‹ Maison rustique des dames (volume 2)Chapitre 68 sur 304 · CHAMPIGNONS · texte numérisé non relu

CHAMPIGNONS

* Quoiqu’il ne soit pas difficile, avec un peu d’attention, de distinguer, parmi les espèces sauvages, dont plusieurs sont fort dan- . gereuses, les champignons comestibles, ce cryptogame mérite néanmoins d’être cultivé lorsqu’on possède un emplacement convenable. Les champignons cultivés ont toujours sur leurs congénères sauvages un avantage important : c’est qu’on peut les cueillir au point de développement où ils ont toutes leurs qualités, tandis que, quand on les ramasse sur une pelouse, l’ardeur de la chasse engage à récolter ceux qui, étant trop avancés, sont devenus indigestes. D’ailleurs, les champignons sauvages ont bien plus de goût que ceux qu’on obtient par la culture.

Le champignon comestible ne se sème point ; on réunit seulement l’ensemble des circonstances favorables à son existence, et il se produit de lui-même avec une rapidité proverbiale. Il arrive assez souvent que le fumier de cheval à moitié sec contracte une sorte de moisissure blanchâtre et filamenteuse; on dit alors 'que ce fumier a pris le blanc. On fait prendre le blanc au fumier en l’enfermant dans une cave exempte d’humidité. Le fumier qui a pris le blanc produit le plus souvent des champignons lorsqu’on le dispose en tas légèrement comprimés, ayant la forme d’un toit à deux versants ; 1 essentiel est qu il n’existe aucun courant d’air et que la lumière ait le moins d’accès possible dans le lieu où l’on se propose d’obtenir des champignons.

Pour la culture artificielle en grand, on utilise autour de Paris les immenses souterrains que présentent les carrières abandonnées. Le fumier de cheval dont on forme les couches à champignons subit < ce ongues manipulations préalables et en produit des quantités qui pouuaient sembler fabuleuses à ceux qui n’auraient pas suivi cette culture. De tels procédés ne sont pas à l’usage d’un ménage vnant à la campagne; mais il est facile d’employer, comme les

champignonniers de Paris, la substance qu’on nomme blanc de champignon, qu’il ne faut pas confondre avec le blanc ordinaire du fumier. Le blanc de champignon peut être produit artificiellement par des procédés très-compliqués; il se forme de lui-même dans les couches à champignons; il est facile de s’en procurer chez les marchands grainetiers de Paris. Cette substance n’est jamais fort cher et supporte aisément le transport. Pour l’employer, on la coupe en morceaux qu’on introduit dans l’épaisseur de la couche, à 1 ou 2 centimètres seulement de la surface. A Paris cette opération s’appelle larder les couches.

En Angleterre, on est dans l’usage de construire, pour la culture des champignons, des bâtiments spéciaux, ordinairement adossés au côté nord d’une. serre à un seul versant; le mur du fond de ces constructions supporte plusieurs étages de dressoirs en maçonnerie légère, sur chacun desquels on établit une couche. Dans beaucoup d’habitations rurales, il existe des bâtiments obscurs et sans emploi qui peuvent être à très-peu de frais appropriés à cet usage.

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