LIV. III
correspond au sommet de l'étampure. On la pratique avec un poinçon; elle est destinée a donner passage à la lame du clou.
On dit qu'un fer est étampé ii gras L lorsqu'il existe une grande dislance entre sa rive externe et le bord extérieur des étainpures ; il est dit étampé à maigre K iorscjue cette distance est au contraire petite. Ordinairement les fers sont étampés pi us gras en dehors et plus maigres en dedans. Celte disposition est ménagée afin de donner au fer ce que l'on appelle de la garniture, c'est-à-dire afin de lui faire déborder un peu en dehors la circonférence du pied.
Les fers sont quelquefois munis dans une de leurs régions deprolongemens ou d'appendices particuliers, auxquels on donne des dénominations différentes, suivant les differens usages qu'ils ont à remplir.
On désigne sous le nom de crampons (M fg. 204) des prolongemens situés le plus souvent aux extrémités des éponges des fers de derrière, et qui, résultant dune inflexion à angle droit que l'on f.iit subir à rextiemilé de la branche, font saillie à sa face inférieure. Ils ont pour usage, comme l'indicpie leur nom, de pernKîttre au pied de pi-endre un solide point d'a|)pui à la surface du sol, en un mot, de s'y cranifionner.
On désigne sous le nom (Se pinçons des prolongemens tirés par le niartellement de la subs'anee même du fer. Ils sont le plus souvent silués en pince ou en mamelles, et s'élèvent sur la rive externe à la face supérieure du fer : leur forme est celle d'un triangle dont la base est en bas et le sommet en haut; ils sont assez minces pour qu'il soit possible de les rabattre à froid avec un brocboir sur la face antérieure de la paroi. Ils ont ordinairement pour usage de donner au fer plus de fixité.
§ I''. — Du fer ordinaire.
Le fer le plus usuellement employé reçoit le i!om de fer ordinaire, à devant ou à derrière, suivant les pieds sous lesquels on le fixe.
Le fer ordinaire à devant (^^'. 203), tel qu'on
Fis. 203.
Fis. 204.
le forge dans les principaux ateliers de Paris, est assez long pour proléger tout le bord inférieur de la paroi jusqu'aux talons que dépassent même un peu ses éponges, et assez couvert pour revêtir toute la circonférence de la sole dans une étendue de 4 à 5 lignes. Ses élampures, également éloignées l'une de l'autre, sont séparées des éponges par une distance qui surpasse d'un tiers à peu près leurs distances réciproques. Son épaisseur est partout la même- \a couverture de ses branches est
RÈGLlvS DK LA FtRKUIlE.
CHM'. 0.
un peu moins grande que celle de la pince; mais la branche interne est un peu plus couvcite que l'externe. Elle diminue insensiblement de largeur jusqu'aux éponges, qui conservent cependant encore assez de couverture pour garnir de chaque côté les talons sur lesquels elles portent à plat.
Le/er oïdiiiairt à derrière {fifÇ. 204) diffère du fer à devant par sa forme moins circulaire; son épaisseur est beaucoup plus forle en pince que dans les branches où elle diminue insensiblement jusqu'en éponges. Les élampures, distribuées également sur les deux branches, laissent dans le milieu du fer un espace qui permet d'j établir un pinçon. Les branches .sont différentes l'une de l'autre par leur forme, leur longueur et leur épaisseur. L'externe, j)lus longue et plus éjjaisse que l'interne, diminue insensiblement de largeur jusqu'à l'éponge qu'on replie ordinairement à angle droit pour former un crampon. L'interne, plus petite, moins épaisse et moins large, se termine par une pointe que l'on rabat sur ellemême pour former un petit crampon quadrifacié comme la tète d'un clou, et qui a reçu le nom de mouche.
§ II. — Des règles de la ferrure.
Nous avons dit plus haut que le problème dont on devait se proposer la solution dans la pratique de la ferrure, était celui-ci : Etant donné un pied sain, lui adajiter un fer qui consene l'intégrité de sa forme, la rectitude de ses aplombs, et mette le moins de limites possible à la liberté de ses mout'emens.
