POIREAU
La consommation du poireau est presejue aussi étendue rjue celle de l’oignon; dans les environs des grandes villes c’est une culture très- avantageuse. Un carré de poireau est indispensable dans le jardin potager d’une famille habitant la campagne, quelle que soit sa condition, parce que le poireau est un des assaisonnements nécessaires du pot-au-feu. 11 possède en outre l’avantage de ne pas geler, de sorte qu’on peut le laisser en place tout 1 hiver et 1 anacher seulement à mesure des besoins. C’est donc, a tous égards, 1 un des produits du potager les plus dignes de la surveillance de la maîtresse de maison.
Le poireau se sème en pépinière, assez clair, pour que le plant prenne un prompt accroissement; du reste, il n’est pas difficile quant à la qualité du sol ; il craint seulement le fumier frais, de même que l’oignon, et végète avec vigueur quand on lui donne une certaine quantité de terreau. On connaît dans nos potagers deux espèces de poireau, l’une grosse et courte, l’autre mince et allongée ; la seconde est la plus cultivée ; la première se sème plus clair que la seconde. Nous avons dit que le semis de poireau peut trèsbien se faire en pépinière avec l’oignon ; par cette méthode le poireau, ayant beaucoup d’espace, prend plus de force que quand on le sème isolément.
Le plant de poireau demande à être arraché avec soin pour être repiqué; on retranche l’extrémité des feuilles et celle du chevelu des racines ; on a soin, au moment de la mise en place, de veiller à ce que les extrémités des racines ne soient pas repliées sur ellesmêmes, ce qui nuit beaucoup à la reprise. Pour éviter cet inconvénient, il vaut mieux le planter en jauge. Voici alors comment on opère : on fait un petit fossé dans un terrain bien préparé ; cette fosse doit avoir au moins 15 à 20 centimètres de profondeur; on y place les poireaux , et on les recouvre avec la terre extraite de la jauge ouverte à côté pour en mettre d’autres. On les affermit dans la terre avec le pied. Si on les plante au plantoir, il faut faire les trous très-profonds, afin que le poireau ait beaucoup de blanc. Dans le Limousin, on les couche dans la terre et on les coude pour faire sortir les feuilles ; ils se trouvent courbés lorsqu’on les arrache.
Dans les terrains très-fertiles , comme ceux des marais des envi-
rons de Paris, on peut repiquer le poireau très-petit et à 5 ou 6 centimètres en tous sens; dans une terre ordinaire de jardin, il faut l’espacer de 8 à 4 0 centimètres en tous sens et le planter assez fort pour qu’il puisse acquérir une bonne grosseur.
Une ou deux mouillures sont utiles à la reprise du plant de poireau en cas de sécheresse ; mais, pour peu que le terrain soit frais, il reprend bien sans cela et n’a plus besoin que d’un ou deux binages pour tenir le terrain propre et l’empêcher de se durcir à la surface.
La variété grosse et courte, moins avantageuse pour la vente que le poireau long, est préférable dans les jardins bourgeois; elle fournit plus, exige moins de main-d’œuvre et croît partout. Les poireaux laissés en terre pendant l’hiver et réservés pour la consommation du printemps ont une grande disposition à monter en graine ; on retarde leur végétation en les arrachant pour les mettre en jauge, tout près les uns des autres, dans un lieu sec, à l’abri de la pluie et du hâle de mars. Ils atteignent ainsi facilement l’époque de la récolte des premiers poireaux de l’année. On peut même les conserver en les arrachant au moment où ils vont monter, et en les mettant en petites bottes qu’on suspend au plafond ou qu’on laisse sur le sol.
il. POIS.
Un bon choix de variétés de pois, les unes hâtives, les autres tardives, peut prolonger pendant tout l’été et même une partie de l’automne les récoltes successives de cet excellent légume; ce soin regarde la maîtresse de maison. Elle fera semer d’abord des pois Prince Albert ou des pois Michaux de Hollande ; les premiers donnent une récolte moins abondante que les seconds.
Pour le milieu de la saison, la préférence nous paraît due au pois ridé de Knight, toujours tendre quoique très-gros, et résistant mieux que tout autre à la sécheresse ; il demande des rames d’une trèsgrande dimension et on doit le semer très-épais ; il convient très-bien pour les semis du milieu de l’été ; on le récolte alors à l’automne.
Les pois nains de Hollande à bouquet sont aussi une excellente espèce, très-productive et très-facile à cueillir, les gousses étant toutes placées au sommet de la tige.
Les mange-tout, dont la cosse est sans parchemin, sont une res-
source précieuse pour un ménagé nombreux, la mcillcuie \aiictc
est le pois sous parche de Bretagne.
Pour la fin de la saison, le pois de Clamart et celui de Marly, l'un et l’autre à rames et à longues cosses, sont un peu tardifs, car, quand on les sème après la première quinzaine de juillet, on a bien, à la vérité, des fleurs, mais point de graines, à moins que l’automne soit favorable. La fécondation de la fleur des pois s’opère très-lentement et seulement sous l’influence des longs jours; elle ne peut avoir lieu la nuit. Quand le pois fleurit trop tard, le plus giand nombre des fleurs avorte et tombe sans donner de cosse, ou bien le peu de cosses qui se forment sont à peu près vides ; c’est donc perdre son terrain que de l’ensemencer trop tard en pois qui, tout en végétant parfaitement, ne donneront aucun produit.
