‹ Maison rustique du XIXe siècle (volume 2)Chapitre 16 sur 325 · COLZA DE PRINTEMPS · texte numérisé non relu

COLZA DE PRINTEMPS

Loyer d'une année 70 f.

Un labour à la charrue et deux à l'ex-

tirpateur 50

Engrais 80

Hersage et rayonnage 12

Semence et semaille au semoir 6

Un binage à la houe à cheval 4

Faucillage 10

Battage et vannage 18

Total 250 f.

Produit moyen, 14 hectolitres à 22 fr. 308 f. A déduire pour les frais 250

Reste en bénéfice. . . 58 f.

On a estimé en Flandre que 50 kilog. de bonne graine de colza d'hiver peuvent donner 17 à 19 tàlogramm. cVhuile, tandis qu'une même quantité de graine de colza de mars n'en produit guère que de 13 à 15. — Nous avons déjà dit que la première est d'ailleurs préférable à la hcconde.

D'après M. Gadjac, 960 kilogrammes de graines rendent en huile 380 kilog., et en tourteaux, 520 kilog.

Il n'entre pas dans notre sujet de parler ici de l'extraction de l'huile et de son emploi. Nous devons renvoyer le lecteur à la partie de cet ouvrage qui traitera des Arts agricoles.

Vii.MORix et O. Leclerc-Thouin.

Section h. — Des Choux

Dans quelques lieux, on a cherché à remplacer le colza par divers Choux rustiques, dans l'espoir d'obtenir autant ou plus de graines, ou de réunir sur le même sol une récolte fourrage à une récolte oléagineuse; mais nous n'avons pas connaissance d'essais de ce genre qui aient présenté jusqu'ici des résultats décidément avantageux.

Les choux que l'on a essayé ou qu'on pourrait essayer de cultiver dans cette vue, sont principalement: le Chou à faucher {Brassica oleracea foliosa ; en allemand, SchnillAohl), espèce allemande inusitée en Angleterre; le chou-navet {Brassica napo- brassica; angl. Turnip-rooted cabbage ; ail. Kohlrabe ; ilal. Cavolorape), surtout la variété à racine entièrement enterrée ; le Rutabaga ou Navet de Suède {Brassica rutabaga; angl. Rutabaga ou Swedish turnip ;a\\. Rutabaga, Swedische

CHOUX. y

Rûbc ; ilal. Rutabaga)-, les ChoilX frisés du Nord {Brassica oleracea/imbr(ata;nn^\. Scotch haie ; '\\.&\.Cavolo riccio OU Jerza riccia ), Vert, (angl. Grcen ; ital. Verde). et Pourpre (angl. purple ; ital. rosso), particulièrement les variétés à pied court; leChou cavalier ou grand Chou à vaches {Brassica oleracea procerior ; augl. TalL anjou haie ou Borecole; ital. Cataliere); le Chou vert branchu ou Chou milletêtes du Poitou {Brassica oleracea ramosa ; angl. Thousand hcaded haie) ; le Caulel de Flandre ( Brassica oleracea belgica; angl. Flemish j)urple haie).

Tous sont loin probablement de présenter d'égales chances de succès. Nous donnerons à cet égard quelques aperçus fondés sur nos observations. — Les grands Choux verts, Uis que le Chou cavalier^ ont l'inconvénient de faire de trop fortes plantes; l'espacement considérable qu'elles exigent et le petit nombre que l'on en pourrait dès-lors placer sur un arpent , nous semblent laisser peu de chances que leur produit puisse égaler habituellement celui du colza. Ces choux, plantés en juin, s'effeuillent depuis le mois d'octobre jusqu'au commencement de mars; on les laisse ensuite iiionter pour les couper en avril ou les faire grainer; mais, quelque heureuse que puisse |jaraitre cette dernière combinaison par suite de l'économie de main-d'œuvre, elle réussit assez rarement. — Le Chou, cultivé si avantageusement dans l'Ouest comme fourrage, outre l'inconvénient de geler assez facilement, surtout lorsqu'il tombe de la neige que le soleil fait fondre rapide ment, a encore celui d'être très-sujet à cett» sorte de brûlure qu'on connaît sous le nom de brime. Dans beaucoup de localités, ses siliques et même ses feuilles se couvrent, peu avant l'époque de la maturité des graines, d'une foule de taches noires; aussi la récolte est-elle très-incertaine. — Nous l'avons vu de près de 30 hectolitres à l'hectare, et parfois de moins de 8.

