‹ Maison rustique des dames (volume 2)Chapitre 4 sur 304 · C. Engrais · texte numérisé non relu

C. Engrais

Les terrains où le 'principe calcaire domine en grand excès sont les moins favorables de tous au jardinage ; les jardiniers les nomment brûlants, et en effet, pendant l’été, ils laissent évaporer l’eau si rapidement, qu’il faudrait avoir constamment l’arrosoir à la main. Comme ce genre de terrain exige pour produire une plus forte proportion d’engrais que tout autre, les légumes qu’il pourrait donner coûteraient beaucoup trop cher. Dans un jardin de quelque étendue , il y a toujours une quantité de débris dont beaucoup trop de jardiniers négligent de tirer parti ; telles sont les mauvaises herbes arrachées avant qu’elles portent graine , les fanes de toutes sortes de plantes , les balayures de la maison , les feuilles des arbres soigneusement ramassées à l’automne , et une foule de substances végétales qui se décomposent facilement. Quant aux mauvaises herbes , nous insistons sur la nécessité de ne les employer que quand elles sont exemptes de semences.

Toutes ces substances, mêlées d’un peu de fumier, de chaux, ou simplement de terre de jardin, selon les ressources de chaque localité , sont mises en tas dans un coin et se décomposent lentement. Au bout d’un an, elles forment un excellent engrais; c’est co qu’on nomme compost , terme anglais passé dans la langue du jardinage. Les composts, bien décomposés , forment une sorte de terre végétale légère , très-riche , très-propre à divers usages spéciaux, par exemple, pour garnir les semences qui ne doivent Point ctro enterrées, couvrir la surface des couches, et nourrir les plantes cultivées en pots. On s’en sert aussi comme d’une sorte de médicament pour les arbres dont la végétation languit , et l’on

en répand une certaine quantité au fond des trous où l’on plante do jeunes arbres.

Les. substances végétales employées pour les composts, si elles ne reçoivent pas cette destination , se dessèchent à la surface du sol , et se dissipent en poussière sans aucune utilité. Les feuilles les plus convenables comme engrais sont celles des noyers , des mûriers , des érables , des sycomores , et de tous les arbres dont l’écorce n’est point propre à être employée dans la tannerie.

On peut aussi utiliser, pour couvrir les semis, le marc pressé do raisins et de pommes, qui produit un très-bon effet, comme engrais , sur les racines des arbres.

La colombine ou fiente des pigeons et des oiseaux de basse-cour est un des engrais les plus aelifs pour les cultures jardinières. Cet engrais se perd, les trois quarts du temps, par la négligence qu’on apporte à nettoyer le colombier et le poulailler. La grande énergie de la colombine exige beaucoup de prudence et de modération dans son emploi, qui peut surexciter certaines plantes et les brûler, comme disent les jardiniers. On l’emploie en poudre répandue à la surface du sol. Les terrains naturellement froids, humides et marécageux sont ceux où elle produit le plus d’effet. Une autre manière d’appliquer la colombine consiste à la délayer dans un peu d’eau qu’on répand au pied des plantes.

Les arbres à fruit végètent avec une grande vigueur lorsqu’on enterre près de leurs racines les animaux morts par maladie ou par accident, comme cela n’arrive que trop souvent dans les exploitations rurales; il faut les enfoncer assez profondément, non pas immédiatement au pied du tronc, mais à une certaine distance.

Les engrais de toute espèce ne doivent, être enterrés dans le jardin qu’à un état assez avancé de décomposition. C’est à la maîtresse de la maison à no rien négliger pour augmenter l’approvisionnement du jardin en engrais; car, sans fumier, pas de jardinage.

Les engrais chauds et très-actifs, tels que ceux de mouton et do cheval , ou des composts dans lesquels entrent des matières animales mêlées à des débris végétaux, conviennent particulièrement aux terrains froids où la végétation est lento à se développer, soit parce qu’ils sont à l’exposition du nord , soit parce que leur sous-sol retient l’humidité.

Dans des terrains chauds à l’exposition du midi , il faut au contraire employer de préférence des engrais moins énergiques , des fumiers passés presqu’à l’état de terreau , surtout ceux des bêtes à cornes , où la litière l’emporte en quantité sur les matières animales.

