DU SÉTON
bien^ du moins ils ne Jont pas de mal: c'est là une erreur. Il est vrai que les sétons sont utiles dans un grand nombre de maladies, quand ils sont employés avec discernement et opportunité; mais il est vrai aussi qu'il est des cas où leur application peut devenir nuisible ou dangereuse; parexemp!e,au début des inflammations viscérales aiguës, dans la période d'état des phlegmasies de la muqueuse intestinale , dans les chevaux prédisposés au farcin, etc.. Je m'arrête à cette observation, ne devant étudier les sétons que sous le point de vue de la chirurgie, et non sous celui de la thérapeutique.
Les parties du corps où il est plus avantageux de placer des sétons, sont celles où le tissu cellulaire sous-culané est le plus abondantet le plus vivant; d'abord, parce que moins la peau est adhérente aux tissus sous-jacens, plus il est facile d'y engager le séton ; ensuite, et surtout, parce que la fluxion qui doit résulter de la présence de ce corps étranger s'établit mieux là où il y a une grande quantité de tissu cellulaire. 11 faut éviter avec soin les parties où le tissu cellulaire est graisseux ou affecté d'induration.
On distingue, sous le rapport de la médecine opératoire, trois sortes de sétons: 1° le séton à mèche ; 2 la rouelle ; 3° le trochique.
maladies, prétendant quevV^- ne font pas de j ou d'en réunir les deux bouts.
1° Séton à mèche.
C'est le plus usité : il consiste en un ruban de fil ou une tresse de chanvre qu'on engage sous la peau. On dit que le séton à mèche est animé^ quand la portion du ruban ou de la tresse engagée sous la peau est enduite ou pénétrée d'une substance médicamenteuse irritante. Pour animer les mèches, on les enduit d'onguent vésicatoire,ou bien on les recouvre d'un corps onctueux quelconque ( beurre, axonge, etc. ) qu'on spupoudre légèrement de cantharides ou d'euphorbe pulvérisé, ou bien encore on trempe ces mèches dans de l'essence de térébenthine. On anime les mèches dans les cas particuliers où on veut produire un effet plus prompt et plus intense; et, aussi, dans des cas ordinaires, sur des animaux mous et débiles, sur lesquels il y aurait à craindre que l'action trop peu énergique du séton simple n'eût pas assez d'effet.
Le principal instrument nécessaire à l'application de la mèche est l'aiguille à séton [fig. 172). Une des extrémités de cette aiguille est élargie en ari'ière de la pointe, en (orme de feuille de saule, et percée d'un œil longitudinal dans le centre de son élar,L;issement ; l'autre extrémité, ou le talon^ est cylindroide ou méplate, et est également pourvue d'un œil. L'aiguille à séton, qui a environ 15 pouces de long, est ordinairement composée de deux pièces (fio. J73) qui se montent à vis dans le milieu de sa longueur lorsqu'on veut en faire usage; cette division n'a d'autre objet que de rendre l'instiument plus portatif. Il faut aussi se pourvoir d'un bistouri et d'une paire de ciseaux. Tout cela sera préparé d'avance, ainsi que la mècne ; la longueur de celle-ci doit être d'environ vingt six pouces, pour permettre, quand le séton sera placé, de faire des nœuds d'arrêt à chaque extrémité,
Séton h rouelle (cautère, — ortie, nelle, — selon anglais).
fonta-
Le selon à rouelle consiste dans l'introductiou sous la peau d'une rondelle de cuir ou de feutre, percée à son centre d'une ouverture assez large et portant environ 2 pouces et demi à trois jiouces dans son plus grand diamètre. On préfère la rouelle à la mèche dans les chevaux de luxe, parce qu'elle est beaucoup moins apparente. On la préfère aussi dans les chevaux qui ont l'habitude de saisir avec leurs dents l'un des bouts de la mèche et de l'arracher. Cependant, en raison de son moins d'étendue, la rouelle produit moins d'effet que le séton à mèche.
C'est ordinairement un peu en avant du passage des sangles qu'on place les rouelles dans le cheval. On en place aussi à la pointe de l'épaule ( D^a"^. 167), et sur la cuisse au niveau de l'articulation coxo-fémorale.