Les Choux J ris es du Nord, qui seraient précieux par leur rusticité, ont presque constamment les graines menues et mal nourries. Aussi, maigre quelques exceptions à cette règle, n'osons-nous en conseiller l'emploi.

En 1817, à Verrières, près Paris, une pièce de Rutabaga jaune a fourni de la gi'aine sur le pied de 2,000 kilog. a l'heclare, sur une terre légère et qui n'est pas de première qualité. Ce produit est peu éloigné du maximum de celui du colza sur les terres les plus riches. Mais le Rutabaga est sujet à pourrir du collet, et l'on n'en pourrait pas espérer habituellement des récoites semblables. — Il ne resterait donc guère, dans notre opinion, (\\\e\&Chou à faucher et le Chou navet à racine enterrée qui pussent offrir des chances de rivalité avec le colza.

Notre confrère Sagerët avait créé des hybrides <|ui paraissaient fortintéressans. L'un de nous( M. Vilmorin) en a es.sayé quelquesuns ; l'inconstance de leurs caractères et Tinégalité des plantes entre elles l'ont fait de bonne heure renoncer à leur culture.

Quoique ce que nous venons de dire soit peu propre à encourager la culture du chou en remplacement de celle du colza, nous ne pensons pas que les essais faits jusqu'ici

soient suffisans pour décider la question, et loin de déconseiller d'en (aire d'autres, nous les appelons au contraire d»; nos vœux, cet objel étant d'uninlérél et d'une utilité trèsréels.

Section m. — De la Navette.

La Navette, comntie le Colza, appartient à la famille des Crucifères et au genre Brassica, mais elle fait partie des Navets. C'est le £rassica napus sylvestris des botanistes (en anglais confondue avec le colza sous le nom de Rapeseecl{\) ; ail. Riïbsamen; iia\. Rapetto). Ses feuilles, au lieu d'être lisses et glauques comme celles du colza et de la plupart des choux, sont au contraire rudes au toucher et d'un vert plus franc, comme celles des navets et des raves.

On connaît, eu égard à la durée de végétation de cette plante, deux variétés ou races désignées l'une sous lenom de Navette d'iiiver^ l'autre sous celui de Navette de printemps ou quarantaine.

Si la Navette donne en général des produits moins abondans que le colza, elle est aussi moins exigeante que lui sur la qualité du sol et les soins de culture. Elle se contente encore mieux d'une terre légère, graveleuse même, pour peu qu'elle soit suffisamment ftimée.

La Navette d'hiver se sème toujours à la volée et à demeure ; au moins ne l'avons-nous jamais vue cultivée enrayons, parce que sans doute on ne juge à propos d'accorder cette culture soignée cju'à d'excellentes terres, et qu'alors on préfère le colza. Nous pensons toutefois que cette méthode pourrait lui être appliquée avec avantage.

L'époque du semis est de la fin de juillet au commencement de septembre ; dans quelques cantons cependant on sème dès le mois de mars dans les avoines, ou bien à la Saint- Jean avec les sarrasins. A l'automne, ou, à défaut, au printemps suivant, on doit éclaircir et, pour le mieux, biner la navette ; l'éclaircissage à l'extirpateur, conseillé par M. de DoMBASLE pour les colzas semés à la volée, est parfaitement applicable à cette plante.

La récolte a lieu de juin à juillet dans le centre de la France; plus tôt ou plus tard, selon qu'on s'éloigne de ce point vers le sud ou vers le nord. Elle se fait en tout comme celle du colza.

La Navette de printemps se plaît surtout dans les terres lé^-ères, sablonneuses et surtout calcaires. Sur les bons fonds. des pajs de plaines dont l'assolement est bien combiné, il n'y a presque jamais avantage à semer cette variété, parce qu'elle manque très-souvent, donne des récolles inférieures, et qu'on peut la suppléer par des cultures plus productives et plus certaines ; mais il n'en est pas de même dans les pays de calcaire argileux très-élevés,

DES PLANTES OLEAGINEUSES. liv. ii

où les nuages peuvent entretenir une humidité suffisante pendant l'été; là, dit Bosc qui a été à même de suivre la culture de cett« plante en de lelles localités, elle est aussi eî même plus productive que la navette d'hiver.

