DE LA CAIJTER1SATI
Quand l'opéralion est lerniinée, plusieurs praticiens ont l'iiabitudi d'appliquer de la graisse ou un onguent adoucissant quelconque sur la région cautérisée; et parmi eux, beaucoup ne le font que pour céder aux exi- };ences de certains propriétaires qui croient il la nécessité de ces applications. Cette pratique n'est pas seulement inutile, elle est mauvaise. Elle nuit aux effets du feu. Car, à quoi bon des adoucissans? Pourquoi employer (les moyens propres à calmer rinflammation sur des parties où on cherche, au contraire, à ia produire? De deux choses l'une: ou le feu «•bt nécessaire, et alors les adoucissans sont I ontre-indiqués; ou les adoucissans sont réclamés par la maladie, et alors on ne devait pas employer la cautérisation. Un autre inconvénient des corps gras appliqués immédiaten)ent après l'opération, c'est de relâcher la peau, de lui permettre de se prêter davantage au gonflement qui va s'opérer, et de favoriser ainsi l'élargissement des raies, ce qui en rendra évidemment les cicatrices plus apparentes. — Il est donc inutile de rien appliquer sur une partie qui vient d'être cautérisée, à moins d'indications particulières; mais, alors même, ce ne sont pas des adoucissans, ce sont plutôt des médicamens pris dans la classe des excitans, des irritans ou des aslringens, qu'on met quelquefois en usage. — Ce qui est utile, dans tous les cas, et que cependant on n'emploie guère que sur les chevaux fins, c'est d'entourer la région cautérisée avec des bandes de toile fine ou mieux de flanelle, quand la forme de cette région le permet. Ce bandage, par la légère pres^ion qu'il exerce, par la douce chaleur qu'il entretient, favorise singulièrement l'action du feu, et, en m^-me temps, il soustrait la partie au contact des agens extérieurs et la [)réserve des frottemens ou des dents de l'animal.
Lorsque le feu a été étendu ou profond, que l'animal est jeune, irritable, ou qu'il s'est beaucoup débattu pendant l'opération, il est prudent de le faire saigner et de le tenir-à la diète blanche pendant trois ou quatre jours. L'absence ou la diminution des souffrances permettent de revenir plus ou moins vite au régime ordinaire.
La question de savoir si l'animal doit être exercé ou laissé en repos, après la cautérisalion, ne peut être résolue d'une manière générale et absolue. Il est des cas où le repos serait nuisible; il en est d'autres où il est, au contraire, une condition de succès. .Te ferai connaître ces cas, en traitant de la cautérisation en particulier sur les différentes régions du corps où on la met le plus ordinairement eu usage.
{a) Suites dt" la cautérisation. — Dans les cas ordinaires, les deux premiers jours on voit le fond des raies se recouvrir d'une sérosité d'autant plus abondante, que le feu a été mis plus fort et sur une région où la peau est plus organisée, plus vivante. Déjà aussi commence à se manifester un engorgement, variable lui-même suivant l'intensité de la cautérisation, et suivant la région cautérisée. Peu sensible sur les autres parties du corps, cet engorgement est quelquefois très-consi- <k'rable quand le feu a été mis sur un membre, dans des chevaux lymplia'.iques ou très-
irritables C'est surtout en paitil cas, et sur ces animaux, que des bandes de flanelle ont d'incontestables avantages, (.et engorgemenl, qui diminue un peu après huit ou dix jours ne disparait cependant entièrement que plus ou moins longtemps ajii'ès la chute des escarres, c'est-à-dire environ un mois, cinq semaines et quelquefois plus tard iijjrès l'opération. — Au bout de trois ou quatre jours, on voit la sérosité dont j'ai parié .e condenser sur les raies, et y Ibrmer des croules jaunâtres qui les remplissent entièrement, et, souvent même, font saillie à la surface de la peau. Ces croûtes se sèchent et se durcissent de plus en plus jusqu'à leur chute, qui a lieu, terme moyen, du vingtième au trentième jour. En général, elles tombent d'autant plus tôt que le feu a été mis plus fort et que la peau est plus vivante. Une cautérisation légère ne pro luit presque pas de croûtes; et la mince pellicule d'escarre qui adhère au fond de la raie se détache par lambeaux et ne tombe quelquefois que fort tard. (]'est à l'époque de la formation des croûtes que la région cautérisée est le siège d'une roideur remarquable, et quelquefois telle, que, lorsque le feu a été mis sur une articulation des membres ou à son \oisinage, la flexion en est impossible ou fort bornée, et, dans tous les cas, assez douloureuse. Cette époque est celle où il peut être utile d'appliquer sur la partie cautérisée des médicamens onctueux propres à assouplir les croûtes, à les empêcher de se fendre, et en favoriser la chute. Un mélange à parties égales d'huile d'olive et de vin bien battus et mélangés ensemble, de l'huile camphrée, de Uniment ammoniacal, etc., sont des préparations qu'emploient à cet usage beaucoup de vétérinaires. C'est aussi à cette époque qu'il importe d'empêcher l'animal, par un des moyens que j'ai fait connaître, de se mordre ou de se frotter; parce que c'est alors qu'il éprouve un prurit particulier qui l'excite à se livrer à l'un ou l'autre de ces actes
Si l'on remarquait que les mouches le tour mentassent beaucoup, eu s'attachant à la région cautérisée, on poui'rait écarter les insectes, soit en promenant sur les croûtes les barbes d'une plume trempée dans Vhuile de Un ou Vhuile empyrenmatique^ soit en recouvrant celte région d'une enveloppe.
