CHAPITRE V
TOILETTE DE LA MAITRESSE DE MAISON
Conseils sur la toilette.
La toilette , qui est la principale occupation de la plupart des ! femmes dans les villes, a son imjiortance même aux champs ;
I mais elle ne doit absoi'ber que bien peu des précieux instants d’une ménagère agricole, dont la mise doit toujours réunir la simfplicité et le bon goût qui distinguent, en tous lieux, une femme Ibien élevée; ce c[ui n’exclut pas les belles et bonnes choses.
Une maîtresse de maison, à la campagne, s’habillera pour toute la journée aussitôt qu’elle aura terminé le petit service intérieui- de sa chambre pour elle et pour ses enfants , et qu’elle ' aura fait sa visite du matin à la ferme et à la cuisine. A’ ers le I milieu du jour, elle remettra un peu d’ordre dans sa coiffure et dans sa toilette.
Je lui conseille de ne pas suivre servilement les fantaisies de lia mode, et de choisir, pour ses vêtements, la forme la jilus simple , afin de ne jamais être ridicule ; et , pour cela , elle re- I poussera toujours les modes exagérées , qui sont éphémères et de mauvais goiit.
Si une femme est riche, je l’engage à acheter de ces étoffes ■ toujours belles , qui peuvent être employées dans presque tous I les temps , sans rien perdre , pour ainsi dire , de leur valeur, I plutôt que ces charmants objets qui n’ont plus de prix dès qu'ils ont perdu leur premier lustre. Si elle n’est pas riche , elle fei-a I toujours sagement de n’employer que des étoffes de bonne qua- 1 lité, mais moins coûteuses. Les colifichets ne doivent jamais jia- 1 raître dans la toilette d’une femme qui vit à la campagne.
Si j’engage les femmes qui aiment la toilette à modérer ce penchant, j’exhorte celles qui se négligent à faire tous leurs efforts pour conserver toujours une bonne tenue. La plus excpiise propreté doit régner dans tous ses ajustements comme sur sa personne. Sa chevelure doit être pai faitement en ordre , sa taille soutenue par un corset bien fait, mais non étroit comme le sont ceux dont quelques femmes ont le ridicule de s’affubler, ce qui
TENUE DU MENAGE
délruit la grâce et la souplesse de la taille, gène les mouvements et altère souvent la santé , sans rai)i)rocher la femme de ces modèles qui sont le type de la beauté.
La chaussure, quoique simple et même un peu grossière à la campagne, doit toujours être en bon état. Les pantoufles, lors même qu’elles sont élégantes, ne doivent jamais paraître que le matin ; quelques femmes ont l’habitude de porter des souliers à demi usés en pantoulles; je ne saurais trop mettre mes lectrices en garde contre cette économie repoussante.
Une femme bien élevée cherchera toujours à prévenir en sa faveur, même au premier aspect, par sa bonne tenue, sa propreté, le bon goût et le bon ordre de ses ajustements. A tous les âges, dans toutes les conditions de sa vie, sa tenue doit lui permettre de se présenter devant des étrangers, sans avoir à rougir de sa négligence. Y a-t-il rien de plus ridicule qu’une femme obligée de s’enfuir lorsqu’elle voit arriver un visiteur? Elle aurait tort de croire que son désordre est moins désagréable â son mari qu’aux étrangers ; si elle veut conserver son affection, elle doit se préoccuper constamment de lui plaire et faire en sorte qu’il n’ait jamais à rougir d’elle.
Les dimanches et les jours de fête on peut mettre un costume plus élégant que celui des jours de travail ; cependant je ne puis assez engager â conserver constamment même pour les jours ordinaires, une tenue soignée, mais simple, qui est le type du bon goût.
Costume d’hiver.
Bobes et jupons. — Pendant l’hiver, une robe d’étoffe de laine, qu’on puisse brosser et même laver, unie ou à carreaux , est ce (pdil y a de plus convenable pour une campagnarde. Le mérinos n’est pas assez solide ; une robe d’étoffe de laine croisée , bien faite , d’une jolie couleur, est toujours préférable à une robe de soie fanée. Le jupon de dessous sera d’une étoffe de laine noire ou de couleur qu’on puisse brosser et laver. Il est indispensable d’avoir j)our l'hiver une robe de chambre bien chaude et qui puisse se laver.
Tabliers. — Un tablier en soie, en fdoselle ou en étoffe de laine noire ou de couleur foncée, garni de poches, est indispensable pour préserver la robe pendant les occupations du ménage ; on peut mettre par-dessus un tablier de cotonnade qu on quitte lorsque l’ouvrago est terminé.