1° Conserver au pied L'intégrité de sa forme. Telle est la première et la plus importante règle de la ferrure, celle dont l'inobservation est peut-être la cause la plus influente de la ruine de tant de chevaux. Lorsqu'on applique un fer sous le pied du cheval, on doit bien se rappeler que c'est le fer qui doit prendre la forme et les contours du pied, et non pas le pied qui doit se mouler sur le fer. On dit, en termes de maréchalerie, qu'on donne la tournure à un fer lorsqu'on lui fait décrire les contours du pied. Cette tournure n'est pas la même dans les pieds antérieurs et dans les pieds postérieurs; ce qui résulte nécessairement de la différence des formes qu'ils affectent, puisque la tournure ne peut être bonne qu'autant que la circonférence du fer est exac lement celle du bord inférieur du sabot.
2° Conser^'er au pied la rectitude de ses aplombs.
Telle est la seconde donnée du problème. Pour arrivera ce résultat, il faut donner au fer la forme de la face inférieure du sabot, de telle façon que le pied garni de son fer soit encore dans sou appui naturel lorsqu'il pose sur le sol. On dit, en maréchalerie, qu'on donne Va/usture à un fer loi squ'on le moule ainsi sur la forme de la face plantaire du pied.
L'ajusture est, comme la tournure, différente dans les pieds antérieurs et dans les pieds postérieurs ; ce qui résulte nécessairement encore de la différence de forme et de poser de ces deux pieds.
Dans les pieds antérieurs, la face plantaire du sabot est légèrement convexe dans le sens
du diamètre antéro-postérieur, de telle façon que l'appui du pied se fait principalement en talons, en quartiers et en mamelles, mais que la pince en est un peu relevée. Lajustun-, quant à ce qui concerne la face inféi ieui'e du fer, devra donc consister à donner à celle face cette forme de la face plantaire du sabot ; elle sera un peu relevée en pinces et en mamelles, et les branches devront être planes dans toute leur étendue postérieure.
Quant aux pieds postérieurs, comme le bord inférieur du sabot est tangent à un plan à peu près dans toute son étendue, le fer propre à leur adapter doit avoir toute sa surface inférieure à peu près plane.
Vajn^ture ne consiste pas seulement à donner à la face inférieure du fer la forme de la face plantaire du pied; elle a aussi pour but d'imprimer à sa face supérieure une incurvation qui permette d'arriver à la solution de la troisième donnée du problème, c'est-à-dire la conservation de l'élasticité du pied.
3° Mettre le moins de limites possible îi la liberté des mouvemens du sabot.
Telle est la troisième donnée du problème, et celle dont il est le plus difficile d'obtenir la solution.
Au premier abord, en effet, la ferrure semble tout à fait incompatible avec la conservation des mouvemens du sabot, puisqu'un fer est une barre inflexible qui, en élreignant le pied, doit nécessairement le faire participer à son inflexibilité. Cependant, si l'on réfléchit Tque les mouvemens de dilatation du sabot s'effectuent principalement en talons; 2° que l'élasticité du pied consiste en pariie dans nu mouvement d'affaissement et de relèvement de la sole, on verra qu'il est possible de ne pas mettre un obstacle complet au jeu de cette élasticité.
1° On arrivera à conserver aux pieds les mouvemens de dilatation des talons en disséminant les étampures du fer, de façon que les clous qui doivent le maintenir s'implantent principalement en pinces, en mamelles et dans la première moitié des quartiers, mais nullement dans l'autre moitié et dans les talons. Ici encore nous devons signaler une dif férence entre le fer à devant et le fera derrière. Comme c'est principalemeni. dans les pieds antérieurs que le jeud'élasticité du sabot est le plus prononcé, c'est princqialement aussi dans les fers qui doivent leur être adaptés que la dissémination des étampures doit être faite dans le but de la conservation de cette élasticité. Quant aux pieds postérieurs où les mouvemens de ddatation sont plus limités, la dissémination des étampures permet d'implanter les clous plus près des talons. 2° On permettra les mouvemens d'affaissement de la voûte élastique que représente la sole, en imprimant à la face supérieure du fer une légère incurvation qui laisse à la sole la liberté de s'affaisser sous le poids sans qu'elle se trouve en contact avec le fer. Mais cette incurvation ne doit être creusée que dans l'épaisseur même du fer, et sans qu'il en résulte de modification pour sa face inférieure. C'est en cela que consiste l'ajnsture de la lace supérieure.