Les débris de constructions , surtout le plâtre accompagné de salpêtre, provenant des lieux habités, sont très-utiles à la végétation des arbres de tout âge; on les emploie avantageusement poulies plantations.

Les engrais liquides produisent un excellent effet appliqués à la culture des arbres fruitiers. Nous citerons, en terminant, ce qu’écrit, à ce sujet, dans la Revue horticole , M. Du Breuil, professeur d’arboriculture au Conservatoire des arts et métiers à Paris :

Un des moyens les plus énergiques de favoriser le développement des arbres fruitiers est incontestablement l’application des engrais liquides au moment où la végétation est la plus active et pendant les grandes chaleurs de l’été. C’est, en effet, pendant ce laps de temps que les plantes et les arbres ont le plus besoin de'trouver dans le sol une humidité abondante, tenant en dissolution les éléments nutritifs. Or, c’est aussi à cette époque que le sol est le plus desséché, par suite de l’évaporation, et que les racines n’y trouvent ni l’humidité ni les éléments nutritifs dont elles ont besoin. L’application des engrais liquides, faite dans ces circonstances, stimulo donc énergiquement la végétation des arbres.

Toutes les matières organiques, riches en azote, et se dissolvant facilement dans l’eau, peuvent être employées comme engrais liquide. Telles sont particulièrement les matières suivantes :

\° Le guano naturel. Y ajouter huit fois son volume d’eau. Il est malheureusement assez difficile de se procurer cet engrais bien pur. Il en existe cependant dans plusieurs maisons do commerce du Havre et de Nantes, que nous ne saurions indiquer ici.

2° Tourteaux de graines oléagineuses , colza, lin, arachide, sèzame, etc. Ces tourteaux sont réduits en poudre, puis ajoutés à six fois leur volume d’eau. On abandonne ce mélange à lui-même, et on 1 emploie lorsqu’il commence à fermenter.

3 ’ Matières fécales. Les réunir dans une citerne, y ajouter une suffisante quantité d’eau pour les rendre assez liquides, et les répandît loisqu elles commenceront à fermenter. Pour désinfecter cet

engrais, on pourra y ajouter 1 kilog. de couperose du commerce» réduite en poudre, par hectolitre de liquide.

4° Sang des abattoirs. Le laisser fermenter un peu et y ajouter \ kilog. de couperose par hectolitre pour le désinfecter.

5° Urines. Les employer fraîches en les étendant de quatre fois leur volume d’eau, ou les employer fermentées en y ajoutant 40 grammes de couperose par hectolitre pour les désinfecter.

6° Purin ou jus de fumier. Les employer sans préparation.

7° Mélange des matières précédentes. On peut encore former un engrais liquide d’une grande puissance en mélangeant tout ou partie des matières précédentes.

Il est bien entendu que l’action de ces engrais sera d’autant plus énergique qu’ils seront plus riches en azote.

On peut , à cet égard , les classer à peu près de la manière suivante : matières fécales, sang, guano, tourteaux, purin, urines.

Ajoutons encore que le résultat de ces engrais liquides, appliqués pendant la végétation, sera d’autant plus satisfaisant, que le sol où on les répandra sera plus perméable et plus exposé cà la sécheresse.

Quant au mode d’application de ces engrais, il sera bon de suivre les indications suivantes : les répandre dans la soirée après que le soleil ne frappe plus les surfaces qui doivent être arrosées, afin de donner le temps à ces liquides de s’imprégner dans le sol avant d’être vaporisés; — répandre ces engrais sur toute la surface du terrain qu’on suppose être occupée par les racines des arbres, et surtout vers le point où existent les extrémités radiculaires; — enlever, avant l’arrosage, 0m. 04 environ de la couche superficielle du sol, et la replacer aussitôt après l’application de l’engrais; — ou bien couvrir le sol, arrosé d’une couche de litière, d’environ 0m.05 d’épaisseur.

On évitera ainsi de voir la surface du sol se durcir sous l'influence de ces arrosements, et de perdre par l’évaporation une grande partie de ces éléments de fertilité. On pourra répéter ces arrosements trois ou quatre fois pendant l’été.

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