CHAP. 6. DE LA FERRURE DANS SES RAPPORTS AVEC LES APLOMBS
rure du pied pinçard, théorie qui se trouve en rapport avec l'expérience, puisque souvent par ce mode de térrure on parvient à rendre aux tendons leur longueur normale et au pied son poser naturel. Mais lorsque la défectuosité est trop ancienne, et que déjà le tendon l'étracté se trouve le siège d'une \ieille induration, la ferrure est iuellicace, et force est de recourir à une opération chirurgicale si l'on veut obtenir une cure prompte et radicale.
Section V. — De lajerrure considérée dans ses rapports avec les aplombs.
Considérée dans ses rapports avec les aplombs, la ferrure rend encore uu important service à l'économie des animaux domestiques, mais principalement du cheval. Jusqua présent nous a\ons vu que cet art utile fournissait le ujoyen de conserver les pieds sains dans leur intégrité et de remédier assez aux conséquences fâcheuses de défectuosités qui sans lui mettraient les animaux qu'elles atteignent dans l'impuissance d'être utilisés. Psous allons rechercher maintenant comment il est possible de rendre aux chevaux vicieux dans leurs aplombs la rectitude de poser et la régularité d'appui qui manquent à leurs membres; nouvelle question non moins iniportanle que les deux autres et dont la solution présente des difficultés souvent insurmontables. On peut la formuler en ces termes: Etant donné un che\'al dont les aplombs sont défectueux, lui appliquer un mode de ferrure qui rétablisse ses membres dans les conditions normales déposer et d'appui.
Pour arriver d'une manière rationnelle à la solution aussi complète que possible de ce problème, il est bien important de définir ce que l'on entend par défauts d'aplomb, de rechercher les causes de ces défauts, et d'apprécier les circonstances oii il e-)t possible de remédier par la ferrure aux effets des causes, et celles ou les moyens employés seraient plutôt nuisibles qu'utiles.
JNous renvoyons à l'article Extérieur, pour la définition des aplombs et l'étude de leurs lignes normales ou défectueuses. ÎSous rappellerons seulement ici que les défauts d'aplomb sont la conséquence soit d'une fausse direction d'un membre tout entier ou seulement de quelques-uns de ses rayons osseux, soit d'un vice de conformation de quelquesunes des régions du corps et d'un défaut de proportions dans les parties qui le constituent. iSous rappellerons encore que les rayons qui pèchent par défaut de direction ou de proportion peuvent avoir leur siège dans les parties supérieures ou inférieures des membres. Ceci étant posé, nous allons tâcher d'apprécier, en passant en revue les défauts d'aplomb, si chacun d'eux est de nature ou non à pouvoir être réparé par la ferrure.
Du pied de traTcrs.
Le pied de travers est caractérisé par l'inégalité de hauteur des parties correspondantes du sabot. Ce défaut d'aplomb, qui a pour conséquence fâcheuse de fausser les rap-
ports des rayons osseux les uns avec les autres, et de fatiguer les appareils ligamenteux des articulations, est le plus souvent le résultat de l'inhabileté des ouvriers qui parent les pieds des animaux : cependant il se remarque fréquemment aussi sur des poulains dont les pieds sont vierges encore de ferrure et dont la marche est irrégulière. Hier n'est plus simple que de remédier par la ferrure à cette défectuosité : mettre le pied de niveau avec le boutoir en abattant le côté le plus élevé du sabot, si on peut le faire sans atteindre jusqu'aux parties vives, sinon abattre le plus possible le quartier le plus élevé, et adapter au sabot un fer avec lequel il sera facile de mettre le pied de niveau en donnant à l'une de ses branches le degré d'épaisseur nécessaire pour suppléer au défaut d'élévation du quartier auquel elle doit correspondre : telles sont les indications à remplir.
Si le pied était tellement de travers qu'il ne fût pas possible de le remettre de niveau sans donner à l'une des branches du fer une trop grande épaisseur et conséqueniment un trop grand poids, il faudrait avoir recours au fer dit à bosses.
Le Jer à bosses est caractérisé, comme l'indique sou nom, par la présence, sur la face intérieure, d'érainences que l'on fait d'autant plus saillantes que le nécessite davantage le degré de la défectuosité; leur forme estgénéraiementolivaire, celles qui sont quadrilatères présentant le grave inconvénient d'exposer les animaux à butter souvent. Le fer à bosses offre les avantages du fer à branches plus épaisses sans en a\oir le trop grand poids; cependant il ne faut l'employer qu'avec réserve, attendu que la marche des animaux est moins assurée avec celte ferrure qu'avec une branche forte.
