‹ Maison rustique des dames (volume 2)Chapitre 58 sur 304 · CARDONS · texte numérisé non relu

CARDONS

On mange comme légume les côtes blanchies des feuilles de cette précieuse plante ; sa culture occupe assez longtemps le terrain, et demande quelques soins particuliers qui ne s’opposent point à son introduction dans un jardin ordinaire.

Les deux variétés les plus cultivées sont le cardon épineux de Tours elle cardon d’Espagne sans épines. Les tiges du premier sont plus grosses et la plante entière prend plus de développement ; cependant l’absence des épines fait souvent accorder la préférence au cardon d’Espagne, dont la culture est, par cette raison, moins embarrassante.

On sème le cardon en janvier et février, sur couche, souschàssis, pour l’obtenir bon à manger dans le courant de juin ; mais peu de jardins bourgeois possèdent la ressource des châssis et des couches, et, quand elle existe, on la consacre généralement à des cultures plus dignes d’intérêt que celle du cardon. Celui-ci se sème en pleine terre à la fin d’avril ou au commencement de mai ; les semis se font dans des trous de 25 à 30 centimètres de profondeur, espacés entre eux de 1 mètre en tous sens, et disposés en quinconce. Après les avoir remplis de fumier très-consommé, recouvert de quelques centimètres de terreau, on sème trois graines dans chaque trou. Quand ces graines ont levé, on réserve seulement le plant le plus vigoureux et on supprime les deux autres. La culture se continue par des binages profonds et des arrosages fréquents.

Les racines des cardons sont fort du goût des larves du hanneton (turcs ou vers blancs); on les en préserve jusqu’à un certain point en plantant dans les intervalles des rangées de laitues, dont ces vers attaquent de préférence les racines. On peut aussi en con-

server quelque^ pieds de plus jusqu’à ce qu’ils aient pris un certain développement; on les enlève en motte pour remplacer ceux qui ont été détruits.

Les cardons dépassent ordinairement la hauteur de 1 mètre et atteignent souvent celle de '1 mètre 50 centimètres. Lorsqu’on juge leur croissance terminée , il est temps de s’occuper de les faire blanchir. A cet effet, on réunit toutes les feuilles en un faisceau qu’on maintient avec plusieurs liens d’osier; puis on enveloppe ce faisceau d’une couverture de paille longue, également fixée par des attaches d’osier. Le pied des cardons est ensuite butté, pardessus la paille, à la hauteur de 25 à 30 centimètres au moins. On peut ordinairement commencer à en manger en septembre ; ils sont alors très-tendres et délicieux.

C’est à la maîtresse de maison à surveiller cette opération,

I pour quelle soit faite de manière à empêcher les cardons de

i blanchir tous à la fois. Lorsqu’ils ont subi l’étiolement qui les rend

propres à l’usage alimentaire, ils ne peuvent plus se conserver longtemps; ils pourrissent assez rapidement s’ils ne sont consommés; il faut donc s’arranger de manière à ce qu’ils arrivent successivement au degré voulu de blancheur. On peut les arracher lorsqu’on craint de fortes gelées, et les ranger à la cave après les avoir empaillés ; on met la racine dans du sable humide ; ils se conservent et blanchissent très-bien ainsi ; mais alors il faut les faire cuire pendant plusieurs heures, tandis qu’en automne leur cuisson n’exige ; qu’une demi-heure, une heure au plus.

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