Arrosctnents
L’eau est la base du jardinage; rien ne doit être négligé do co qui peut favoriser les arrosements. Si le sol du jardin est en pente
et qu’il ne soit traversé par aucun courant d’eau vive , circonstance des plus favorables, mais toujours rare, on creusera, vers le bas de la pente, une fosse assez profonde pour servir de réservoir. Un pavage , recouvert d’une couche d’argile, et un enduit de la même substance sur les parois de la fosse , la rendront à peu de frais propre à retenir l’eau. Ce résultat n’est pas toujours obtenu du premier coup ; mais il ne faut point se décourager. En remplissant d’eau un réservoir qui fuit, on force , par le tassement même de la masse d’eau , l’argile à pénétrer dans les intervalles des pavés , et le réservoir finit par être imperméable. Au nombre des moyens de le remplir , on n’oubliera pas l’eau des toits , conduite par une gouttière. Grâce à cette précaution, souvent un seul orage, en été, remplit le réservoir et fournit à l’arrosement du jardin , sans aucune peine , pendant assez longtemps. L’évaporation rapide des eaux du réservoir , sous l’influence des rayons solaires , est un inconvénient sérieux qu’on peut éviter en partie en l’ombrageant , et en élevant sur son bord méridional un talus en terre gazonnée d’un à deux mètres de hauteur. Lorsque , par une cause quelconque , on se trouve privé de cette ressource, il faut se décider à creuser un puits.
Les divers moyens employés d’ordinaire pour extraire l’eau des puits sont incommodes et généralement dispendieux. Une pompe simple et solide, quand la profondeur à laquelle on rencontre l’eau permet de s’en servir, est toujours l’appareil le plus simple et le plus commode. J’ai vu à l’Exposition universelle un instrument de ce genre qui me paraît réunir toutes les qualités désirables ( fiq. \ ).
La pompe arabe , inventée par M. Ragoucy, de Paris , est un instrument des plus simples et des plus utiles. La coupe pourra faire facilement apprécier toutes ses qualités. Vous défoncez et sciez à quelques centimètres du fond un tonneau H. Vous adaptez à 1 autre fond un tube en bois ou en fer, plongeant dans un puits jusqu’à une profondeur de 7 à 8 mètres au-dessous de l’orifice de ce tube; dans le tonneau, vous adaptez un cylindre A en cuir terminé par deux fonds en bois. Le fond inférieur est garni d’une soupape A' ouvrant en dedans, le fond supérieur de deux soupapes B B s ouvrant en dehors.
La tige G adaptée au fond supérieur est mue par le bras de leviei Y qui s appuie sur le portant E; l’eau s’écoule en G.
Le premier mouvement de bascule imprimé au levier développe le cylindre A : le vide se produit, la soupape A' se lève et fait aussi
Fig. 1. Pompe dite arabe.
le vide dans le tuyau absorbant, l’eau monte dans le cylindre A. Le second mouvement comprime le cylindre , l’eau s’en échappe et remplit le tonneau H. Le même mouvement de bascule, quand le tonneau est plein, rejette l’eau dehors par le tube G. Cet instrument peut aller chercher l’eau jusqu’à une profondeur de 8 mètres. 11 coûte environ 40 à 45 fr.
A défaut do pompe, il faut recourir à la corde avec ses seaux et sa poulie. On connaît les trois jambes de fer employées pour assujettir la poulie. Les cordes d’écorce sont préférables aux cordes de chanvre ; à la vérité, elles durent moins, mais elles sont plus grosses et plus légères , ce qui rend leur usage bien moins fatigant. Uno chaîne de fer d’environ un mètre à chaque extrémité de la corde en conserve les bouts et prolongo sa duréo. Le prix
moyen des cordes d’écorce propres au service des puits est, à Paris, de 1o centimes le mètre. Dans les départements où l’on ne se sert point habituellement de ces cordes , on peut encore se les procurer à bien meilleur marché que celles de chanvre en les faisant venir de Paris. Les seaux destinés au service des puits ont ordinairement la forme d’un baril ; ils sont cerclés en fer; leur contenance excède d’environ un tiers celle des seaux ordinaires. On place près du puits une auge en pierre ou un tonneau, de telle sorte que le jardinier y puisse vider directement les seaux en leur faisant faire la bascule sur la margelle du puits.