Quelquefois, soit que l'animal se soit frotlé ou mnrdu, soit que le feu ait été mis lro[) for*, les croûtes sont arrachées ou se détachent par plaques, et laissent à nu des plaies suppurantes plus ou moins étendues. On retire de bons effets, dans ces cas, de lotions répétées deux fois le jour avec \ extrait de Saturne pur, ou la teinture d'aloës, qui les font promptement sécher et cicatriser.
Quelle que soit l'affection qui ait nécessité l'application du feu, il est rare que les effets curatifs de cette opération se fassent apercevoir avant trois semaines ou un mois. J'ai vu bien souvent quelque amendement ne se manifester, après l'emploi du feu, que six semaines, deux mois et plus après son application. Il ne faut donc pas, comme on le voit, être trop prompt à désespérer du succès.
Cependant il arrive assez souvent encore qu'une première cautérisation n'obtienne que des résultats nuls ou incomplets, soit que le
AJNIMAUX DOMESTIQUES : CHIRURGIE.
mal fût fort avancé et déjà ancien, soit que la cautérisation n'ait pas assez été forte, soit qu'elle n'ait pas été convenablement exécutée. On doit alors, pour peu qu'on tienne à l'animal, faire procéder à une seconde, parfois même plus tard à une troisième cautérisation.
(ù) Régions sur lesquelles on jtralique le plus souvent la cautérisation. — Indication des cas dans lesquels on l'applique sur chacune d'elles. — On peut appliquer le feu sur toutes les l'égions du corps, lorsqu'elles sont le siège de maladies qui ou réclament l'emploi. Cependant il est des régions sur lesquelles l'indication de l'appliquer se présente plus souvent que sur les autres; ce sont : 1° les rayons inférieurs des membres; 2o le jarret; 3° le genou; 4° la pointe de l'épaule ou toute l'étendue de cette région; So le grasset; <>" la face externe de la cuisse ; 7° les reins ; 8" le garrot.
