Exploitation d’un taillis
Si le hasard favorise l’habitation champêtre du voisinage d'uni bois taillis, ce qui ne peut qu’en augmenter le charme, je vaisi donner quelques conseils sur la manière de le faire exploiter pourij en tirer le meilleur parti possible, sans nuire à l’agrément qu’oni ; peut en attendre. Je pense même, et j’en ai acquis la certitude pan expérience, que cette manière d’exploiter ne retranchera rien du \ revenu et fera acquérir à son fond une grande valeur. Ce que je vais dire sur l’exploitation d’un petit taillis d’agrément peut aussi s’appliquer en grand à l’exploitation d’un bois d'une vaste étendue;) \ un seul obstacle pourrait s’opposer à ce qu’on obtînt d’aussi beaux résultats que ceux que j’ai obtenus : ce serait la médiocrité du soussol qui ne permettrait pas aux arbres d’acquérir un grand développement ; alors ils se couronneraient et se couvriraient de moussa dès qu’ils auraient atteint une certaine élévation. Dans ce cas, le* fond n’atteindrait pas la valeur que l’on doit espérer d’un taillis bien venant qui donne l’espérance de se transformer en bois des
haute futaie, lorsqu’on le soumet au genre d’exploitation dont je vais parler.
Je suppose que le taillis soit sur le point d’arriver à son année de coupe ; au lieu de l’abattre en entier, on marque avec intelligence et on fait abattre seulement tous les pieds d’arbres mal faits ou moins vigoureux que leurs voisins, tout en laissant sur pieds cet pendant une assez grande quantité de tiges pour que toutes les tètes , se touchent et que les arbres abattus n’aient pas assez d’espace pour pousser de nouvelles tiges sur leurs troncs. On enlève également toutes les broussailles qui couvrent la terre ; certes, cet abattis ne vaut pas en argent la coupe générale du taillis, tant s’en faut ; mais aussi on laisse sur pieds une épaisse forêt de baliveaux qui vont profiter du dégagement qu’on leur a procuré, et qui ne permettront pas, comme je viens de le dire, aux souches des arbres
abattus de pousser de nouveaux jets, ainsi qu’il arrive lorsqu’on ne iaisse que des baliveaux très-espacés dont la végétation languissante est sans cesse entravée par la nouvelle et vigoureuse vé°mation du jeune taillis après la coupe. Un taillis ne peut être abattu otalement ou avec baliveaux que tous les douze, quinze ou dix-huit
■ ns’ seIon 1 essence et la vigueur de sa végétation 5 le propriétaire ! 5t donc, pendant tout ce laps de temps, privé de toutes rentrées | e ce côté, et il faut répartir la valeur de la coupe sur toutes ces
nnées pour connaître le revenu réel de chaque année dans un
■ mps donné. Dans mon mode d’exploitation, ce calcul ne s’étend as aussi loin. Revenons à notre taillis que nous avons débarrassé 3S broussailles de tous les sujets inférieurs. Au bout de deux ou ois ans, nos arbres laissés debout ont acquis, par la facilité donnée eur végétation, un grand développement, et, comme ils sont ser-
ils s élancent et s’élèvent pour chercher l’air nécessaire à leur istence; mais parmi eux les sujets les plus vigoureux ont devancé 5 autres, et tous ceux qui n’étaient pas d’une aussi bonne consution sont restés en arrière. Ils sont à leur tour marqués et livrés x bûcherons; dans ce nouveau retranchement on calcule de mato a espacer convenablement les beaux sujets épargnés. Cette once coupe a déjà bien plus de valeur que la première, sans en )ir cepen ant beaucoup encore. Deux ou trois ans après on opère nn me, et cette coupe commence à avoir une certaine imporct , puisqu elle se compose de sujets conservés dans les abattis
précédents, mais qui depuis sc sont laissé dépasser encore par d’au | très qui l’emportaient sur eux en vigueur. On a donc, en neuf an j au plus, trois coupes au lieu d’une, et le bois a acquis une grandi importance, car les arbres qui le composent deviennent des sujet } dont chacun a déjà une valeur assez considérable. On continue tou [ jours ce mode d’exploitation nommé exploitation par éclaircie, e on finit par arriver à posséder une haute futaie parfaitement droile( j saine et vigoureuse, puisqu’elle est composée de sujets de choi.i J sans avoir diminué en rien le revenu annuel ; car je puis certifie ( que les sujets abattus dans les éclaircies durant le temps ordinaire J ment réservé entre les coupes du taillis donneront plus de revem j que si l’on avait abattu lo taillis en entier, comme on le fait généra* lement. Si les premiers abattis ont donné peu de produits, les der 1 niers auront une grande valeur, car ils seront déjà propres à dei u ouvrages de charpente ou de charronnage et à d’autres emplois, e •. ils donneront d’excellent bois de chauffage; il faut remarquer, ei i effet, que les arbres abattus à la dernière coupe auront l’âge d« | deux coupes de taillis. On aura donc le même revenu, année com mune, que si tout le taillis avait été abattu, et il restera pour béné* fice la vigoureuse futaie. De plus, le revenu, au lieu d’avoir ét<i( réalisé dans une seulo année, l’aura été pendant toute la coupe, c<® qui est souvent très- avantageux pour les besoins d’un ménage.