TOILETTE DE LA MAITRESSE DE MAISON
Cols. — Un col bien blanc, empc.sé ou brodé simplement, cccompagné d’une cravate noire, est seul convenable pour Thivcr; Il doit être en toile ou en percale (la mousseline a l’inconvénient ae se cbiffonner très-vite) ; des manches pareilles au col contiennent fort bien.
Bonnets. — Si notre ménagère a l’babitude de poider un bonnet. Il sera de meilleur godt en mousseline ou en jaconas , et garni ITune mousseline claire bordée d’une petite dentelle, que s’il est en tulle garni de tulle de coton brodé, et même orné de rubans, ij’est une mesquine élégance qui ne convient pas à la vie des hhamps, et qui, en définitive, est jilus coûteuse que le bonnet I le meilleur goût que j’indique.
Chapeaux, capuchons. — Lorsqu’elle a besoin de sortir pour s'aquer <à ses affaires, elle doit éti’e coiffée d’un chapeau noir ■couvrant bien les oreilles, tout uni, et d’une étoffe qui ne puisse '•être gâtée par un peu de jiluie; on ])eut les remplacer ])ar un æapuclion en soie ou en mérinos noii-. Dans les tenqis très-froids, on place le manteau sur le gi’and bavolet du capuchon et on se .■garantit ainsi du contact de l’air.
Jias. — Les bas seront de laine noire ou de coton blanc de bbonne qualité ; le blanchissage des bas blancs est facile et i>eu coûteux. Les bas de coton de couleur, quand ils commencent à 'vieillir, ne sont pas beaucoup moins salissants que les bas blancs, eet ils conviennent peu à une femme. Quand les jiieds des bas ssont usés, au lieu d’y faire des semelles et des talons remmaillés, cce qui est toujoiu-s fort laid , on fait remplacer le pied tout enttier, s’il existe dans le voisinage des métiers à bas; dans le cas ■-■contraire, on remonte bipartie supérieure du bas sur <les chaus- >settes destinées à cet usage et qui ne coûtent que la moitié du pprix des bas ou on les remonte en les tricotant à la main.
Guêtres. — Les guêtres en di-ap, dont le sous-jiied ne dépasse ppas la portion do la plante du jiied (pii ne porte pas sur le sol, sont un excellent moyen de in éserver les bas, de tenir les ])ied.s chauds et de maintenir le soulier. Ces guêtres ont une patte hou- ■ tonnée sur le cou-do-ided ; elles sont faciles à mettre et à (êter -•et ont bonne façon. On en fait en cuir léger; elles sont plus sollides que les guêtres de drap et ])lus convenables pour les mauivais temps. Celles en di'ap sont faciles à faii’e d’après un bon modèle, elles peuvent être faites par la ménagère, ou par une (ouvrière de campagne.
Chaussures. — Les souliers doivent être en peau de cheval
TE>:UE DU MEXAGE
couverts et lacés, A fortes semelles , et un peu contournés comme les souliers d’homme. Le pied est plus d’aplomb et plus à l’aise dans les souliers de cette forme; c’est une erreur de croire qu’ils font plus de mal au pied que les souliers minces que portent ordinairement les femmes; c’est le contraire : lorsqu’ils ne serrent pas trop le pied, ils le déforment moins, le protègent mieux contre les cailloux et les inégalités du terrain, et résistent davantage à la fatigue. Enfin , une chaussure ) n peu forte est la seule qui puisse convenir en hiver, car une femme ainsi chaussée peut marcher dans une cour de ferme ou dans des chemins boueux sans craindre l’humidité ou le froid aux i>ieds. Si cette chaussure est bien faite , elle n’a pas mauvaise grâce. Ces souliers peuvent être faits en cuir verni de voiture, imperméable à l’eau; il suffit de les laver pour rendre au vernis tout son brillant. Des bottines en cuir ou en drap, bien claquées, peuvent remplacer le soulier et la guêtre; mais cette chaussure est beaucoup plus coûteuse que les guêtres.
Lorsque le sol est boueux, il faut porter des sabots légers, qu’on puisse mettre par-dessus les souliers; cette chau.ssure est indispensable à la campagne. Lorsqu’une femme est chaussée de souliers solides, ses sabots peuvent être jilus découverts et par conséquent moins lourds; quel([ues gouttes d’eau ou un peu de boue passent quelquefois par-dessus le bord des sabots, mais il n’en résulte qu’une très-légère incommodité ; tandis qu’avec des souliers minces ou des chaussons le pied est mouillé à l’instant.
Lorsque le sol n’est pas caillouteux, on peut remplacer, par moments, les sabots par les souliers en caoutchouc, qui préservent parfaitement les })ieds de l’humidité; mais les sabots les protègent mieux contre tout refroidissement.
