HARICOTS
La terre ne se fatigue pas de porter ce légume comme les différentes especes de pois; on peut cultiver des haricots plusieurs années de suite à la même place sans remarquer une diminution sensible dans leur produit. Le haricot se plaît dans une terre récemment fumée avec de l’engrais à demi consommé, qu’il paye avec usure par une abondante production.
Les espèces et variétés de haricots sont très-nombreuses ; il est fort important de vérifier par l’observation celles qui conviennent le mieux à chaque nature de sol et de climat, et d’adopter celles qui paraissent s’arranger le mieux des circonstances locales.
En général, les haricots blancs préfèrent les terres légères, quoique substantielles, aux sols trop compactes où l’argile domine; les haricots do couleur réussissent mieux dans les terres fortes, moyennant de fréquents binages. Le sol du Soissonnais, qui produit les meilleurs haricots blancs de toute la France, est une bonne terre à blé, douce, quoique très-substantielle.
Les haricots se sèment en lignes ou en augets. Le premier mode est préférable au second dans les pays sujets à des pluies fréquentes. On donne aux lignes une direction parallèle à celle du vent dominant; il s’établit ainsi entre les lignes des courants d’air favorables à l’évaporation prompte de tout excès d’humidité , que ce légume redoute beaucoup plus que la sécheresse. Dans les circonstances opposées, on sème par touffes, depuis trois jusqu’à sept grains ensemble. Aux environs de Paris , les jardiniers désignent les différentes variétés de haricots par le nombre de grains qu’ils placent dans le même trou ; ils disent des quatre à la touffe } des six à la touffe.
On dit qu’on sème le haricot en touffe quand on Jes met dans de petites fosses faites avec la binette plate, où on les place en quinconce; il reste entre chacune d’elles un petit ados qui sert à chausser le plant lorsqu’il est assez fort pour supporter cette opération. Les semis en ligne se font également avec des ados, qui servent au même usage; dans les terres fortes, ils conviennent mieux que le semis en touffes.
Les semis en touffes sont utiles dans les terres d’une qualité moyenne ; les haricots semés les uns près des autres s’aident mu-
tuellement à soulever la terre au moment où ils lèvent ; ils se protègent ensuite réciproquement, par leur propre ombrage, contre les effets de la sécheresse, mieux que s’ils étaient semés en lignes. Le choix à faire entre les deux méthodes est subordonné à ces considérations.
Il faut bien se garder de semer les haricots dans une terre trop humide : ils y pourrissent et ne lèvent pas ; on doit choisir, pour semer, le moment où la terre est bien ressuyée, sans être trop sèche. Le haricot se sème ordinairement en place ; il peut néanmoins être semé en pépinière et repiqué en lignes, comme le font les jardiniers de Paris pour les premiers haricots nains précoces. Ils établissent leur pépinière sur un tas de fumier ; quelques centimètres de terreau légèrement humide reçoivent les haricots, qui ne tardent pas à germer. Si la température se refroidit, on les couvre d’un peu de litière, et on ralentit leur végétation en s’abstenant de les arroser jusqu’au moment de les mettre en place, en pleine terre, au pied d’un mur à bonne exposition. Ce procédé fort simple, qu’on peut imiter partout, fait avancer de dix à douze jours l’époque de la première récolte de haricots verts, ce qui n’est pas sans importance.
Il est essentiel, au moment où l’on commence à récolter les haricots verts, de n’en laisser sur le pied aucun de ceux qui sont bons à être cueillis : la plante ne continue à fleurir et à produire qu’ autant qu’on l’empêche de porter graine ; dès cpi’on laisse ses cosses se remplir, elle ne fleurit plus.
Les haricots ont besoin de binages réitérés ; mais il faut s’abstenir d’v loucher lorsque leurs feuilles sont mouillées soit par la pluie, soit par les arrosages : on leur ferait un tort irréparable ; c’est un point important.
Les semis de haricots ne doivent être risqués que quand toute chance de gelée est passée, car nos potagers n’ont pas de plante plus sensible au moindre froid. Les derniers semis, qu’on peut prolonger jusqu’en juillet, ne donnent que des haricots verts. Des abris de paillassons, pendant les premières nuits fraîches, prolongent leur existence en automne jusqu’à l’arrivée des gelées blanches, qui les font disparaître.
Parmi les haricots nains, le flageolet, seul cultivé comme haricot précoce aux environs de Paris, convient pour cette destination dans toute 1 étendue de la France; lorsqu’on veut le manger en grains
1 '2k MAISON RUSTIQUE DES DAMES.
écossés frais, il faut le cueillir à demi formé pour l’avoir à sou plus haut degré de qualité; il joint à ses autres mérites celui d’être très- productif.
Les autres variétés naines les plus recommandables sont, après le flageolet, le gris de Bagnolet, le Sabre nain et le haricot de Chine, aussi bon en vert, quoicpie fort large, qu’en grains frais ou secs.
Parmi les espèces à rames, le premier rang ne peut être refusé au grand haricot blanc de Soissons ; le haricot sabre lui est peu inférieur; l’un et l’autre demandent des rames très-longues.
Le haricot Prédomme ou Prudhomme, dont la cosse étranglée reste verte et tendre après que le grain y est formé, est aussi connu sous le nom de mange-tout. La meilleure variété est celle que les Belges cultivent sous le nom de princesse. Chaque canton a d’ailleurs ses variétés de prédilection, qui varient selon les veines du terrain, et qui se transforment fréquemment au point de n’ètre plus reconnaissables.
Nous mentionnerons encore les gros haricots d’Espagne, à fleurs en grappe, violet ou blanc. La fleur de l’espèce violette est d’un rouge magnifique; elle donne en grande abondance des cosses trèsgrosses et très-tendres, sans filets ni parchemin, qui sont très-convenables pour la cuisine de la basse-cour.
Le haricot, de même que le pois, s’hybride avec la plus grande facilité; on ne doit conserver pour graine dans un jardin qu’une espèce en fleur à la fois. Comme on peut les semer à différentes époques, on ne garde, pour obtenir dos semences, que ceux qui fleurissent isolément. Cependant on peut, en les espaçant de 200 ou 300 mètres, arriver à conserver les espèces sans mélange.