‹ Maison rustique du XIXe siècle (volume 2)Chapitre 112 sur 325 · I. - De la tête considérée dans son ensemble · texte numérisé non relu

I. - De la tête considérée dans son ensemble

La tête est importante à examiner sous le double rapport de sa conformation et de son expression. C'est elle, en effet, qui porte, pour ainsi dire, le cachet de la race de l'animal ; c'est sur elle que se déroule le mouvant tableau de sa physionomie; car, bien que les animaux n'aient pas, comme l'homme, la faculté d'exprimer par les muscles de leur face les sensations qu'ils éprouvent, les passions qui les animent, ils ont cependant comme lui, pour les traduire au dehors, le langage énergique des yeux, et en outre ces mouvemens particuliers des oreilles, des narines et des lèvres, par lesquels ils nous révèlent, en quelque sorte, l'énergie qui les anime, les qualités dent ils sont doues et les vices qui les déprécient.

Dans la belle conjormntion., la tête représente à peu près une pjTamide qaadrangulaire, tronquée inférieurement, dont la face antérieure, plane supérieurement et légèrement arrondie sur le chanfrein, est aussi lai'ge que possible dans toute son étendue; dont la face postérieure {auge) est concave, profonde et netle, sans aucune tuméfaction; dont les faces latérales, enfin, sont sèches et revêtues d'une peau fine, qui laisse apparaître en relief les éminences anguleuses des os, les saillies arrondies des muscles, et dessine bien les vaisseaux sous-cutanés. Les oreilles sont droites, hardies dans leur position, fines, déliées et libres dans leurs mouvemens; les yeux clairs, vifs, pleins de feu, assez gros, et placés à fleur de tête; la ganache décharnée et peu épaisse ; les naseaux bien ouverts, la bouche demi-fendue.

Recherchons maintenant les raisons de la beauté de cette conformation. Et d'abord, cette largeur, cette grande étendue de la face antérieure de la tête, que nous considérons comme

AGBICULTURE.

DIVISION DU ClILVAL. 193

belle, n'est-elle pas pour nous un indice d'une conformatioii analogue dans les cavités nasales? et la largeur de ces cavités n'implique-t-elle pas elle-même, comme l'observe judicieusement M. RiGOT, une conformation semblab e dans tous les autres organes auxquels sont dévolues les fonctions respiratoires ? Car il existe dans l'économie une connexion si intime, un rapport si parfait de structure entre toutes les parties d'un même appareil, qu'étant donnée l'organisation d'une d'entre elles, on peut, par analogie, deviner l'organisation de toutes les autres.

Ainsi, et en nous bornant à X appareil respiratoire, si nous considérons par cxeni{)le un cheval de noble race, tel que l'arabe et l'anglais, ou parmi les chevaux de trait de notre pays, le boulonais et le breton, nous serons frappés de l'admirable rapport qui existe entre le grand développement de leur poitrine, soit en hauteur, soit en largeur, et les grandes dimensions que présentent les premières voies aériennes. De même, et par une loi inverse, car la nature est conséquente même dans ses imperfections , nous verrons toujours coïncider l'élroitesse de la poitrine avec le peu de largeur des cavités nasales.

Remarquons maintenant que la plupart des autres beautés (|ue nous avons saisies dans une tête bien conformée, telles que la sécheresse et la netteté de ses faces, l'état de pléni tude des vaisseaux qui rampent sous sa peau, le développement de ses muscles, l'éclat brillant des yeux et l'énergie du regard, etc., ne sont en quelque sorte que les conséquences nécessaires de la parfaite conformation des organes respiratoires et de l'intégrité de la fonction qu'ils remplissent. Elles ne s'observent en effet que sur les animaux à tempérament sanguin, chez lesquels le sang, complètement vivifié au contact de l'air, porte dans toute l'économie un surcroît d'excitation et de vie dont ces beautés ne sont en quelque sorte que l'expression.

La conformation des cavités nasales est donc la partie la plus importante à examjner dans la tête des chevaux ; c'est sur les différences qu'elles présentent sous ce rapport que sont basées la plupart des variétés que nous allons énumérer en indiquant leurs caractères.

1° Tête camuse, caractérisée par une dépres sion profonde sur le front au niveau des yeux. 2° Tête de rhinocéros, dépression transversale sur le chanfrein.

Les tètes ainsi conformées ne sont défectueuses qu'en apparence, car les cavités nasales en sont larges et spacieuses comme dans la tête carrée.

3° Tête de lièvre, oreilles rapprochées, front étroit, chanfrein étroit.

4* Tête moutonnée, mêmes caractères que la précédente, si ce n'est que le chanfrein décrit une courbe dans sa longueur.

5" Tête busquée, la courbe existe dans toute la longueur de la face antérieure.

6" Tête conique, l'extrémité inférieure est très-étroite, la tête paraît comme effilée.

Toutes ces conformations sont réellement défectueuses, parce qu'elles impliquent l'étroitesse des cavités nasales.

Page 1