La distribution de l’eau dans les grands jardins se fait très-commodément au moyen d’un système de tonneaux cerclés en fer , goudronnés en dedans et en dehors , pour prolonger leur durée , enterrés le long des plates-bandes et dépassant de 20 centimètres la surface du sol. Ces tonneaux communiquent entre eux , soit par des rigoles de bois ou de tuiles creuses , soit par des tuyaux de terre cuite ou de grès , soudés l’un à l’autre avec du bitume ou du mastic de fontainier et enterrés à un décimètre dans le sol. Ce dernier moyen est bien préférable aux deux autres et peu dispendieux , même aux environs de Paris, où ces tuyaux se fabriquent à bas prix. Si les conduits sont à découvert, on les retire pour les mettre à l’abri pendant la saison où les arrosages sont inutiles.
Le nombre des tonneaux et la distance à laquelle il convient de les enterrer ne peuvent être déterminés ; tout dépend de la nature du terrain.
La fig. 2 représente leur disposition et celle des tuyaux dans la
Fig. 2. Tonneaux d’arrosemcnl (coupe).
terre, pour ne pas gêner la culture, on a soin quo le passage des tuyaux se trouve toujours au-dessous d’un sentier.
\oila le système le plus usité et le moins coûteux ; nous ne de ■\on» pourtant pas dissimuler ses inconvénients, dont le plusgrav
consiste clans la nécessité de faire passer l’eau dans tous les tonneaux intermédiaires pour la faire arriver au plus éloigné ; il faut , en effet , que chaque tonneau se remplisse jusqu’au niveau de l’orifice du conduit qui le met en communication avec les suivants pour que ceux-ci puissent commencer à s’emplir. Si, par suite du tassement du sol fraîchement remué, ou par toute autre cause imprévue, un conduit vient à se briser ou à se détacher, les tonneaux, à partir do la rupture, ne peuvent plus être remplis. On peut, à la vérité, au moyen d’un bouchon de bois entouré de linge ou d’é-
oupo , fermer l’orifice du co<> duit; mais , outre qu’il est assez gênant de plonger lo bras dans l’eau jusqu’à l’aisselle pour aller
placer ces bouclions , on comprend combien ce procédé d’obturation est infidèle . Toutes ces considérations ont conduit M. Moreau , l’un de nos plus habiles maraîchers , à substituer à ce mode de remplissage des tonneaux un conduit continu qui règne le long de chaque rangée de tonneaux sans les traverser ; chaque tonneau séparément communique avec ce conduit au moyen d’un tuyau en grès en forme de T, auquel est soudé un ajustage en plomb avec sa cannelle de cuivre. L’eau puisée dans le puits' A, et versée dans le premier tonneau B, circule d’elle-même dans le conduit principal et permet de n’emplir , à volonté , que le nombre de tonneaux en rapport avec les besoins du service. La fig. 3 montre la disposition de tout ce système; les dimensions de la figure n’ayant pas permis d’indiquer les cannelles à chaque tonneau , nous avons représenté séparément le tonneau a avec sa cannelle b ainsi que la cavité
carrée qui permet de la manœuvrer; cette cavité se recouvre d’une planche mobile.
Ces appareils de tuyaux et de tonneaux servent aussi dans le cas où la proximité d’une rivière ou d’une pièce d’eau permet de se passer du puits. Il suffit alors de faire arriver l’eau dans le premier tonneau , par le moyen d’une pompe à main ( fîg . 4). Lorsque le puits n’est pas trop profond, on peut aussi utiliser la pompe, à volant plombé , qui donne un courant d’eau continu de 20 centimètres de tranche et fatigue moins le travailleur.
Les arrosages, en été, font plus d’effet le soir 'que le matin , parce que les plantes ont la nuit pour en profiter. Si l’on n’a pu arroser suffisamment le soir, il faut s’y remettre de très-grand matin; toutefois, aux environs de Paris, les- jardiniers , qui ne sauraient faire autrement, arrosent en plein soleil; mais ils arrosent toute la journée sans laisser à la terro le temps de se dessécher , travail qu’on ne peut exiger dans un jardin bourgeois. Il vaut mieux ne pas arroser du tout que de donner aux plantes trop peu d’eau ; les alternatives do sécheresse et d’humidité nuisent plus aux
Fig. U. Pompe à main.
