CITROUILLE
La culture de ce fruit {ftg. 62) offre quelque analogie aveccellc du melon ; seulement la citrouille et toutes ses variétés sont beaucoup plus
rustiques. La citrouille est du nombre des plantes qui , loin de redouter l’engrais en fermentation, peuvent impunément implanter leurs racines dans du fumier qui se trouve dans cette condition . A Paris il arrive souvent aux maraîchers de jeter quelques poignées de terreau sur le dessus d’un tas de fumier dont ils n’ont pas immédiatement besoin, et les citrouilles , livrées à elles-mêmes et recevant simplement de loin en loin quelques arrosages, deviennent monstrueuses. La méthode ordinaire de cultiver cette plante, sous le climat de Paris, consiste à semer la graine sur couche tiède, sous cloche ou sous châssis, vers la fin de mars, et quelquefois plus tôt, selon 1 état de la température. Le plant se lève en mottes et se met en place en bon terrain largement fumé, dans des fosses circulaires de 40 à -50 centimètres de diamètre sur 30 centimètres de profondeur, et remplies de bon fumier.
Au moment de la transplantation , il n’est pas possible d’abriter le plant sous des cloches : on n’en aurait pas d’assez grandes , en raison du développement des feuilles. On plante en terre deux ou trois baguettes liées par le sommet, et l’on, étend au-dessus quelques vieux morceaux de paillassons disposés de manière à préserver les plants de faction desséchante des rayons solaires. Lorsque ce plant est bien enraciné, au bout de quatre ou cinq jours, cet abri n’est plus nécessaire; il ne faut alors aux citrouilles que des arrosages très-abondants matin et soir. A Paris on donne à chaque pied deux arrosoirs de douze à quinze litres chacun , le matin et le soir. La plante, avant d’achever la maturité de son fruit, absorbe de cette manière d’énormes quantités d’eau, sans lesquelles elle n’atteindrait pas les dimensions colossales que la culture parvient à lui donner. Il s’en faut, d’ailleurs, que les plus grosses citrouilles soient les meilleures.
Lorsqu’on lient à avoir les plus grosses citrouilles possibles, on ne laisse porter à chaque plante qu’un seul fruit ; elle est alors formée d un seul rameau qu’on arrête au-dessus du fruit noué. Le plus souvent on taille la pousse primitive pour la forcer à se ramifier, et on lui laisse porter deux ou plusieurs fruits.
Parmi les innombrables variétés de citrouilles cultivées, la meilleure, pour les départements situés au nord de la Loire, se nomme boule de Siam. Elle est aujourd’hui la seule cultivée aux environs do 1 aris , à 1 exclusion de la variété à gros fruit cylindrique, qui a
l’inconvénient d’offrir trop de vide à l’intérieur et de contracter trop facilement un goût de moisi.
On peut très-bien cultiver les citrouilles sans le secours des cloches et surtout sans les soumettre à la transplantation, opération qui les fait beaucoup souffrir, en les semant en place dans les premiers jours de mai. On forme avec de bonne terre un monticule de 1 mètre 50 centimètres environ de diamètre sur 50 centimètres de hauteur; on réserve au milieu du sommet un vide pouvant contenir une bonne brouettée de fumier à moitié consommé. On le recouvre de 10 centimètres de terreau, et on y place deux graines. Lorsqu’elles sont levées et ont développé deux ou trois feuilles, on supprime le plant le moins beau et on pince l’autre ( voir ce que nous avons dit du pincement des melons). Bientôt la plante se développe vigoureusement, fleurit et noue ses fruits avec rapidité ; on arrête les tiges lorsque les fruits sont gros comme les deux poings ; si on le faisait plus tôt ils pourraient être noyés par la sève et périr.
On peut aussi se borner à faire une fosse circulaire de 1 mètre 20 ou 30 centimètres de diamètre sur 15 ou 20 centimètres de profondeur et y amonceler du fumier à moitié consommé qu’on recouvre de 10 centimètres de terreau, dans lequel on sème deux graines.
On doit cultiver les citrouilles dans un endroit où on puisse leur abandonner un grand espace de terrain, qu’elles couvrent de leur luxuriant feuillage, et où les tiges courant sur la terre émettent des racines à chaque nœud. Il est donc nécessaire de bien nettoyer le terrain au moment où l’on voit que les tiges des citrouilles commencent à s’allonger.
La citrouille aime l’eau; cependant, à moins d’une grande sécheresse, elle peut s’en passer. On les conserve dans un lieu sec et à l’abri de la gelée.
Toutes les courges, dont le nombre est pour ainsi dire illimité, parce qu’elles sont plus sujettes que toute autre plante à se transformer par l’effet de croisements accidentels, entrent dans la classe des citrouilles et doivent être traitées de la même manière. Dans le Midi , il ne faut pas d’autre cérémonie que do pratiquer dans une terre fraîche un trou qu’on remplit de fumier, et d’y jeter deux ou trois graines pour no laisser subsister qu’un plant lorsque les graines ont levé. Quelques arrosages pendant la sécheresso suffisent à ces plantes, qu’on peut, du reste, abandonner à elles-mêmes.
Parmi les variétés les plus recommandables , mais qui ne supportent pas la température du climat de la France centrale, les meilleures sont: la courge messinaise et la courge muscade, Tune et l’autre à chair rouge et en forme de poire , n’ayant point de vide intérieur; elles sont plus faciles que toutes les. autres à conserver pour la provision d’hiver.
Giraumont. — On désigne aussi cette sorte de courge sous le nom de turban ou bonnet turc, à cause de sa forme, qui représente plutôt un bourrelet d’enfant ; c’est une des meilleures espèces de courges comestibles, mais aussi l’une des plus sensibles au froid ; il faut la semer un peu plus tard et la préserver des vents froids et de la fraîcheur des nuits avec plus de soin que les autres variétés. Elle est très-sujette à dégénérer, surtout lorsqu’elle croît dans le voisinage de ses autres congénères ; pour la conserver pure , il faut la cultiver à part. C’est la meilleure variété pour la table.
Les courges coloquintes, courges cougourdes ou de pèlerin, courges massues, et plusieurs autres, de formes bizarres, ont la pulpe plus ou moins amère et ne sont point comestibles ; il est bon cependant d’en avoir quelques-unes, dont on aura soin de vider les fruits pour les faire servir de boîtes à conserver les graines ; ce genre de boîte est préférable à tout autre , parce que sa dureté et son amertume le préservent de la dent des rats et des attaques des insectes. Quelques coloquintes sont cultivées comme plantes d’ornement , à cause de la beauté de leurs fruits. On les fait monter sur de trèshautes rames. Depuis nos guerres d’Afrique, il se fait, dans les villes du littoral, un commerce très-considérable de courges cougourdes, que les soldats achètent pour en faire des bouteilles portatives. On doit mettre un grand intervalle entre la place où l’on cultive ces coloquintes et celle qu’on consacre à la culture des citrouilles et des melons, qu’elles détérioreraient d’une manière fâcheuse.