Pour que les souliers en caoutchouc ne soient pas raiiidement usés, il faut que la chaussure cpi’ils sont destinés à préserver ne soit ni dure ni très-épaisse et n’ait pas de clous ni de talons. Sans c[Uoi , quand il se rencontre des cailloux ou des pierres sur le sol, le caoutchouc, se trouvant serré entre deux corps durs, est ]U’om])tement usé ou endommagé. La chaussure la plus convenable, lorsqu’on veut faire usage de souliers en caoutchouc, est celle connue sous le nom de fcuti’ex , qui j)euvent être en forme de bottines.
Qants. — Une femme qui habite la campagne ne doit jamais oublier d’avoir des gants dans sa poche, et do les mettie des (ju’elle soi't de la maison; car, s’il n’est pas possible quelle ait
TOILETTE DE LA MAITRESSE DE MAISON
D'ill
or.
lit
tk
¥!S niains aussi blanclies que celles des femmes qui vivent dans i!ur boudoir, au moins doit-elle leur conserver cette aiqrarence , uui annonce toujours une femme bien élevée. Je l’engage à mélager ses mains, sans affectation, et à éviter ce qui peut les iiftter inutilement; une jolie main, ou, au moins, une main soiiinée est un charmant ornement pour une femme. Les gants de ,jj. esau de daim ou en drap sont préférables aux autres gants, le rrix en est ])lus élevé, mais ils ne se déchirent pas. Dans sa aaison , une femme peut porter des mitaines , elles laissent aux laains une gi'ande liberté de mouvement.
Manteau. — Un manteau de couleur solide, en drap ou tarlan croisé, bien doublé, est indispensable; il doit avoir un cattuchon qu’on puisse rabattre sur la tête , des manches et être «ssez court pour ne pas entraver la marche. Un manteau avec apuchon d’étoffe légère imperméable, appelé Water-'proaf par cuite do l’usage anglais, est un vêtement ;\ ])eu près indispenfable. On va souvent en voiture découverte à la campagne, nême dans la mauvaise saison , et on est souvent surpiàs par la pluie; dans ce cas, rien n’est préférable au caoutchouc.
Casw/ues. — L’usage des casaques semble avoir été inventé •lour les femmes qui habitent la campagne ; une fermière doit rm avoir plusieurs, plus ou moins chaudes, suivant la saison, ■l’est un des vêtements les i)lus commodes et les plus confortables qu’on ait imaginés pour les femmes t[ue leui's occupations »bbligent à déployer beaucoup d’activité. Un collet peut la remblacer, mais il est moins convenable.
Costume d’été.
.'Bl
ta
et
If
Robes. — Dans celte saison, une fermière portera des robes à I fond blanc et d’une teinture solide. Pendant l’automne, elle mettra des robes d’une couleur plus foncée. La soie ou les étoffes qu’on ne lave pas facilement ne conviennent nullement [ pour les jours de travail ; elles seraient bien vite tachées et ihors de service.
Bas, souliers et guêtres. — Les bas seront blancs; les soulliers, de la même forme que les souliers d’hiver, seront en cuir ■verni ou en peau non cirée, d’une couleur jaunâtre naturelle (ce iqu’on appelle veau retourné) ; celte peau est souple , solide , et Ida poussière y paraît peu. Le castor noir convient aussi; les souliers cirés salissent les robes claires et les bas blancs. Des bol-
TENUE DU MÉNAGE
tilles plus légères que celles d’hiver conviennent très-bien. La semelle des souliers d’été doit être moins forte que celle des souliers d’hiver ; mais les chaussures légères et en étoffe ne conviennent point aux champs. On fera bien d’ajouter aux souliers des guêtres en toile grise ou en étoffe légère , pour empêcher la poussière de pénétrer dans la chaussure.
Coiffure. — La coiffure d’été est une chose assez difficile à trouver, car il faut qu’elle réunisse les conditions suivantes : mettre le visage et les épaules parfaitement à l’abri du soleil et de ces pluies qui surprennent si souvent à la campagne -, ne pas échauffer ; ne pas voler à tous les vents , ce qui est insupportable ; être assez solide pour ne pas nécessiter des ménagements ennuyeux ; enfin , coûter bon marché. On a adopté pour la campagne l’usage des capelines, excellente coiffure , peu coûteuse , très-commode ; les capelines blanches sont de meilleur goût , sans être plus coûteuses.
Les chapeaux à larges bords et en grosse paille conviennent très-bien aux jeunes femmes et aux enfants, et peuvent remplacer les capelines.
Robe de chambre. — Il est indispensable d’avoir pour l’été une robe de chambre légère ou peignoir ; il est difficile de s’en passer lorsqu’on doit sortir de la chambre dès qu’on se lève.