ih
plantes qu’une sécheresse continue. Les vrais jardiniers ne disent point arroser , mais mouiller. Pour bien mouiller , il faut tenir de ; chaque main un arrosoir de douze à quinze litres et en verser le contenu sur un espace de deux mètres carrés. Quand la surface seule du sol est humectée, l’eau s’évapore avant d’avoir porté aucun profit à la végétation. Les meilleurs arrosoirs sont en cuivre [fhj. 5); ils coûtent fort cher et ne sont pas très-lourds. Étant bien soignés, ils peuvent durer trente ans ; leur prix est d’environ 45 à 50 francs la paire. Les arrosoirs en fer-blanc peint ne coûtent ^que 45 à 16 francs la paire; ils sont beaucoup moins durables que ceux de cuivre ; ordinairement, les mieux soignés ne peuvent servir plus de j dix ans; leur légèreté permet de leur donner des dimensions plus ! grandes que celles des arrosoirs en cuivre. A Paris, on commence I à employer des arrosoirs en zinc , de même forme que ceux de ' cuivre; ils ne coûtent pas plus de 4 0 à 4 2 francs; ils seraient excellents s’ils n’avaient le défaut de se déformer au moindre choc. M. Leroy (d’Angers) donne à ses arrosoirs une forme nouvelle,
aplatie sur les côtés. Ils sont bien préférables à ceux dont on se sert habituellement.
<1. — Assolement et instruments.
Un jardin bien cultivé doit produire, pour ainsi dire , sans interruption ; la terre du jardin ne doit pas plus se reposer que lo jardinier ; mais pour que la qualité des produits puisse se soutenir , il faut varier les récoltes ; le jardin doit être le plus parfait spécimen de fertilité résultant d’un assolement alterne.
Aucune fumure ne saurait rendre à la terre, épuisée par un genre de culture, sa fécondité à l’égard de la même plante; elle doit se reposer par d’autres cultures. Quelques plantes lassent promptement le sol, tandis que d’autres l’épuisent très-peu. Les pois, par exemple , ne peuvent être cultivés plus de deux ans de suite à ia même place; encore, à la seconde année, les produits ont-ils déjà diminué de qualité. Si l’on s’obstinait à vouloir obtenir du même sol une troisième récolte de pois, la plante languirait et ses produits seraient presque nuis; en outre , ils auraient contracté une légère amertume fort peu agréable au goût.
Au contraire, l’oignon , cultivé dans un sol sablonneux , tassé par un fort piétinement avant les semailles, peut prospérer plusieurs années de suite sur le même terrain ; c’est que cette plante végète plus par l’atmosphère que par la terre. Cette particularité se reconnaît dans le mode de végétation de beaucoup d’autres plantes; mais comme, dans tous les cas, la variété des cultures ne peut qu’être avantageuse , il faut adopter pour principe de placer chaque année, dans les divers compartiments du potager, des cultures différentes do celles qu’ils ont reçues l’année précédente; il en est même qui n’y doivent revenir qu’après plusieurs années. Le terme de deux ou trois ans convient en général pour le retour de toutes les plantes potagères; dans un jardin môme do peu d’étendue, le sol n’est pas toujours partout d’une nature homogène; les différentes veines de terre doivent être étudiées, afin de réserver pour chaque plante le sol qui lui convient le mieux.
Aucune partie du jardin ne doit rester en friche; un labour doit succéder a 1 enlèvement de chaque récolte et préparer la terre à en produire une seconde. La totalité du jardin doit recevoir au moins une fumure par an , peu de temps avant le semis; quelques plantes cependant préfèrent la fumure appliquée directement au moment des semis ou des repiquages. Le sol qui donne plusieurs récoltes
dans le cours d’un clé doit en outre recevoir à sa surface une couchj de fumier ou de terreau.
Lorsqu’on n’a pas à sa disposition une grande provision d’erj; grais, on y peut suppléer, jusqu’à un certain point, par la perfed tion et la fréquence de façons données à la terre. Celle de ces fJ çons qni suit l’enlèvement des derniers produits du jardin exigi des soins particuliers. Si le sous-sol est sain et exempt d’humiditéj on peut labourer à plat , mais profondément et en grosses mottes! s’il retient l’eau et que le sol soit plus ou moins argileux, il faut comme on l’a dit, façonner le sol en gros billons, comme s’il s’a! gissait d’y incorporer les substances servant d’amendement, et I laisser en cet état jusqu’au printemps.
Toutefois, quand on donne au jardin sa façon d’hiver, quelque! portions sont toujours réservées pour certaines cultures, telles qui les épinards, les mâches, au pied d’un mur, à bonne exposition un peu de persil et quelques laitues d’hiver. Ces parties du jardii ne sont labourées à fond et fumées qu’au printemps, après l’enlèj vement des produits qui les ont occupées pendant l’hiver.