1" Cautérisation de la partie injérieure des membres. — (J'entends par ces mots, la partie injérieure des membres., la portion qui s'étend depuis le dessous du genou ou tlu jarret, jusqu'à la couronne.) Ou peut avoir à cautériser un, deux, trois ou quatre membres. Supposons le cas le plus sinqjle, celui d'un seul membre : ou peut avoir à le cautériser dans toute rétendue de celte partie inférieure, c'est-à-dire sur le canon, le boulet, le paturon et la couronne; ou seulement sur la totalité ou une partie de l'une de ces régions. — On met le feu sur toute la partie inférieure d'un membre, lorsque toute cette région est engorgée et qu'elle est le siège d'une infiltration molle ou d'une induration sans beaucouf) de cbaleur ni de douleur. Une précaution qu'il faut toujours avoir la veille ou le malin de l'opération, (|uelle que soit la région du membre où le feu doive être appliqué, est • le faire déferrer le pied de ce membre, pour peu que l'ongle soit trop long, de le faire parer convenablement et de lui faire rattacher son fer, ou mettre un fer neuf si le sien est trop usé ; car il faut penser que pendant le mois ou les cinq semaines qui vont suivre, il serait impossible, à cause des croûtes dont la région cautérisée sera recouverte, de lever le membre pour ferrer l'animal; et que l'ongle alors acquerrait une longueur qui fatiguerait lemembreet fausseraitses aplombs. — Le feu sur celle région se met en raies parallèles à l'axe du canon sur toute la moitié antérieure de celle région, et en raies très-obliques ne s'écartanl des premièresque sous un angle très aigu, dans la moitié postérieure. — On met le feu sur toute la région du canon dans le cas où l'engorgement dont je viens de parler ne monte pas jusqu'au genou ou jarret, et ne s'étend pas intérieurement jusque sur le boulet. — Ledessin est le même que dans le cas précèdent, seulement il est moins élendu. — Le feu qu'on a le plus souvent à appliquer sur le canon, est celui de la région tendineuse (moitié poslériera'e) de cette région. C'est qu'en effet c'est sur celle partie qut se montrent le plus fréquemment les lésions qui en réclament l'emploi. Telles sont, par exemple : t" les mollettes ou petites tumeurs molles et élastiques qui se développent au tiers inférieur de celle région, au -dessus du boulet ( fig, 178), ou à son tiers supérieur
au-dessous du genou; 2° les indurations celluleuses partielles qui se forment quelquefois sur le milieu de celte région, et qu'on connaît vulgairement sous les noaîs de ganglion, de nerj-férure, de tendon ferru; 3° le raccour-'. cissement des tendons qui rend les chevaux droits sur leurs boulets ou même bouletés ; 4° les suros [simples, chevillés ou en chapelet) lorsqu'ils existent à la partie postérieure de l'os du canon, et ([u'ils sont assez saillauls et asf^ez près des tendons pour en gêner plus ou moins douloureusement le glissement. Dans tous ces cas, il suftit que le iéu s'étende sur toute la région tendineuse {fig. 178), un peu en avant seulement dans le cas de suros : et il est complètement inutile, comme on ne le fait encore que trop souvent, d'en recouvrir aussi la région antérieure. — On ne met guère le feu sur cette région antérieure, seulement que sur les calus qui apparaissent sur le point cicatrisé de l'os, quand il a été fracturé.— On cautérise le boulet seul, dans le cas d'engorgement induré de celte région; celui, parexemple, qui résulte des entorses (efforts de boulet) ; ou bien encore lorsqu'il existe de chaque coté de ses parties antérieure et postérieure, de petites tumeurs molles {mollettes) produites par la distension des bourses synoviales dans lesquelles les tendons glissent sur ces régions. — La cautérisation de la couronne se pratique dans le cas de ces tumeurs osseuses qu'on désigne sous le nom de formes. On l'y pratique aussi pour faire résoudre ces indurations celluleuscs qui subsistent quelquefois sur une partie de cette région après l'opération du javart ou de la seime. Le feu de la couronne doit être mis avec la plus grande précaution, si on veut éviter une suppuration lîop abondante et la chute de la peau. Quelques opérateurs y mettent le feu en pointes [fig- 178). ~ Quand le feu doit être mis sur deux membres, on peut faire l'opération le même jour si le cheval n'est pas trop irritable, et surtout si les deux membres à cautériser sont opposés en diagonale; parce que, pendant le temps que dureront les douleurs les plus vives après l'opération, l'animal pourra prendre son appui sur le bipède diagonal non opéré; ce qu'il ne pourrait faire si on cautérisait en même temps deux membres antérieurs, deux membres postérieurs ou un bipède latéral, aucun repos n'étant possible, dans ces trois cas, sur le bipède reslé sain. Sur un cheval très-sanguin ou très-irritable, il est plus prudent de ne cautériser (ju'un membre à la fois, en mettant au moins vingt jours d'intervalle entre chaque opération. — 11 en est de même lorsque l'on juge à propos de cautériser les quatre membres : on les opère en deux fois et par bipède diagonal sur les chevaux à constitution ordinaire, et en quatre fois sur des chevaux à constitution nerveuse ou très -sanguine. Autrement, on aurait à craindre, soit la /ourbure, soit les effets d'une (ièvi-e de réaction très-intense. — Quelques personnes ont l'habitude de ne se servir d'un cheval qu'elles ont acheté pour monter, qu'après lui avoir fait appliquer le feu sur les rayons iidérieurs des deux membres antérieurs, et même des quatre membres, quelque sains que ces membres soient d'ailleurs. Beaucoup de maîtres de postes avaient