S III
De la castration du bélier.
l,a castratioa du bélier a pour but de rendre !ii chair de l'animal [ilus tendre, et de lui ôter un lyauvais goût qu'elle aurait naturellement si on le laissait à l'état de bélier : elle dispose aussi l'animal à prendre plus de graisse; elle rend sa laine plus fine et plus abondante; enfin elle l'ait que l'animal est plus doux et plus facile à conduire.
On peut cluitrer les béliers à toutes les époques de leur vie. On les cliàtre à l'état d'agneau, de])uis le moment où les testicules sont descendus dans les bourses, c'esl-à-dire quelques jours après leur naissance, jusqu'à six mois; plus tôt on leur fait cette opération, moins ils souffrent, et moins ou en perd. On rliâtre aussi les béliers à l'âge de deux, trois, et mên)e quatre ans, après qu'ils ont fait la lutte; mais alors l'opération est moins facile, plus douloureuse, et ne se fait pas de la même manière.
a. — Pour châtrer un agneau de sept à huit jours, on le met sur le dos, en faisant tenir les membres postérieurs de manière à découvrir les organes génitaux; on en saisit les deux cordons entre le pouce et l'index, le plus près possible du ventre, et on serre légèrement pour faire tendre la peau des enveloppes sur les testicules. On pratique avec un instrument bien tranchant une incision transversale commune aux deux bourses, et qui pénètre jusqu'aux testicules; ces organes s'échappent aussitôt par l'incision; et alors l'opérateur les enlève en coupant les cordons, ou, ce qui vaut mieux, en les arrachant après les avoir tordus. Il est des opérateurs qui les saisissent et les arrachent avec leurs dents. On est dans i'iiabitude, quand les agneaux sont un peu plus âgés, au lieu de ne [iratiquer qu'une seule incision pour exlraiie les deux testicules, de faire une incision particulière pour chacun de ces organes, ({u'on n'enlève ainsi que l'un après l'autre. On dit, dans ce cas, qu'on les châtre en veau ; car c'est ainsi que cette opération se pratique sur les veaux. Quel que soit celui de ces procédés que l'on emploie, il suffit, quand les testicules sont excisés ou arrachés, de rapprocher les deux lèvres de la plaie, sans qu'il soit besoin, comme le font quelques personnes, de frotter les bourses avec du saindoux ou tout autre corps gras. C'est une bonne précaution, aussitôt que l'opération est terminée, de mettre les doigts dans la bouche de l'animal pour lui faire remuer les mâchoires, et de le faire marcher quelques pas; on prévient ainsi le développement ou la persistance du tétanos, qui se manifeste sur certains agneaux pendant ou pt-u de temps après la castration, et peut les faire mourir. Les soins à donner à l'animal qui vient d'être châtré sont simples : ils consistent à tenir l'agneau en repos pondant trois ou quatre jours, et a le bien nourrir.
b. — La castration d'un bélier qui n'est plus agneau se pratique ordinairement par le ^^vtournaf^e ou par [ejoiiettui^e. Ce qui a été dit en parlant de la castration du taureau par le bistournage nous dispense d'entrer à ce sujet dans de nouvt-aux détails. Ajoutons seulement quepourbistourner un bélier, au lieu delelais-
ANIM.VUX DOMKSTiQUES : CHIRlIllCII'. liv ili.
ser debout, comme (>n fait pour le taureau, on le fait renverser sur le dos par un aide qui le fixe dans cette position en lui appuyant la tête et l'encolure contre sa poitrine, et contenant les membres antérieuisde chaque côté de la lêle avec les mains. L'opérateur, faisant face au ventre de l'animal, lui étend les membres postérieurs eu arrière, les écarte, et place la pointe de ses pieds sur chacun d'eux, afin de les maintenir fixes. C'est dans cette position qu'il procède à l'opération.
