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POMMES DE TERRE

Il serait absurde de cultiver dans le jardin potager les grosses espèces de pommes de terre, même celles qu’on destine à la cuisine, et dont la place est en plein champ. Parmi les variétés appartenant à la grande culture, les meilleures pour la table sont les po?nmes de terre belges, nommées cornes de chèvre, langues de bœuf e t yeux bleus. La première, rouge, très-allongée, convient surtout pour accompagner la viande ; la seconde, variété de la jaune de Hollande, est moins productive et plus précoce; la troisième, ronde, violette, d’un bleu foncé autour des germes, est la meilleure et la plus savoureuse des espèces cultivées. Nous les recommandons avec d’autant plus d’instances qu’elles réussissent partout avec du fumier et qu’elles sont peu connues hors du nord de la France.

Les pommes de terre jardinières sont principalement les espèces hâtives, qui, convenablement traitées, peuvent fournir de bonne heure à la consommation d’été et donner on automne une récolte dérobée. La viitelote , variété créée par la culture aux environs de Paris, la Marjolin, qui a la même origine, et la Segonzac, qui nous vient d’Auvergne, peuvent toutes les trois mûrir de très-bonne heure; lorsqu’on les sème au printemps avec une fumure abondante, elles arrivent à maturité avant la fin de juin, et sont nommées improprement pommes de terre de la Saint-Jean , désignation qui

ne s’applique à aucune espèce en particulier. La pomme de tenë plate jaune, à feuilles de frêne, est peut-être la meilleure qu’on puisse cultiver ; de plus elle est très-hâtive.

Le sol qui a porté au printemps une récolte de pois, de fèves précoces ou d’autres légumes hâtifs, peut recevoir, au mois de juillet et jusqu’au commencement d’août, un semis de pomme de terre Marjoün ou Segonzac, qui donne en automne une récolte aussi abondante que si le semis avait eu lieu au printemps. C’est véritablement une récolte dérobée, puisqu’elle succède à un premier produit de printemps. On peut prendre de jeunes pommes de terie en mai et juin sur les pieds d’espèces hâtives plantées en mars, sans pour cela arracher la touffe. On gratte a\ec précaution, soit avec les doigts, soit avec une petite binette a main, autour de la plante, on découvre les jeunes tubercules, on en prend deux ou trois à chaque pied, plus s’ils en sont abondamment fournis; on recouvre avec soin les racines, qui forment d’autres tubercules et ne soufflent que fort peu de cet innocent larcin. La variété jaune plate, à feuilles de frêne, se prête très-bien à ce genre de récolte hâtive ; elle émet ses tubercules à la .surface du sol, ce qui force à la butter un peu lorsqu’ils sont bien formés.

La culture de la pomme de terre est si connue qu’il serait inutile de la décrire ; cependant j’engagerai à la semer dans de petites poltes ou fosses assez profondes, et en quinconce ; on peut y déposer l’engrais et on ne remet pas toute la terre, qui sert à former de petits ados. Lorsque les pommes de terre sont bien levées et assez hautes pour que les feuilles n’en soient point cachées, on rabat les ados, ce qui butte suffisamment la plante.

On doit choisir pour la plantation les pommes de terre communes , c’est-à-dire qu’il ne faut prendre ni les plus petites, ni les plus grosses. Celles qui ont les yeux les plus gros donneront en même temps les plus beaux et les plus nombreux tubercules. Cette remarque n’est pas assez connue. Il y a des pommes de terre qui n’ont pas d’yeux ou dont les yeux sont si petits qu’elles ne poussent pas ou donnent des tiges grosses comme des fils, et, bien qu’elles émettent des racines, elles ne produisent que des tubercules infiniment petits.

La conservation des pommes de terre n’offre point de difficulté, si ce n’est lorsqu il s’agit d’empêcher leur germe de se développer ;

lo moyen le plus simple est de les remuer fréquemment et do changer les tas de place. Lorsqu’on ne tient pas à conserver leurs facultés germinatives, on peut leur faire passer quelques minutes dans un four tiède; elles s’y flétrissent, et les germes sont tués. En les exposant ensuite à l’air frais d’une cave, elles reprennent leur premier état et se gardent mieux que les autres , mais elles sont impropres à la multiplication.

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