Du reste, c'est principalement lorsqu'une autre culture a manqué par suite des mtempéries de l'hiver, qu'il est avantageux de la remplacer par de la Navette d'été, qui peut se semer jusqu'à la fin de juin et qui n'occupe le sol qu'environ deux mois.

La quantité de semence est de 7 à 8 litres par hectare. — On sème ordinairement un peu moins dru la navette d'hiver.

La principale cause de destruction de la navette, pendant sa jeunesse, est l'A Itise bleue, et, aux approches de la maturité, les oiseaux nombreux qui recherchent ses graines avec avidité.

Le produit moyen d'un hectare de colza, semé a la volée, étant de 18 hectolitres, dans des circonstances relativement semblables on a évalué celui d'une pareille étendue de navette d'hiver à 16 hectolitres seulement et celui d'un hectare de navette de printemps à 12.

La graine de navette donne un dixième environ d'huile de moins que celle de colza.

ViLMORïiv et O. Leclebc-Thouin.

Section iv. — De la Caméline.

La Caméline {Mjagrum salivum; angl. Gold of pleasure ; ail. Lein dotter, Flachs dotter; it. Alisso commune) {fig. 4), appartient à la Fi g. 4.

(1) Ou peut s'ctonner que les Ang^lais n'aient pas deux noms distincts pour la navette et le colza, cl leur appliquent indifféremment ceux de Râpe et de Cole-seed qui, pour eux, sont synonymes. On voit même, par les écrits de leurs meilleurs agronomes, qu'ils confondent les deux plantes; M. Loldon est le seul, à ma connaissance, qui ait indiqué quelque différence entre elles, mais d'une manière vague et sans donner à chacune un nom spécial. S'il était [lossible de substituer une nomenclature raisonnée à celle consacrée par l'usage, on la trouverait ici toute faite, seulement en séparant les deux synonymes ; car, en se basant sur l'étymolagic. Râpe {Râpa ) est un nom exact pour la navette, taudis que Cole-seed est précisément l'équivalent de colza {Kohl-saat), graine de chou, par inversion de chou-à-graine.

DE LA CÂMELINE.

famille des Ciucifères.— EUe est toujours annuelle. — Sa tige, cylindrique et très-rameuse, s'élève de 1 à 2 piedsCO"' 325 àO" 650). -Ses fouilles sont velues, alternes; les inférieures oblongues et presque spalulées; les caulinaires semi-amplexicaules, auriculéeset • ciliées sur les bords. — La fleur est jaune.

Cette plante, que nous considérons ici jo«^/e seulpointdevuede laproduction de ses graines, a cependant quelques autres usages: — ses tiges sont employées dans diverses localités pour couvrir les maisons ; — dans beaucoup d'autres pour chauffer le four; — on a pu en tirer une filasse de médiocre qualité; — enfin,on les a recommandées depuis long-temps pour la fabrication du papier commun.

Indépendamment de l'espèce ordinaire, il en existe une autre connue depuis quelques années en France sous le nom de Caméline majeure, dont nous aurons occasion de parler à la fin de cet article.

La Caméline partage avec la navette d'été l'avantage d'être un des végétaux oléagineux qui occupent le moins long-temps le sol. Elle peut se semer plus lard avec d'autant plus de chances de succès qu'elle n'exige pas des pluies fréquentes, qualité bien précieuse clans les années où les récoltes d'automne ou de printemps ont été détruites. Aussi en fait-on grand cas en divers lieux pour remplacer les lins, les colzas, les pavots, et, dans des cas heureusement moins fréquens, les blés qui ont péri par suite du froid, de la grêle ou des inondations.

La Caméline, qui aime de préférence les sols légers, peut croître passablement bien dans les terres à seigle de médiocre qualité et de faible profondeur. De toutes les plantes oléagineuses, c'est peut-être celle d ml la culture est la moins limKée pour le choix du terrain. — On peut dire, avec un habile cultivateur delà Flandre, qu'elle vient partout et qu'elle y vient avec succès, pour peu qu'on lui accorde les soins de culture et les engrais nécessaires.

