. Il faut que le couvercle serre assez fort pour qu’en le fermant le raisin soit un peu comprimé. Le raisin ainsi emballé peut faire mille kilomètres et arriver aussi frais que s’il venait d’ètre cueilli. On peut remplacer le son par de la sciure de peuplier bien sèche et môme ne rien mettre du tout, comme pour le chasselas qu’on envoie de Montauban à Paris.
Les poires d’été s’emballent dans des feuilles de vigne, chaque poire séparément. On recouvre le panier avec des branchages dont on enfonce les tiges, comme je l’ai déjà dit, entre les feuilles qui garnissent le tour du panier. On rabat ces branches et l’on bague par-dessus.
Les poires d’hiver et les pommes, lorsqu’elles sont belles, s’enveloppent dans du papier gris épais ; les paniers sont garnis de ; fougère. Pour les expédier fort loin, il faudrait les mettre dans une v caisse ou dans un petit baril de bois blanc, et les ranger par couches d’un seul rang, bien serrées près les unes des autres en forçant un peu pour mettre la dernière, qui sert comme de clef à la rangée. Quand le baril se trouve plein, on place une couche de foin bien ;ec par-dessus lequel on remet le couvercle; il faut qu’il ferme avec liffieulté. Les fruits se trouvant ainsi comprimés, sans être meurtris, icuvent voyager sans inconvénient.
Les pommes d api s’emballent dans de la mousse.
Les fraises et les framboises peuvent être transportées dans les paniers couverts et bagués. A Paris, on les arrange sur de petits >aniers faits exprès, qui sont tout plats; les fraises composent auessus de l’anse un monceau de forme arrondie ou conique. C’est haimant, et j ai souvent admiré ces paniers de fraises arrangées vec tant d art qu il semblerait impossible de les disposer ainsi. A aris, toutes les fraises se vendent avec leur queue; dans le Midi, omme en Belgique, on vend les fraises tout épluchées, dans de ol,ls Pols dc §rès servant à les transporter.
On cultive beaucoup la fraise en Provence, et c’est à Marseille .sue principal centre de consommation de ce produit. Mais une ' ICU té s cst Prèsentée au début de cette culture,' 'pour le transport
rUI'tS !lR ^°Ur ^°'nl Pro^uction au lieu de consommation, i icu e resu tant surtout de la chaleur de cette contrée et de la faci-
’ auc la,Plf- *es P1 aises fermentent. C’est alors qu’on a imaginé
(] emballer ces fraises dans dos vases en terre cuite très-poreuse l analogue à celle employée pour ces vases destinés à rafraîchir I] i
Fig. 5.3. Vase pour le transport des Fig. 59. Vase pour le transport (1 fraises en Provence. fraises recouvert de son cornet.
et que l’on connaît sous le nom d'alcarazas. Ces vases, dont la cécité est de T litre environ, offrent la forme indiquée par la fig. On les fabrique dans le voisinage des localités où la culture ’ fraisiers s’est établie. Ils sont livrés à raison de 20 fr. le mille. ’ fraises étant placées dans ers vasas, comme le montre la figure on ferme ces derniers en les coiffant d’un cornet de fort papier au sommet au moyen d’une ligature {fig. 59;; puis ces vases t »
couchés dans de grands paniers par lits alternatifs séparés par do
la litière.
Ainsi emballées, les fraises voyagent pendant un jour et une nuit, et souvent plus, avant d’arriver sur les marchés de Marseille, et nous les y avons vues aussi fraîches que si l’on venait de les cueillir; ce qu’il faut attribuer en grande partie, selon nous, à la nature du vase qui les renferme et dont la porosité détermine un refroidissement qui empêche la fermentation.
Les figues et les pêches se portent à Paris, rangées dans des feuilles de vigne et sur un petit panier d’osier sans anse. Ces petits paniers se placent ensuite sur un plus grand panier tout plat et garni d’une anse pour faciliter le transport.