Procédé par le Jhuettage. — Ce procédé, qu'on emploie surtout sur les vieux béliers (jui seraient difficiles à bistourner, consiste à lier les bourses au-dessus des testicules et à serrer assez fortement pour mortifier tout ce qui est en dessous de la ligature. On appelle cette o\^évà\.\on Joue ttds^c, parce qu'autrefois on se servait au Jouet pour la pratiquer. Voici comment elle est décrite par iM. Bourgeois, directeur de la bergerie royale de Rambouillet :
« On fouette les béliers, toujours le matin, avant qu'on leur ait donné à manger; il convient aussi qu'ils ne soient point mouillés. Ce sont les mois de mars et d'octobre qu'il faut choisir préférablement pour cette opération. » Après avoir pris le bélier que l'on veut fouetter, on lui lie les quatre membres de manière à ce que ceux de derrière soient rapprochés le plus possible de ceux de devant, sans cependant le trop gêner; on le couche sur le dos, sur la litière, dans la bergerie; ensuite on arrache avec les doigts la laine existant au-dessus des testicules, et qui se trouverait sous le nœud de la ficelle. La ficelle que l'on emploie doit être forte, et avoir environ le double de grosseurdu fouet ordinaire. On en fait préparer exprès quand on a beaucoup de béliers à châtrer. On prend un bout d'environ deux pieds de cette ficelle; on attache à chaque extrémité un morceau de bois de cinq à six pouces de longueur sur sept à huit lignes de diamètre. Avec ce lien et dans son milieu, l'opérateur dispose le nœud de la saignée {fg. 184 ),■ dans lequel il engage le? deux testicules recouverts de leurs bourses, et place ce nœud à un ou deux pouces au moins au-dessus de ces organes. Alors deux hommes (A, B//(5^. 183), placés un de chaque cô!é, et qui tiennent le bélier, pendant qu'un troisième C l'empêche de remuer, tirent également la ligature, chacun par un bout, en tenant le morceau de bois à pleines mains et en se plaçant pied contre pied pour avoir plus de force; car il faut serrer progressivement, sans secousse, pas trop fort, afin de ne pas couper les parties comprises dans le nœud, mais assez pour 1 arrêter complètement la circulation au-dessous de la ligature. Ensuite, pour assurer le premier nœud, on en fait un second simple et droit, que l'on serre également bien, et on coupe chaque bout de ficelle à un pouce et demi environ du nœud; après quoi, on délie l'animal, on fait sortir la verge de son fourreau, et ou met le bélier sur ses pieds. Il arrive quelquefois que la ligature casse; dans ce cas, il faut en avoir une autre toute prête, et la remettre de la même manière, sans ôler la première. Quand on voit les béliers se secouer après cette opération, c'est un indice qu'elle est bien faite. Trois jours après on peut cou-
per les nœud. «
DE LA CASTRATION testicules à uu pouce au-dessous du
Il survient rarement des accidens après celle opération, très-simple, comme on le voit, et qu'il est possible à tous les propriétaires de pratiquer eux-mêmes, en prenant les faciles précautions que je viens de rapporter.
§ IV. — De la castration du verrat.
On châtre les verrats pour faciliter el accélérer leur engraissement, lorsqu'on ne les destine pas à la propagation de l'espèce. L'opération se pratique ordinairement à l'âge de six semaines à deux mois. Cependant il résulterait des observations de Vibors;^ vétérinaire danois, qui a écrit un traité spécial sur l'éducation du porc, que le lard est plus ferme, plus charnu lorsqu'on ne les châtre qu'à six mois. On châtre à un âge beaucoup plus avancé les verrats qui ont fait la monte. Dans tous les cas, Tobservation démontre que la castration du verrat est le plus souvent sans suites fâcheuses pour l'animal.
C'est par excisioTi simple qu'on châtre presque toujours les gorets de six semaines. On couche l'anunal sur le côté gauche; on fait porter en avant et tenir par un aide le membre postérieur droit; puis on fait sur le testicule gauche une incision longitudinale qui traverse toutes les enveloppes, et par laquelle on fait
sortir l'organe en le pressant légèrement. On coupe alors le cordon testiculaire avec l'instrument tranchant; on opère de la même manière sur le testicule droit; et la castration est terminée. 11 est des opérateurs qui tordent le cordon et arrachent le testicule au lieu do l'exciser. Ce procédé est bon aussi, et peut être mis en usage sans danger. L'animal, qu'on a dû avoir soin de laisser à la diète la veille de l'opération, devra être teiiu au régime pendant les huit ou dix jours qui la suivent.
Quand le verrat n'est châtré qu'à six mois, ou plus lard, on ne l'opère plus par excisioii ou arrachement. 11 est plus sûr, et conséquemment préférable, de le châtrer par la Ligature ou les casseaux. La castration par cette dernière méthode se fait de la même manière que dans le cheval el le bœuf, si ce n'est qu'on se sert de casseaux moins forts.