Quelle que soit celle de ces régions sur laquelle on opère, on fait à la peau une incision d'un pouce et demi de longueur à peu près, dans la direction de l'axe de la partie. A l'aide de la sonde à spatule, du bistouri, des ciseaux, ou d'un instrument fait exprès, appelé /"<?««//<? de myrt/te recoitrhce^ on dissèque, on détache la peau tout autour de celte incision, de manière à pratiquer une cavité assez grande pour loger la rouelle. Cela fait, on plie la rouelle une ou deux fois sur elle-même pour pouvoir l'introduire par l'incision; on la fait pénétrer dans la cavité préparée pour la recevoir, et on l'y déploie de manière à ce que l'ouverture de son centre corresponde à l'incision de la peau : sans ce rapport des deux ouvertures, le pus ne pourrait que difficilement s'écouler.
Les soins ultérieurs sont les njêmes que pour le séton à mèche.
Lorsqu'on juge que la rouelle est restée en place assez longtemps, on la retire en incisant un peu la peau dont l'ouverture est rétrécie, et en la saisissant avec des pinces ou une érigne pour l'entraîner au dehors. La plaie qui en résulte se cicatrise d'elle même.
3° Trochique.
Le trochique est un séton dont la matière est une substance végétale ou minérale douée de propriétés très-irritantes ou même escarrotiques. Tels sont, parmi les substances végétales, la clématite, le garou, le lauréole, l'ellébore noir, etc.; et parmi les minéraux, le sulfure ou le deutoxjde d'arsenic, le sublimé corrosif, etc.... Ces substances sont préparées de manière à représenter le moins de volume possible. Les végétaux sont taillés comme des allumettes d'à peu près deux pouces à trois pouces de long; on réunit ces morceaux en une ou deux bottes, on leur donne sous la peau telle disposition que l'on préfère, et on les place comme la rouelle. Les substances minérales ne sont pas mises directement en contact avec le tissu cellulaire; avant de les introduire sous la peau, on les entoure dans un petit nouet de linge clair, et on peut les retirer quand, par leur présence, ils ont produit un engorgement suffisant.
On voit que les Irochiques ne di fièrent des
AMMAUX DOMESTIQUES : CHIRURGIE. liv. m.,
autres sétons que par leur action plus puissante, et qu'ils doivent celle-ci à ce que nonseulement ils irritent les tissus à la manière de corps étrangers, comme les autres sétons, mais encore à ce qiTils agissent en vertu de propriétés irritantes particulières dont 'ils sont doués. C'est pourquoi on les préfère pour les animaux qui, comme le bœuf, ont le tissu cellulaire moins irritable, et da»s les cas où ou a besoin que le séton produise un effet prompt et considérable.
§ V. — Du séton dans Tespècc du cheval.
Il peut résulter de l'existence de telle ou telle maladie l'indication de passer des sétons sur beaucoup de régions du corps; cependant il est deux de ces régions sur lesquelles ils sont le plus souvent indiqués : dans le cheval, ce sont le poitrailet \a/esse.U suffira donc detraiter des règles qui sont applicables à ces derniers.
A Selon au poitrail. — Quand on n'applique qu'un seul séton au poitrail, on le place dans la direction de la ligne médiane de la partie antérieure de cette région. L'opérateur ayant fixé convenablement l'animal, mis à sa portée ou confié à un aide l'aiguille et la mèche, se place à droite de l'animal, un peu en avant de l'épaule, saisitla peau du poitrail entre lepouce et l'index de la main gauche, sur la ligne médiane, un peu au-dessous de la saillie formée parla pointe du sternum, la pince de manière à lui faire faire un pli longitudinal, incise le sommet de ce pli avec le bistouri qu'il tient de la main droite, de manière à faire une incision transversale, longue de près d'un pouce. II lâche alors le pli, prend laii^uille dans la main droite; avec le pouce et l'index de la main gauche il écarte la lèvre inférieure de l'incision, engage la pointe de l'aiguille dans celle-ci, et la pousse un peu, de manière à faire pénétrer cet instrument entre la peau et les muscles qu'elle recouvre, mais en faisant en sorte de ne blesser ni la peau ni les muscles : à cet effet, il doit tenir Taigaille dans une direction tout à fait parallèle à celle de la face antérieure du poitrail ; et, au fur et à mesure qu'il enfonce l'aiguille avec la main droite, il a soin, avec les doigts de la main gauche, de pincer la peau au dessous de la pointe de cet instrument, et de l'écarler des muscles sur la ligne qu'elle va suivre. Dans son trajet, l'aiguilie doit toujours être tenue de manière à suivre la ligne médiane du poitrail. Quand, à l'aide de ces faciles manœuvres, l'aiguillea pénétré d'environ un pied sous la peau, et que sa pointe correspond au milieu de l'inter-ars, l'opérateur dirige la pointe de l'aiguille sur la peau, en en rapprochant le talon contre la partie supérieure du [)oiirail, pousse fortement l'aiguille en bas, sur la peau que soulève la pointe, et celle-ci sort à cet endroit. C'est alors qu'on engage la mèche dans l'œil du talon, et que, saisis^ant l'aiguille par sa pointe, et la retirant par l'incision du bas, on fait pénétrer le séton dans le trajet de l'aiguille, où on le laisse. On fixe la mèche dans celte position, soit en en réunissant ensemble les deux extrémités par un nœud double, soit, et ce qui vaut mieux, en repliant plusieurs fois chaque extrémité sur elle-même, et en la nouant de manière à
représenter de petits boiirdonnets. H suffit que la mèche, ainsi arrêtée à ses extrémités, ait deux pouces de jeu à chacune des ouvertures du selon ; mais il y aurait des inconvéniens à ce qu'elle en eut moins.