-Du cheval qui forge; des causes de ce défaut; (ies moyens d'y reiiicdier.
En terme d'hippiatrique, le cheval forge, lorsque dans l'allure du trot il atteint avec la pince de ses sabots postérieurs soit la face plantaire du membre de devant, soit les talons, soit les tendons. Dans les deux premiers cas' c'est-à-direlorsque le cheval /o/gt^e^ voûte ou en talons, ce défaut est caractérisé par le bruit à chaque pas répété, que produisent les fers en se heurtant l'un l'autre ; dans le dernier cas on n'entend aucune percussion.
Ce défaut est grave; il expose les animaux à butter continuellement dans la marche, à faire quelquefois de dangereuses chutes, à se déferrer souvent, et, ce qui est plus funeste encore, à se donner dans les régions tendineuses ou sur les talons des contusions qui souvent entraînent après elles le développement de javarts ou de nerfférures toujours très-douloureux et quelquefois très-graves.
La disproportion entre la longueur et la hauteur du corps, la direction des membres antérieurs en arrière de la ligne d'aplomb, et le trop grand poids des masses charnues qui entourent les épaules, telles sont les causes principales du défaut de forger.
Je dis la disproportion entre la longueur et la hauteur du corps; car l'excès en hauteur comme l'excès en longueur produisent
AN'HIAUX DOMESTIQUAS : DE LA FERRURE.
mômtî rcsullal. L'i'pine dorsale est-elle tio]) ioiijîue, Irop flexible al^rs pour transmellre aux uieiiibtes antéiieurs Tiuipulsiou que leur couiuuuiiquenl les nieuibres postérieur.s, elle fléchit sous cet elTorl, se laecoiireit, et permet aiusi aux membres de se rapproehei- el de s'alleiudre; l'épiue dorsale est-elle trop courte, les meiiibres doiveut nécessairemeiil se heurter dans la marche, puisque l'espace que leui" longueur leur permet d'embrasse!" surpasse en étendue celui dont l'épine peut donner la mesure. Mêmes elTels doivent être produits, lorsque les membres aniérieurs sont portés en arrière de la liyne d'aplomb, puisqu'ilssont ainsi rapproches des membres postéiieurs el plus immédiatement exposés à leur atteinte; mêmes etiéts encore, lorsque les membres antérieurs sont trop chargés par le grand poids des éi)auies.
Outre ces causes toujours efficientes du défaut de forger, il en est d'autres dont l'action n'est que momentanée. Ainsi, les animaux qu'ont épuisés de pénibles fatigues sont quelquefois exposés à ce défaut, parce que leurs forces musculaires affaiblies sontinsuflisanles pour donner à leur épine dorsale la rij^idité nécessaire à la transmission des mouvements impulsifs communiqués par les membres postérieurs. Il en est souvent de même, et pour le même motif, des jeunes chevaux d'ailleurs bien conformés, qui ne sont pas arrivés à l'entier développement de leurs forces; mais, comme la cause qui le produit, le défaut n'est que momentané, et disparait avec elle.
J)ans l'un ou l'autre des cas que nous venons d'examinei', le défaut est produit |)arce que les membres postérieurs ont exécuté leurs mouvements et parcouru leur espace avant que les membres antérieurs aient complètement exécuté leur action; en d'autres termes, parce que les mouvements des membres de devant et de derrière qui devraient être simultanés ne sont que successifs. On aura trouvé le remède au mal, si l'on par\ ient à ramener les choses dans leurs conditions normales, c'est-à-dire à hâter l'action des laembrts antérieurs et à retarder celle des membres piistérieurs.
La ferrure peut-elle produire ce résultat.? L'expérience a démontré que lorsqu'on abattait les talons d'un pied, en laissant à la pince toute sa hauteur, le lever du membre se trouvait hâté, et que vice versa ce lever se trouvait retardé lorsqu'on abattait la pince en laissant aux talons toute leur élévation.
On a cherché à expliquer théoriquement ces faits, et l'on a dit que dans le premier cas l'accélération du lever se trouvait effectuée, parce qu'en abattant les talons et laissant sa hauteur à lapince, on augmentait la longueur du bras du levier de la force antagoniste des tendons, d'où résultait pour ces organes un tiraillement douloureux qui déterminait instinctivement l'animal à lever son membre et à se soustraire à la pénible sensation qu'il éprouvait. Dans le second cas, au contran-e, eu laissant aux talons toute leur hauteur, et en abattant la pince, on soustrait les tendons suspenseurs à la douleur ell'on retarde aiusi le lever du membre.