Le pois se plaît surtout dans les terres légères, même peu fertiles, pourvu qu’elles n aient pas servi à la meme culture depuis trois ou quatre ans au moins. Il craint le fumier frais, en ce sens que, semé sur de l’engrais trop récent, il s’emporte en longues tiges avec de larges feuilles et donne moins de fleurs; mais les gousses sont plus longues, ce qui revient à peu près au même. Si le sol est très-fertile, on peut le semer sur une fumure de l’année précédente ; il s’élève moins haut et porte de nombreuses gousses. La cendre de bois, ou même la charrèe , formée de cendres qui ont servi à faire la lessive, favorise singulièrement la végétation des pois, surtout dans les terres un peu froides et compactes; on répand la cendre en même temps que la semence.
On sème les pois en rayons espacés de 20 à 30 centimètres, et ouverts avec une binette plate qu’on tient un peu penchée, afin de donner plus de profondeur à l’un des côtés du rayon, qui forme alors un ados au bas duquel on place la semence, qui se trouve ainsi abritée lorsqu’elle lève. On recouvre le premier rayon avec la terre du second, et ainsi de suite. Lorsque les pois ont besoin d’être binés et chaussés, on rabat l’ados sur les lignes; il sert ainsi à chausser le pied des plantes après leur avoir servi d’abri pendant leur premier âge.
On peut aussi semer les pois en touffes à 60 ou 70 centimètres de distance. Chaque touffe, après avoir été chaussée, reçoit une longue rame, ou même deux. Les pois ainsi espacés montent moins, ont plus d’air, fructifient davantage et sont moins difficiles
a récolter. On regagne largement le terrain perdu, qu'on peut d’ailleurs employer, tant que les pois ne* sont pas bons à cueillir, à la culture de quelques, plantes hâtives, telles que salades, radis, etc.
Les premiers pois semés vers la fin de novembre, afin d’obtenir les primeurs du printemps, gèlent quelquefois pendant l’hiver sous le climat de Paris; mais au printemps ils repoussent du collet de la racine et devancent ordinairement de quelques jours ceux dont le semis n’a eu lieu qu’en février.
Ces pois précoces, dont on désire hâter la végétation autant que possible, doivent être pincés pour accélérer leur fructification. On appelle pincer couper la sommité de la tige avec les fleurs qui s’y trouvent et retrancher en même temps la vrille de la première feuille qui se trouve au-dessous. On sacrifie ainsi une portion de la récolte ; mais on est amplement dédommagé par l’avantage de commencer la cueillette huit ou dix jours plus tôt ; d’ailleurs les gousses, qui restent, et qui sont ordinairement au nombre de quatre, se remplissent mieux.
Un autre moyen très-efficace de faire fleurir plus vite les pois précoces consiste à coucher les tiges à plat sur le sol sans les froisser, en posant sur les plantes renversées des lattes ou des bois de treillage. Dès le lendemain, les pois ainsi couchés se redressent par le sommet ; cette situation anormale arrête leur croissance et rend plus prompte la formation des grains dans les cosses.
La récolte des pois doit être faite avec précaution : on tient la tige de la main gauche, tandis qu’on détache la cosse de la main droite. Les pois ridés, ou de Knight, sont tellement tendres, quand ils végètent vigoureusement, qu’il est préférable de les cueillir avec des ciseaux. A Paris, les femmes chargées de ce travail ont soin de laisser croître l’ongle du pouce de la main droite, qui leur sert, au moment de la récolte, à couper les pédoncules des pois, des fèves, des haricots et des fraises.
Les pois, autres que ceux de primeur, ont besoin d’être ramés et ne demandent pas à être pincés; la pose des rames se fait après qu’ils ont été chaussés.
Les pois de toute espèce, que l'on garde pour semence, se conservent mieux dans leurs cosses sèches qu’après avoir été écossés; cependant il n’est pas rigoureusement nécessaire de les garder en
cosse. La semence reste fronde pendant trois ou quatre ans. Les plus nouvelles donnent des plantes plus vigoureuses.
On ne doit point garder pour graine les pois qui restent après la cueillette ; il faut réserver dans ce but une planche à laquelle on ne touche pas ; car ceux qui restent les derniers sont ordinairement de qualité inférieure.
Nous insistons sur la nécessité de ne pas ressemer les pois à la même place dans le jardin avant un intervalle de trois ou quatre ans. Nous ajouterons qu’il ne faut pas rejeter comme mauvais pour semence les pois percés par les vers ; ordinairement, le germe n’étant pas attaqué, ils lèvent tout aussi bien que les autres.
On doit faire des semis successifs de pois à vingt-cinq ou trente jours d’intervalle les uns des autres, afin d’être toujours bien pourvu
de cet agréable légume.
Si on garde dans le même jardin plusieurs variétés de pois destinés à fournir de la graine, il faut éviter, autant que possible, que leur floraison ait lieu en même temps ; autrement ils s’hybrident, et les variétés perdent leurs caractères propres ; si l’on tient à les conserver pures, il ne faut pas perdre de vue l’importance de cette
observation.
Pois chiche ou pois pointu. — Ce pois ne se rame point ; il ne supporte guère le climat de Paris et ne réussit bien que dans nos départements méridionaux, où il est fort estimé; son principal mérite est de résister parfaitement à la sécheresse ; c’est d’ailleurs un aliment un peu lourd, mais sain, dont la culture mériterait d’être propagée dans tous les départements au sud de la Loire, où elle réussirait à l’exposition du midi. Ce serait un produit fort utile à obtenir de terrains bien exposés, mais trop arides pour admettre la culture de tout autre légume.
Sa culture est la même que celle des autres pois. 11 ne faut pas le semer avant les premiers jours de mai, car le moindre froid le fait périr. La plante est naine et très-productive; elle n’a pas besoin d’être ramée. La peau du pois chiche est souvent très-dure, ce qui en rend la cuisson difficile; on l’attendrit en mêlant à l’eau qui sert à le faire cuire un peu de cendre, ou mieux une pincée de souscarbonate de potasse.