Dans la castration par ligature, la manière d'opérer est encore la même; seulement, au lieu de faire la compression du cordon avec des casseaux, on l'exerce avec ime ligature quelconque ( fouet ou forte ficelle). On prépare d'avance, avec ce lien, le nœud de la saignée; on y engage le testicule quand il est sorti par l'incision faite à ses enveloppes; on remonte le nœud jusque sur le cordon, et on serreaussi fortement que possible, avec la pré- CcUilion pourtant de ne pas couper le cordon. On opère séparément sur chaque testicule.
Au bout de vingt-quatre heures, la mortification des testicules étant complète, on enlève les casseaux, ou on coupe la ligature, suivant qu'on a opéré par l'un ou l'autre de ces deux procédés, après toutefois avoir excisé les organes-mortifiés au-dessous dupoinloù la compression existait. L'engorgement peu considé rable el la suppuration peu abondante qui suivent sont de courte durée et ordinairement sans aucun danger.
S V.— Delà castration des femelics.
]\Ioins généralement en usage que sur les mâles, la castration se pratique jjourtant aussi sur les femelles de quelques espèces domestiques, soit dans le but de faciliter leur engraissement, soit dans celui d'exercer une influence avanl;!geuse sur les produits qu'elles donnent de leur vivant. Celte opération consiste à enlever les ovaires seuls, ou avec une partie de l'utérus.
De toutes les femelles domestiques, la truie est sans contredit celle que l'on soumet le plus sou\ent à la castration, qu'on pratique peu sur la brebis, pas sur la jument, et trop rarement peut-être sur la vache. Celle opération ne pouvant être faite sans danger que par des hommes exercés à la pratiquer, je parlerai peu de son manuel, et me bornerai à quelques considérations sur ce qu'elle offre d'utile a connaître dans chacune des espèces qui y sont ou peuvent y être soumises.
§ VI. — De la castration des truies-
On châtre les truies seulement pour en faciliter l'engraissement. L'âge auquel on est dans l'habitude de leur pratiquer cette opéra*'"" est celui de six semaines alors surtout
A.MMAUX DOMESTIQUES : CHIRURGIE.
qu'on voiil les inellre à IVngrais à l'âge de six à neuf mois. Mais il esl plus avantageux de ne t'hâtrer qu'à six mois celles qui ne doivent cire égorgées qu'à la seconde année : il est vrai qu'à cet âge l'opération est plus dangereuse; mais il est d'observation que leur lard devient plus charnu.
Quand la truie à châtrer est très-jeune, il sutfit qu'elle soit mise à la diète la veille de l'opération; plus âgée, elle doit y être mise deux jours avant. En général, l'opération est d'autant plus facile et ses suites d'autant moinsà craindre, que les intestins sont moins pleins au moment où on la pratique.
On couche à terre ou sur une taule la truie à opérer, et, si elle est déjà âgée, on la musèle. Un aide est nécessaire à l'opérateur pour les très-jeunes femelles; pour celles qui sont plus fortes, il lui en faut au moins deux. C'est au milieu du flanc droit que se fait l'incision par la(|uellc l'opérateur j)énétrera dans le ventre pour y chercher les ovaires, les amener au dehors, et les couper, ou ce qui vaut mieux, les arracher, seuls ou avec une partie des cornes de la matrice. Viborg et quelques autres vétérinaires rapportent que sur des truies pleines qu'on leur avait données à châtrer, ils »)nt pratiqué l'extirpation de la totalité de la înatrice sans qu'il en soit résulté d'accident pour l'animal. Mais ils pensent, et avec raison, qu'il serait très-dangereux en pareil cas tle se bornera l'excision des ovaires.
Après l'opération, on réunit les lèvres de la plaie par un point de suture, et on lâche la femelle. On doit avoir soin, pendant les premiers jours qui suivent, de ne distribuer la nourriture qu'avec ménagement, en donnant de préférence un peu de lait acidulé mêlé de son, de farine et de seigle.