Yoici pour l’espace de temps de la première coupe, douze, quinz** ou dix-huit ans; mais dans le cours de la seconde, l’avantage de c«I mode d’exploitation devient bien plus considérable, la valeur dei* sujets qu’on abat va toujours en croissant, et bien que les éclaircieil deviennent moins fréquentes, elles ne sont pas moins productives car bientôt ce ne sont plus des chevrons qu’on trouve, ce sont dep soliveaux, sans compter le fagotage qui a bien son prix. On nu ; dira : Mais bientôt vos arbres seront assez espacés pour former uni) t futaie à demeure. D’abord je répondrai qu’il faut conduire lefi éclaircies avec ménagement et laisser toujours les arbres assez rap prochés pour les forcer à pousser droit et à s’élever sans former dq | larges tètes; ensuite j’ajouterai que ce bientôt n’arrivera qu'au* bout de cent ans, car il faut que les sujets, espacés d'abord à 4 oui ; 2 mètres au plus les uns des autres, sc trouvent à 4 8 ou 20 mètres, ot à cette époque vous aurez un bois d’une énorme valeur, et qui doni nera, dans un seul abattis, tout ce que le taillis aurait donné dqj
revenus pendant peut-être un siècle; il est d’une triste notoriété publique que la valeur du bois de construction va croissant d’une manière effrayante; et qu’ aujourd’hui, où toute la France se couvre de nouveaux édifices, on est réduit à employer des bois d’essences tendres, comme les diverses espèces de peupliers, si on ne veut pas enfouir des capitaux énormes dans les constructions. Bien plus, il y a des départements dans lesquels on ne peut, à aucun prix, se pro-
I curer quelques belles pièces de bois nécessaires et où l’on est obligé de les faire venir de fort loin. Cette rareté de bois d’œuvre ne fera que s’accroître avec le système déplorable, adopté presque généralement, des baliveaux dans les taillis.
Je pense donc que, comme spéculation, le mode que je propose pour l’exploitation d’un bois est le plus productif de tous, et je lirai même que nulle autre culture ne peut donner plus de revenu îet qn’un bois planté en bon terrain et bien vigoureux , traité I ’omrae je l’indique, et placé dans une contrée où le bois est rare, :omme il l’est généralement en France.
' Si nous revenons à mon premier sujet, l’agrément de l’habitation hampêtre, on trouvera dans cette manière de traiter le bois un ! mbrage continuel, une promenade facile et agréable et un pacage our les moutons, sans qu’ils puissent nuire au bois , de plus, si Cst du chêne ou du hetre qui forme la futaie, le ménage pourra 1 ofiter d abondantes récoltes de glands ou de faînes pour sa porterie.
Ces explications sur 1 exploitation d’un bois sont un peu hors de on sujet ; mais ce mode de procéder, que j’ai mis en pratique i une petite échelle il est vrai, a été l’objet de mes réflexions, les heureux résultats que j’en ai obtenus m’ont engagée à les reoduiro ici. Ce système ne m’appartient pas à moi seule sans doute, ùs il est peu répandu, du moins dans le pays que j’habite, et je as bien faire en le communiquant à mes lectrices, b exploitation des bois entraîne avec elle une foule de conséquen- 1 ^-importantes auxquelles on ne s’arrête peut-être pas assez, et mériteraient bien de fixer davantage l’attention des économistes.