On lui a reconnu d'ailleurs des avantages d'un autre genre qui ne sont pas à dédaigner : le premier, c'est qu'elle esta l'abri des altises, qui attaquent, comme nous l'avons déjà dit, presque toutes les plantes de la famille des crucifères dans leurjeunesse; et des pucerons {/Iphis), qui se multiplient parfois tellement à l'époque de la floraison, qu'ils diminuent sensiblement les récoltes de colza et de navette; — le second, c'est, d'après M. de Dom- BASLE, qu'il est possible d'obtenir une récolte dérobée de carottes ou un fort beau trèfle après la caméline (1).

y ers le centre de la Fiance, sur des sols précoces, on diffère parfois les semis de celte

plante jusqu'à la fin de juin et même au commencement de juillet. Dans les fonds qui s'échaulfenl moins facilement, eu égard à la rapidité moins grande de la véj;élation, il convient de les commencer dès le mois de mai. — La pratique du nord est à peu près la même.

Préalablement à cette opération, on a eu soin de préparer le champ par un ou deux labours à la charrue et un égal nombre de hersages, ou par un seul labour d'automne et une ou deux cultures à l'extirpateur aux approches du moment des semailles.

On sème la caméline à la volée à raison de 4à 5 kilogrammes et souvent moins à l'hectare, à cause de la grande finesse de la graine. — Aux environs d'Amiens, d'après M. DE Saveuse, on ne répand qu'une pinte de cette graine au journal, c'est-à-dire les deux tiers de moins que pour un semis à demeure de colza d'hiver.

Le seul soin qu'on accorde à la caméline après qu'elle est levée, c'est de l'éclaircir de manière que chaque pied se trouve à la distance de 6 pouces (0"* 162) au moins de son voisin. — On détruit enmèmetempA les mauvaises herbes qui pourraient entraver sa croissance.

Nous devons ajouter encore, d'après l'expérience de M. DE DoMBASLE, que l'époque de la maturité de la graine de caméline étant la même que celle de la moutarde blanche, lorsqu'elles ont été semées en même temps, il y a un grand avantage à les semer ensemble sur le même terrain. Le produit est de cette sorte beaucoup plus abondant que si on les avait semées à part, et la graine mélangée, qu'il serait d'ailleurs facile de séparer par le criblage, ne perd rien de sa valeur pour la fabrication de l'huile.

La récolte de la Caméline ne diffère en rien de celle du colza. — Dans quelques contrées on larrache au lieu de la fauciller.

En des circonstances ordinaires le produit de cette plante a été évalué à 15 ^ hectolitres à riieclare. — Il est à remarquer que dans les mêmes circonstances, lorsqu'on la cultive simultanément avec la moutarde blanche, on obtient de la même étendue, terme moyen, de 17 à 18 hectolitres.

M. Gaujac, sur 875 kilog. de graines de caméline, produit de 40 ares, a obtenu 238 kilog. d'huile et630 kilog. de tourteaux.

L'huile de caméline est très-bonne à brûler; elle a même moins d'odeur et donne moins de fumée que celle de colza, à laquelle elle est inférieure sous les autres rapports.

La Caméline majeure a les graines plus gr!)sses, plus abondantes en huile que celles de l'espèce commune, ce qui avait fait espérer

(1) « J'avais employé par hectare 5 livres de foraines de carottes qui avaient été répandues à Ja volée en même temps que la graine de plantes à Lude. Au moment de la récolte de ces dernières, les caroites étaient assez tjellcs, à la réserve de quelques sillons où elles étalent fort claires. J'en ai fait sarcler une partie en arrachant les herbes à la main ; comme l'ouvrage était coûteux à cause du grand nombre de mauvaises herbes, je me suis contenté de faire herser fortement et à plusieurs reprises le reste avec une herse de fer fort pesante. Les carottes n'ont pas souffert de cette. opération; mais elles ont pris peu d'accroissement, parce que la terre n'était pas sufllsanuiient nettoyée Celles qui avaient été sarclées à la main, au contraire, ont donné une récolte satisfaisante et équivalente à moitié d'une récolte de carottes cultivées seules. — J'ajouterai ((ue j'ai scmc d.ins la même année beaucoup de trèfle dans de la caméline, ainsi que dans du colza de printemps et de la moutarde blanche. Il est venu beaucoup plus beau qne celui qui a été semé '^"us des céréales. » ( Mém. de la Soc. roy. (Vt.'gricultnre. )

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