11 est rare, surtout dans les jeunes truies, que ia castration ail des suites fâcheuses. Cependant, il peut arriver qu'il en meure le lendemain ou surlendemain de l'opération, soit que celle-ci ait été iàile par des mains peu exercées, soit qu'on n'ait pas pris les précautions de régime indiquées avant ou après, soit enfin parle fait d'influences atmosphériques défavorables. Un léger accident qu'on remarque quelquefois est le développement d'une tumeur sur l'endroit de l'incision. Cette tumeur se ramollissant bientôt à son centre, il surfit d'enfaire la ponction; la matière qu'elle renferme s'échappe, et la plaie, détergée avec un peu de vin tiède, ne tarde pas à se cicatriser.
§ VII. — De la castration des brebis.
D'après Daubenton et Flandiûn, cette opération aurait pour résultat sur la brebis, comme sur le bélier, non-seulement de faciliter l'engraissement , et de faire acquérir plus d'ampleur à l'animal, mais encore d'augmenter sa toison et de rendre la laine plus fine et plus douce. Tout en convenant de ses effets sur l'engraissement, M. Tessier nie qu'elle ait la moindre influence sur la
3uantité et la qualité de la laine, du moins ans la race mérine. Quoi qu'il en soit, cette opération, fort en usage en Angle! erre, et, diton, en Italie, n'est plus guèit pratiquée en France aujourd'hui.
C'est à l'âge d'environ six semaines qu'on châtre les brebis ; alors, les ovaires ont à peu près le volume d'un haricot, et l'on peut avec utiecerlaine habitude les reconnaître avec le doigt.
Le manuel opératoire est à peu près le même que dans la truie, avec cette différence, pourtant, que la femelle doit être couchée sur le côté droit, puisque l'opération se fait par le flanc gauche. La présence du rumen dans la brebis, les cornes de la matrice beaucoup moins longues que dans la truie, exigent aussi de l'opérateur quelques différences clans les manipulations.
Lorsque cette opération est bien faite, les agnelles ne s'en sentent que le premier jour; el les ont les quatre jambes un peu roides, et ne tètent pas; mais dès le second jour, elles sont comme à l'ordinaire. Après dix à douze jours, lorsque l'incision faite à la peau du flanc est cicatrisée, si le fil qui a servi à faire la suture n'est pas tombé, on le coupe par le milieu el on en tire les deux bouts au dehors.
§ VIII. — De la castration de la vache.
M.Winn, propriétaire dans l'Amérique septentrionale, a le premier rapporté avoirchâlré des vaches, et leur avoir conservé pendant plusieurs années,et sans interruption, la quantité de lait qu'elles donnaient au moment où l'opération a été faite. L'excitation dont la matrice est le siége,pendant le temps des chaleurs, et la fonction de la gestation ne nuisant plus à l'action des mamelles, on conçoit que la sécrétion du lait puisse se continuer. Toutefois, la castration des vaches, encore pratiquée dans quelques contrées de l'Allemagne avant de mettre ces bêtes à l'engrais, était à peu près inconnue en France, lorsque M. liévrat, vétérinaire à Lausanne (Suisse), publia en 1 834, dans le Recueil de médecine vétérinaire^ les expériences qu'il avait faites sur cette opération, la manière suivant laquelle il la pratiquait, el les résidtats qu'il en avait obtenus sur plusieurs animaux.
Voici par quelles conclusionsM. Lévrat terminait son mémoire:
« L'effet de la castration sur la vache me » paraît être tel, qu'il produit une sécrétion » plus abondante et plus constante de lait, le- » quel acquiert en même temps des qualités » supérieures; d'où résultent les avantages » suivans pour le propriétaire:
» 1<* Augmentation d'un tiers dans la pro- » duclion du lait;
» 2* Certitude d'avoir à peu près constam- » ment la même quantité de lait pourdesser- « vir les pratiques ;
»3° Soustraction aux chances fâcheuses des » accidens qui accompagnent ou suivent quel- » quefois la gestation et le vêlage;
» 4° Soustraction aux accidens qui peuvent » arriver pendant l'époque des chaleurs, lorsn que des vaches pesantes montent sur d'au- » 1res, ou que ces bêles sont saillies par de » trop gros taureaux;
» 5° Faculté d'engraisser plus facilement « les vaches lorsque leur lait commence à » tarir;
» 6 Enfin, la castration est l'unique rjoyen » de prévenir les dépenses onéreuses occa-