LAITUE
La priorité parmi les salades appartient à la laitue; dans beaucoup de départements ces deux mots sont synonymes. L’introduction des laitues en France date du règne de François Ier ; les premières ? graines lurent envoyées d’Italie à Paris par le célèbre Rabelais; depuis cette époque, la culture a produit d’innombrables variétés; la meilleure est la laitue pommée , à feuilles légèrement rousses,
iUU MAISON RUSTIQUE DES DAMES.
répandue dans toute la France ; elle tourne facilement, et no monte pas en graine avec la môme promptitude que beaucoup d’autres variétés.
Les Hollandais ont introduit en Europe, depuis quelques années, sous le nom de laitue de Batavia , une espèce de laitue monstre qui, dans les bons terrains, devient aussi grosse que les plus gros choux d’Alsace ; lorsqu’elle n’atteint pas ce volume elle est de trèsbonne qualité et très-prompte à se former. On la cultive en grand pour la nourriture des porcs, qu’elle contribue à engraisser. Du reste, il en est des laitues comme des choux et de plusieursautres légumes : chaque canton a ses variétés de prédilection. C’est à la maîtresse de maison à faire adopter pour son jardin celle qui convient le mieux aux conditions locales de sol et de climat.
On sème de la laitue à la fin de septembre pour la repiquer à la mi-novembre à l’abri d’un mur, à bonne exposition ; elle passe trèsbien ainsi l’hiver et commence à donner de petites pommes vers la fin de mars ou au commencement d’avril ; elle atteint toute sa perfection à la fin de ce mois. La laitue rouge , la rousse et plusieurs autres variétés, connues sous le nom de laitues d’hiver , conviennent à cette culture. On peut aussi semer en ligne, au commencement de novembre, une petite laitue qui ne pomme pas, et qu’on appelle laitue à couper, à feuilles de chêne ; elle supporte les rigueurs de l’hiver, à moins qu’il ne soit très-rigoureux ; elle est bonne à cueillir vers la fin de mars. On en obtient plusieurs récoltes avant qu’elle monte. On peut aussi la semer au commencement de mars, et même plus tard. Ce n’est pas une salade très-délicate, mais elle est trèsabondante, et surtout très-commode, en ce qu’elle est toujours prête.
Les laitues de toute espèce se sèment en pépinière, et se replantent en lignes à des distances variables, selon le volume de la variété. Aux environs de Paris, on ne la sème point à part; on mêle seulement quelques graines de laitue à la graine d’oignon ; on se procure ainsi du plant en quantité suffisante.
La laitue crêpe ou gotte , l’une des plus médiocres quant à la qualité, est cependant l’une des plus cultivées; elle jouit de la propriété, que possèdent plus ou moins toutes les laitues, de végéter sans le secours de l’air. Celles que l’on cultive sur couches et sous cloches se forment absolument à l’étouffée; en les repiquant dans une situation abritée, sur une simple couche tiède recouverte de
terreau, elles fournissent, moyennant l’abri d’une cloche, de petites pommes dont la précocité fait presque le seul mérite.
Il en est de même des laitues dites de la Passion , parce qu’elles pomment au commencement d’avril, époque qui coïncide quelquefois avec la semaine sainte.
Les laitues prospèrent dans toute bonne terre de jardin ; il leur faut beaucoup d’eau en été et beaucoup de fumier en toute saison. Elles ont pour ennemis les turcs ou vers blancs (larves du hanneton), qui préfèrent sa racine à celle de toute autre plante potagère. On sacrifie souvent des rangées de laitues pour préserver d’autres végétaux de leurs atteintes. Dès qu’une laitue se flétrit dans une terre fraîche, on peut être sûr, en l'arrachant, de trouver plusieurs vers blancs à sa racine.
On sème encore très-serré^, de bonne heure, au printemps, de la graine de laitue à bonne exposition : le plant qui en provient ne se repique pas; il se coupe dès que ses feuilles ont atteint 4 à 5 centimètres de longueur, et forme en cet état une excellente salade , qui ne vaut cependant pas celle que fournit la laitue à couper.
Laitue romaine. — La romaine semée au printemps se traite exactement comme les autres espèces; il en existe un très-grand nombre de variétés, parmi lesquelles le choix est à peu près arbitraire. Les variétés à feuilles vertes se recommandent par une saveur plus prononcée ; mais elles ne pomment pas naturellement : il faut les lier pour obtenir ce résultat. Les variétés blondes sont plus tendres et plus disposées à se coiffer d’elles-mêmes. On sait que, pour que les feuilles intérieures de la romaine blanchissent en s’étiolant, il faut que les feuilles extérieures se soient repliées l’une sur l’autre, de manière à former une sorte de chaperon. Dans beaucoup de variétés cet effet ne peut être obtenu qu’au moyen d’une ou de deux ligatures qui rapprochent les feuilles de la plante et la contraignent à se fermer. Quelques variétés ont une telle disposition à monter en graine qu il est très-difficile de les décider à pommer; on ne peut combattre cette tendance qu’en les plantant dans un terrain frais, naturellement fertile, abondamment fumé, et arrosé plusieurs fois par jour pendant les sécheresses; car c’est surtout le défaut d’une humidité suffisante qui détermine chez les romaines cette disposition à monter en graine sans former leur pomme.
On sème aussi la romaine en septembre pour la repiquer à la fin
de novembre, abonne exposition; elle donne en même temps que la laitue ordinaire; la seule variété convenable dans ce cas est la romaine verte, qui ne pomme pas seule ; il faut donc la lier. La romaine d’hiver est excellente, tendre et succulente.