Quand on met deux sélonsan poilrail,on les place surle milieu et dans la direction desdeux sailiiesque forment déchaque côté de la ligne médiane les deux muscles petits pectoraux (BB^i^.167); ainsi, quand ilssonlappliqués,ils nesont point parallèles runàraulre;ladi>tance qui les sépare de la partie antérieure et supérieure du poitrail va en diminuant jusqu'à leur sortie à l'inler-ars. Ce rapprochement de la ligne médiane dans cette dernière région était nécessaire, car le selon qui sortirait dans les plis que forme la peau de l'ars près du membre, gênerait considérablement la marche de l'animal, quand l'engorgement qu'il doit produire viendrait à se déclarer. Du reste, les règles à suivre dans l'application de deux sélons sont les mêmes que pour un seul.
B Selon à la fesse. — Pour placer un séton à la fesse, on se sert des mêmes instruments que pour celui qu'on passe au poitrail; mais l'application en étant toujours beaucoup plus douloureuse pour l'animal, il est nécessaire que celui-ci soit assujetti d'une manière plus rigoureuse. Si on passe le séton à la lèsse droite ( A Jîg. 185 ), on lève et porle en avant avec la plate - longe le membre postérieur gauche; et vice versa si l'opération est faite sur la fesse gauche {B /îf^. 185). Dans les deux cas, la tète est attachée ou portée le plus haut possible, et un lord-nez doit être mis en usage. L'opérateur, placé en dehors et un peu en arrière du membre non levé, fait, s'il le peut, un pli longitudinal à la peau, à quelques lignes au - dessous de la jiointe de la fesse, et un peu en dedans ; je dis s'il le peut, car, à celle région, la peau est souvent si adhérente et si It ndue, qu'il n'est pas toujours possible de la pincer. S'il ne le peut, il fait l'incision en appuyant sur la peau avec la pointe du bistouri droit. Si c'est sur la fesse droite qu'il opère, il prend l'aiguille à selon de la main droite, écarte avec la main gauche la lèvre inférieure de l'incision, engage dans l'ouverture que lui présente celle-ci, la pointe de l'aiguille tournée en bas, dirige 1 instrument avec précaution de haut en bas, et un peu de dehors en dedans, dans la direclion du plan delà fesse, écarte la peau le plus qu'il peut avec les doigts de la main gauche, au fur et à mesure que l'aiguille descend ; prend d'autant plus de précaution pour ne pas blesser la peau ou les muscles sous-jacens, qu'à celle région le tissu cellulaire qui les unit est assez serré; et quand l'aiguille a pénétré d'une longueur suffisante (à peu près un pied), il la fait basculer légèrement, de manière à en écarter la pointe des muscles, et à la rapprocher de la peau; apj)uie, avec ses ciseaux, mimédiatemenl au-dessous de l'endroit où la peau est repoussée en deliors par l'aiguille, enfonce celle-ci par un mouvement brusque, et la fait sortir en bas de la fesse, et un peu en dedans. Il passe alors la mèche dans l'œil de la pointe, retire l'aiguille par en haut, et fixe et arrête les bouts du ruban comme il a été indiqué pour le selon au poitrail. L'opération se fait de la même manière sur la fesse