Quoiqu'il en soit de cette explication, d'ailleiu-s satisfaisante, les faits étant reconnus
i.iv. iir
vrais, rien de plus simple que de trouver un motle de ferrure eliicace pour répai'er le défaut de forger.
Le cheval forge, avons-nous dit, parce que les membres antérieurs sont trop lents dans leui" action, et les membres postérieurs trop rapides au contraire. Pour accélérer le lever des premiers, on abattra les talons, on laissera à la pince toute sa hauteur, el l'on adaptera au sabot un fer 'Jig.'zTl) épais en pince et Lig. 227. Fig. 228.
aminci en éponges; la voûte en sera rétrécie si le cheval forge en voûte, et les éponges tronquées, amincies et incrustées dans la corne, s'il s'atteint en éponges. Quant aux uîcmbres postérieurs, on parera la pince sans toucher aux talons, et l'on adaptera un fer {fig. 228) muni de forts crampons et dont la pince sera tronquée sur sa rive externe et aniincie en biseau aux dépens de sa face inférieure.
§ lit. — Du cheval qui se coupe, des causes de ce défaut, des moyens d'y remédier.
En terme d'hippiatrique, on dit qu'un cheval se coupe .^ lorsque dans ses allures l'un des membres des bipèdes antérieur ou postérieur heurte et blesse en se levant le membre correspondant qui pose sur le sol ; si le cheval ne fait que s'atteindre sans se blesser, on ditqu'il se f'nse, et enfin il s'entre-taille^ lorsque ses deux membres sont réciproquement blessés 1 un par l'autre.
Les régions des extrémités inférieures qui sont heurtées dans le lever du membre ne sont pas toujours les mêmes. Il est des chevaux qui se blessent à la couronne, d'autres au boulet, et ce sont les plus nombreux, d'autres enfin au canon et au genou. Ce défaut est assez grave pour mettre souvent les animaux dans l'impuissance de rendre des services. Chez les chevaux qui se coupent et s'entre-taillent, les extrémités blesséeset continuellement déchirées par le heurt répété du 1er deviennent souvent le siège d'abcès ou de javarls cutanés el même tendineux qui déterminent l'engorgement des iDcmbres et des claudications quelquefois très-longues.
Le défaut de se couper est plus commun dans les jeunes chevaux que dans les animaux qui ont acquis toutes leurs forces. Conséquence chez les premiers de la faiblesse inhérente à leur jeune âge, il disparait ordinairement lorsqu'ils sont arrivésàleur plus grand développement, pourvu cjue leur constitution se trouvedans descondilions normales. Lorsqu'il se rencontre dans les seconds, ce qui est encore assez fréquent, il doit être attribué soit à l'affaiblissement de leur économie, soit au vice de leur conformation et aux défectuosités de leurs aplombs. Ainsi il est d'observation ({uc les animaux faibles de consli-
tiilion o!i épuisés par de pénibles fatigues sont sujets a se couper ou à s'enlretailler, parce que leurs forces musculaires, insuffisantes pour imprimer à leurs membres une impulsion énergique, les laissent se heurter l'un l'autre.
Mais il est des chevaux qui présentent tous les caraclèrt-s de la force et de Ténergie, et qui cependant s'entre-taillenl. Ici il faut accuser leur mauvaise conformation et les défauts de leurs aplombs. Ainsi les chevaux serrés du devant ou du derrière, les chevaux panards et cagneux sont prédisposés à se coitper, les premiers, parce que leuis membres trop rapprochés se heurtent facilement dans la marche; les seconds, parce que leurs sabots faussement dirigés ont quelques-unes de leurs régions trop eu dedans de la ligne d'aplomb.
Ainsi, en résumé, la faiblesse générale de l'économie d'une part; d'autre part, le trop grand rapprochement des membres produit, soit par le défaut de conformation du corps, soit par la fausse direction des rayons osseux : telles sont les deux causes principales de ce défaut. La première disparait avec le temps et un bon régime, la seconde ue peut être combattue que par une ferrure méthodique.
Cette ferrure a pour but, autant que possible, d'éloigner l'un de l'autre les deux membres qui s'atteignent, de dimmuer le diamètre du sabot du côté interne, et de lui adapter un fer en quelque sorte inoffensif en le dérobant complètement sous la paroi de ce même côté. Le fer dit à la turque {fig. 229) convient par-
Fig. 230.