Pour bien exécuter les labours à la bêche, on commence pai creuser un fossé que les jardiniers nomment jauge, à un bout d< la planche; on transporte à l’autre bout la terre ôtée de la jauge j afin de pouvoir la combler en terminant. Il faut veiller à ce que lé terre bêchée soit non-seulement remuée, mais encore retournée par le labour. Ce but n’est jamais bien rempli quand, à chaque coup de bêche , l’ouvrier enlève une trop grande épaisseur de terre . afin d’aller plus vite en besogne , selon son intérêt , quand il travaille à la tâche.
La jauge d’un bon bêcheur doit être nette et profonde; c’est cd qu’expriment les jardiniers en disant d’un bon ouvrier : On l’enterrerait dans sa jauge. Cette connaissance des conditions d’un bon labour est indispensable à une femme qui surveille la culture de son jardin , pour qu’elle puisse juger si la besogne est bien ou mal exécutée.
On ne peut trop insister sur l’utilité des labours profonds pour toute espèce de culture potagère , soit pour rendre toute la couche de terre cultivée plus accessible aux influences atmosphériques , soit pour assurer l’égouttement du sol , et conserver en été une fraîcheur salutaire aux racines des plantes.
La forme et la grandeur des bêches sont très-variables d’un canton à l’autre. Pour les terres légères, sujettes à s’émietter pendant le labour , une lame large et légèrement courbe {fig. 6) est fort utile;
Fig. G. Bêche à lame courbe.
la bêche longue et étroito [fig. 7 et 8), bien tranchante surtout,
Fig. 7 et 8. Bêche longue et étroite.
onvient mieux dans les terres fortes. Les meilleures bêches se fabriquent en Belgique, avec des lames de faux usées; elles sont minces , très-tranchantes et solides , bien que légères.
Quoiqu’on doive s’attendre à toutes les résistances qu’oppose la routine , si la bêche usitée dans le pays est défectueuse et mal appropriée à la nature du sol , il ne faut pas hésiter à lui en substituer une meilleure , dont les ouvriers ne tarderont pas à reconnaître les avantages'.
Les binages, ou façons légères données à la surface du terrain, ne sauraient être trop fréquents ; ils doivent toujours l’ctre assez pour arrêter dans leur croissance les mauvaises herbes dont la végétation ne se fait qu’aux dépens des plantes cultivées. Si l’on a trop tardé et que l’herbe ait grandi , il faut, après le binage , la secouer à la main , pour s’assurer qu’elle est bien déracinée.
Tant que les chaleurs imposent la nécessité d’arroser, il faut répéter les binages , même quand le sol est exempt de mauvaises herbes; ils sont surtout utiles après les violents orages; car la pluie, en battant fortement la terre, formo une croûte à sa suriace. Si les jardiniers des environs do Paris binent peu , c’est que leurs carrés de jardin sont paillés, à la surface, avec de la litière et du fumier long. Si cet excellent usage pouvait être pratiqué 1 Pa,îouf> d épargnerait beaucoup do main-d’œuvre; car le paillis empêche à la lois la formation d’une croûte par le tassement de la
surfnco du sol cultivé , et la croissance des mauvaises herbes qu’il étouffe à leur naissance, en même temps qu’il rend l’effet des arrosages plus utile et plus durable. Mais dans bien des jardins on s estime heureux d avoir assez de fumier pour engraisser le sol , loin d en avoir de reste pour le pailler.
En l’absence des paillis, les binages doivent être l’objet d’une surveillance continuelle, car ils influent puissamment sur la végétation des plantes, surtout lorsqu’il n’est pas possible d’arroser très-largement pendant les chaleurs.
L’instrument destiné à l’éxécution des binages, et nommé pour cette xaison binette ) varie selon les pays; il est ordinairement composé d’une lame presque droite (fig. 9), surmontée de deux dents.
La serfouette ( fig . 10), qui se rapproche de la houe , est aussi trèsutilement employée.
La houe plate, dont les fig. 1 0 à 1 4 représentent les différentes for-
Fig. Il, 12, 13, lii. Iloues plates.
mes, en usage aux environs de Paris, fait un très-bon travail pour le binage des plantes suffisamment espacées ; elle sert aussi à semei les haiicofs, lèves et pommes de terre. Son défaut consiste
dans la nécessité qu’il impose au travailleur de se tenir plié en deux, la tète presque au niveau des genoux, tandis que la binette ordinaire, à long manche, lui permet de travailler debout sans se courber.