CAROTTES
Ce légume se plaît particulièrement dans les terrains substantiels et légers. Dans les pays qui ne sont point exposés à la sécheresse, comme la Belgique et le nord de la France, la carotte vient en plein champ, presque sans culture, aussi bien que dans les jardins; elle est de si bonne qualité que le peuple, les enfants surtout, la mangent crue avec délices. Pour l’obtenir en culture dérobée, les fermiers la sèment au printemps, à la volée, dans une céréale ; elle y reste inaperçue et ne se développe qu’après la moisson.
Dans nos départements au sud de la Loire, les sécheresses et la nature du sol ne permettent de cultiver en plein champ que la carotte fourragère; la carotte destinée à la cuisine est exclusivement du domaine du jardin potager.
La meilleure espèce jardinière est la carotte toupie de Hollande , perfectionnée de longue main par la culture aux environs de Paris ; elle se prête fort bien à la culture forcée sur couche, très-avantageuse à Paris et près des grandes villes situées au nord de la vallée de la Seine. Nous mentionnerons aussi la carotte blanche à collet
vert , qui, bien qu’appartenant à la grande culture, n'en est pas moins très-bonne, ainsi que la jaune pâle de Hollande. Nous ne nous occuperons ici que de la culture naturelle en pleine terre.
La carotte se sème de bonne heure au printemps, c’est-à-dire au commencement de mars, et même à la fin de février. 11 n’y a pas d'inconvénients à la semer immédiatement sur une fumiire, pourvu que l’engrais employé soit suffisamment consommé; dans le cas contraire, il vaudrait mieux lui donner un carré de jardin fumé l’année précédente. L’état de la terre, au moment où l’on sème la carotte, exige une grande attention, car le succès en dépend. Si l’on sème trop tôt après le labour, la terre éprouve un tassement qui déchausse les jeunes plants et en fait périr un grand nombre ; il ne faut pas non plus que le sol soit trop pénétré d’humidité, ce qui ferait pourrir la graine en grande partie et rendrait les semis trop clairs. On peut semer en ligne ou à la volée ; les semis à la volée sont moins avantageux. Il ne faut pas craindre de semer un peu épais, parce qu’au premier sarclage on détruira beaucoup de jeunes plants; d’ailleurs il est toujours facile d’éclaircir un semis trop épais, ce qui se fait à plusieurs reprises, de manière à utiliser les jeunes carottes, qui sont déjà un excellent légume dès qu’elles ont atteint la grosseur du petit doigt.
Les aspérités dont sont hérissées les graines de carotte s’opposent à l’égalité des semis si l’on ne prend la précaution de les frotter entre les mains avec une poignée de sable ; après cette petite préparation, elles se répandent aussi également que toute autre graine.
Les carottes, dans leur premier âge, sont souvent attaquées par une espèce de petite araignée dont la destruction est difficile ; le meilleur moyen de les en préserver, c’est de hâter leur développement en les arrosant avec de l’eau où l’on aura délayé un peu de colombine, de guano, de crottin de mouton ou d’autre engrais trèsazoté. La carotte ne craint plus rien des attaques des insectes dès qu elle a pris un certain accroissement. Les semis, successivement éclaircis, doivent présenter un intervalle de 15 ou 20 centimètres
ées à prendre toute leur croissance, au sud de la Loire, les hivers sont rarement assez rigoureux pour que la carotte gèle en terre; mais il est
toujours plus prudent de I arracher pour la conserver dans un local
entre les carottes destin»
Dans les départements
à l’abri de la gelée et de l’humidité. Elle se conserve très-bien dans du sable frais. Moins l’air du lieu où on la conserve est renouvelé, moins elle est sujette à éprouver ce mouvement de végétation qui la rend coriace et d’un goût désagréable. Pour éviter à coup sûr cet inconvénient, il suffit, au moment où l’on arrache cette racine, de couper entièrement le collet ; les carottes se trouvent ainsi dans l’impossibilité de pousser ; la plaie sèche très-bien, et elles se conservent jusqu’à l’arrivée des carottes nouvelles.
On ne doit pas manquer de semer en septembre une planche de carottes ; si elles ne sont pas détruites par les insectes, ce qui arrive assez souvent, elles sont bonnes à manger dès les premiers jours de mai, en attendant la récolte des semis de printemps. Dans le cas où ceux-ci n’ont pas bien réussi, on peut. les renouveler jusqu’en juin ; à cette époque, les graines lèvent plus vite qu’au printemps, où la levée demande de vingt à vingt-cinq jours.