Ainsi, en résumé, pour qu'un fer se trouve dans toutes les conditions qu'exig*' son adap-
S.'iQ ANIMAUX DOMESTIQUES: DE LA FERK
talion raisonnéo à un pied sain, il faut qu'il i ^ig- 20i>.
en ait la tournure, qu il lui soit bien ajusté, c'est-à-dire que sa face inlorieure représente celle du sabot, et que sa face supérieure soit assez incurvée pour permettre l'affaissement de la sole; il faut enfin que les étampures soient disséminées de telle manière que les clous ne puissent gêner les mouvemens des talons. La figure 205 représente un pied de devant, et la figure 206 un pied de derrière, garnis de leur fer et vus par leur face inférieure. Les figures 205 bis et 206 bis représentent ces pieds posés sur le sol.
Fis. 206.
UKE
Fis. 205 bis.
Fis. 206 bis.
Skctio.v m. — Du Manuel opératoire de la ferrure et de la préparation h faire subir au sabot pour le rendre propre ci l'adaptation dujer.
Avant de parler du manuel opératoire de la ftMrure, il est nécessaire de donner en quel- <|ucs mots la description des iustrumens qui servent à celte opération.
§ f. — Instiumens de ferrure-
Lesinstrumens que Ton emploie en France pour pratiquer la ferrure d'un pied sont : le brochoir, le boutoir, le rogne-pied, les tricoises, la râpe et le repoussoir.
Le brochoir{fig. 207) est le marteau dont on se sert pour implanter des clous qui doivent fixer le fer sous le sabol. On dislingue dans un brochoir : 1° la bouche A, ou la surface légèrement convexe qui frappe sur la têle du clou; 2' la panne., ou celte partie amincie en biseau qui se trouve échancrée dans son milieu; 3'^ \*i?, joues C, ou les parties latérales renflées; 4' l'a?//, ou l'ouverlure par laquelle le manche pénètre dans la tète; 5° enfin, le manche E, dont la réunion avec la tê[e est consolidée au moyen de deux clavettes F eu fer ou en cuivre qui sont rivées sur le sommet de la tête et se prolongent sur le tiers supérieur du manche. Dans un brochoir bien emmanché, lorsque la bouche est tangente à un plan par son centre, l'extrémité du manche dnit être tangente au même plan par sa partie
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renflée. On dit alors, en termes techniques, ((ue le brochoir est bien bridé.
Le boutoir {fig. 208) est l'instrument employé pour abattre l'excès de corne du sabol et parer sa face plantaire. On y distingue : 1° une lame G; 2° les bords relevés de la lame ou les cornes H H; 3° la queue I, ou prolongement de la tige de la lame parallèle au manche de l'instrument; 4° la portion recourbée de la tige, ou atc du boutoir; 5° enfin le manche du boutoir Iv.
Le rogne-pied {fig. 209), dont le nom indi- (jue assez les usages, est un fragment de sabre sans manche d'un pied à peu près de longueur, dont le tranchant est très-affilé à l'un tie ses bouts L, et assez obtus au contraire à l'autre 1\L Le premier sert h rogner l'excédant du sabol, le second à dériver les clous.
Les tricoises {fig. 210) sont des tenailles à mors très-tranchans dont les maréchaux se servent pour couper les lames de leurs clous, arracher ceux qui sont implantés dans la corne, soulever le fer dont ils veulent dégarnir le j)ied, et enfin river les clous. On y distingue les mors N et les branches 0 O.
La rdpe {fig. 211) est une espèce de lime à gros grains, aplatie sur ses deux faces, dont les maréchaux se servent pour arrondir le bord inférieur du sabot, et donner au fer quelques enjolivures. Le repoussoir {K fig. 212) est un petit poinçon que l'on emploie pour élargir les contreperçures et faire sortir les vieilles souches de clous qui sont restés dai/à la corne.
§ II. — Du manuel de la ferrure.
La première condition pour ferrer convenablement est d'avoir à sa disposition un aide habitué à lever les pieds des animaux. Cette condition remplie, et toutes les précautions étant prises pour que le cheval reste dans un repos aussi complet que possible, le maréchal fait lever le pied qu'il veut ferrer.
Si le sabot était déjà garni d'un vieux fer, il s'arme du brochoir et du rogne-pied, et redresse avec le tranchant obtus de ce dernier instrument les lames des clous que l'on avait fléchies sur la paroi pour les river; en
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d'autres termes,il dérive le fer. Saisissant alors ses Iricoises, il introduit l'un de leurs mors sous la face supérieure d'une des branches du fer, et par le seul fait de sa pénétration, il opère déjà un soulèvement qu'il rend plus complet en faisant exécuter aux manches de son instrument un mouvement de bascule. Ils agissent alors à la manière d'un levier du premier genre, et déterminent l'extraction des clous. En frappant ensuite avec ses tricoises sur l'éponge de la branche soulevée, l'opérateur rabat le fer jusqu'à la sole, et, par ce mouvement, fait saillir les têtes des clous en dehors des élampures; il peut alors les saisir avec les tricoises et les extraire complètement. Il manœuvre de la même manière pour détacher l'autre branche; fet lorsqu'il ne reste plus à extraire que les clous de la pince, il doit introduire l'un des mors de ses tricoises sous la voûte du fer, et s'efforcer de la soulever par un mouvement de bascule analogue à celui qu'il a employé pour détacher les branches. Si cette manœuvre ne réussissait pas, il vaudrait mieux alors faire sortir les clous à l'aide du repoussoir, que de déterminer l'extraction violente du fer en le saisissant par l'une de ses branches. On courrait par cette pratique le risque de faire éclater la paroi en pince.
C'est une précaution indispensable, lorsqu'on dégarnit un pied de son vieux fer, de recueillir les vieux clous désignés sous le nom de caboches, de peur qu'en les laissant sur le sol ils ne pénètrent dans les pieds des animaux et n'occasionnent des blessures souvent très-graves.
Le fer une fois enlevé, l'opérateur extirpe toutes les souches qui pourraient rester dans le sabot, soit en les saisissant avec ses tricoises, si elles font assez saillie pour leur donner prise, soit, si elles sont trop profondes, en comprenant dans les mors de son instrument la tige du clou et une petite partie des fibres de la paroi qui l'entourent; que si enfin on ne pouvait obtenir l'extraction par ce moyen, sans faire une trop grande brèche à la paroi, il faudrait alors faire sortir la souche à l'aide du repoussoir, dont on appliquerait la pointe émoussée sur l'une de ses extrémités, et opérer l'extraction avec les tricoises dès que la saillie du vieux clou permettrait de le saisir.
Il est très-important d'opérer l'extraction des souches des clous pour deux motifs : le premier, parce que souvent elles émoussent ou ébrèrhent le tranchant du boutoir lorsqu'on les rencontre avec cet instrument dans l'action de parer; le second, et c'est un motif d'une haute valeur, parce qu'elles peuvent, par leur résistance, mettre obstacle à la pénétration des clous nouveaux que l'on implante, les détourner de la direction qu'on doit leur faire suivre, et les faire pénétrer jusque dans les tissus vivans; d"où résultent des piqûres et surtout des retraites qui offrent souvent beaucoup de gravité.
Le pied étant dégarni de son vieux fer, et les vieux clous extirpés, on a souvent recours au rogne-pied et au brochoir pour abattre l'excédant de la corne, qui, aux arcs-boutans principalement et sur toute la circonférence de la paroi, offrirait par sa grande dureté une